6.22.2000

Saint Etienne, Sound Of Water, ondes positives

Début 98, sur l'album, "Good Humor", Saint Etienne montrait quelques signes de faiblesse avec une formule musicale désormais trop bien rôdée pour vraiment surprendre. Aujourd'hui, le 5ème opus, "Sound Of Water", s'avère être l'album que l'on n'attendait plus de la part du trio londonnien. Sur celui-ci, la Pop élégante et nostalgique de Sarah, Bob et Pete explore de nouvelles voies en compagnie de l'électro décalée de To Rococo Rot.

Suite à la sortie de "Good Humor", quelles sont les raisons qui vous ont poussé à changer de label ?
Peter Wiggs : Nous avons décidé de quitter Creation, le label d'Alan McGee, juste avant que celui-ci ne cesse définitivement ses activités. Le label Mantra est particulièrement efficace dans le domaine de la promotion. Maintenant, nos disques sont enfin distribués dans des pays comme l'Italie ou la Hollande, ce qui n'était pas le cas auparavant.

Quels ont été vos activités depuis la sortie de votre quatrième album "Good Humor" ?
Après la sortie de l'album, nous avons effectué deux tournées aux USA et nous avons réellement été surpris par l'accueil qui nous a été réservé. Nous n'avions jamais réellement joué dans le pays et nous avons soudainement découvert de vrais fans (rires). La plupart des concerts ont été sol-out, c'était incroyable, certaines fois, nous avons joué devant plus de 2000 personnes. La réaction enthousiaste du public américain peut s'expliquer par le fait qu'il a été obligé d'attendre longtemps avant de nous voir sur scène. Certaines réactions étaient assez hystériques, plus exhubérantes qu'en Angleterre !

A quel moment vous êtes-vous attelés à la réalisation de "Sound Of Water" ?
Cela nous a pris beaucoup de temps entre les répétitions et la tournée. En 98, nous avons commencé à enregister les maquettes des morceaux puis, en février 99, nous sommes allés à Berlin pour débuter l'enregistrement de ce nouvel album. Comme pour "Goog Humor", nous avions, à la base, uniquement travaillé sur ordinateur avec des programmations puis, à Berlin, les membres de To Toccoco Rot ont joué par-dessus nos démos. Ensuite, nous sommes revenus en Angleterre pour ajouter de nouvelles parties et réarranger certaines choses.

Au bout de 10 ans de carrière, ressentez-vous parfois une certaine difficulté à vous renouveler ?
Pas vraiment, surtout lorsque les collaborations sont véritablement enrichissantes comme celle avec To Rococo Rot (Ronald Lippok de Tarwater & Co). Sur "Sound Of Water", il y a eu un certain travail en amont avec l'enregistrement des démos puis, par la suite, à Berlin, les compositions sont parties dans une autre direction et une atmosphère générale s'est imposée. Comme nous voyageons beaucoup et que nous donnons de nombreux concerts, je crois que les idées arrivent assez facilement surtout lorsque tu achètes des disques à l'étranger et que ceux-ci t'inspirent (rires).

Par rapport à "Good Humor", il y a une touche plus électronique sur cet album. Est-ce que c'était, au départ, un choix délibéré ?
Suite à l'enregistrement de notre précédent disque, nous avons beaucoup appris en travaillant avec un vrai groupe de musiciens. Nous souhaitions que sur "Sound Of Water" il y ait plus de programmations. Je crois que le résultat final est assez proche de ce que nous avons fait sur "Tiger Bay" en 94 mais en mieux (rires). Les chansons sont plus abouties et nous tenions à réaliser un album qui s'écoute d'une traite sans que l'on ait envie de zapper d'un titre à l'autre.

Comment êtes-vous entrés en contact avec To Rococo Rot ?
A l'origine, le bassiste de Kreidler, Stefan Schneider, nous a suggéré d'aller voir les membres de To Rococo Rot et nous avons trouvé que leur musique était brillante ! Ces derniers voulaient faire des remixes de nos chansons mais nous leur avons proposé une collaboration sur l'ensemble de l'album. Nous avions écrit toutes les chansons et nous pensions que les atmosphères de celles-ci se mêleraient bien au style très mélodique du groupe. De plus, nous avions envie d'aller enregistrer à l'étranger et Berlin semblait être la ville idéale.

N'aviez-vous pas peur que votre musique sonne un peu moins pop ?
Pas vraiment, pour nous, c'était plutôt une occasion de faire de la pop d'une autre manière. Nous voulions réaliser quelque chose de différent par rapport à "Good Humor", que le côté pop soit moins explicite. Tout cela s'est précisé au cours de l'enregistrement car, à la base, les morceaux étaient plutôt classiques dans leur conception. Avec To Rococo Rot, nous les avons déconstruits tout en conservant l'esprit original. Nous aimions beaucoup les version démos de nos morceaux mais le son était parfois "cheesy" et nous ne voulions pas tomber dans ce travers.

Est-ce que vous pensez que l'ambiance d'une ville comme Berlin a eu une influence sur la couleur musicale de l'album ?
Nous sommes allés dans de nombreux clubs voir des formations électroniques comme Pole mais c'est assez difficile de dire si l'environnement a eu une influence sur l'enregistrement de "Sound Of Water". En revanche, certaines paroles sont directement inspirées par ce que nous avons vécu à Berlin. Le résultat aurait peut-être été différent dans une autre ville.

Peux-tu nous donner quelques précisions sur chacun des titres de cet album ? D'où vous est venu l'inspiration ? etc...
Late Morning
C'est une sorte de remix d'un titre que l'on a composé pour la bande originale du film "The Midsadventures Of Magaret". Ce dernier avait été composé dans l'urgence, aussi avons-nous décidé de retravailler sur l'idée de base. Au début, on entend le public d'un de nos concerts aux Etats-Unis et des voix de certains de nos amis (rires). Ce titre est une bonne ouverture car il fait la transition avec le précédent album.
Heart Failed
C'est notre première chanson a caractère politique. Les textes parlent des gens qui prennent des décisions extrêmes en terme de business, de l'espoir que certaines personnes placent dans le gouvernement britannique qui n'a finalement pas apporté les grands changements promis. Il faut dire que l'on a un peu perdu confiance en Tony Blair.
Sycamore
Il y a une atmosphère très baroque sur ce morceau. Nous voulions dès le départ utiliser un clavecin mais cela nous a coûté très cher de le faire accorder (rires). Au final, le résultat a été plutôt payant car le son de cet instrument est vraiment fabuleux. To Rococo Rot a apporté une touche morderne à ce titre avec des percussions synthétiques qui se mêlent parfaitement à nos harmonies.
Don't Back Down
Nous avons utilisé un ensemble de cordes pour cette chanson. Cette dernière a été complètement remodelée par rapport à la version originale. Ce sera un très bon titre a jouer en live.
Just a Little Overcome
Les arrangements et les harmonies de ce titre rappellent certains morceaux de Burt Bacharach, ce qui n'est pas sans nous déplaire.
Boy is Crying
Certaines personnes ont trouvé que ce titre sonnait très "west coast". C'est une sorte d'electro-acid-rock très dansant dont les parties de guitare sont jouées par Jez Williams, un musicien qui travaille avec nous depuis un moment. Le texte est inspiré par l'attitude d'un de mes neveux qui fait tout pour attirer l'attention sur lui en disant des trucs du style : "Regardez le garçon pleure !" (rires).
Aspect of Lambert
Il y a beaucoup de To Rococo Rot dans celui-ci. C'est une pièce très atmosphérique dont nous avons modifié certaines parties ce qui n'a peut-être pas plu aux membres du groupe (rires).
Downey CA.
C'est une ville de la banlieue de Los Angeles où nous avons quelques amis. Le texte raconte une histoire proche de l'esprit des films de David Lynch, genre "Lost Highway". J'aime beaucoup ce titre car il a des sonorités rêveuses, très "spacey"... les parties acoustiques et électroniques fonctionnent très bien ensemble, le fond sonore se rapproche de ce que pouvait faire Tim Buckley.
How We Used to Live
Nous aimons les morceaux longs et celui-ci est constitué de deux parties distinctes. Il y a une influence très eighties car au moment où l'on préparait l'album, on s'est mis à réécouter des disques de ces années là : Joy Division, les productions du label 4AD... En même temps, c'est un morceau assez proche des Beach Boys avec ses différents segments qui s'assemblent dse manière homogène.
The Place at Dawn
C'est un instrumental plutôt tranquille qui forme une espèce de boucle avec le premier morceau de l'album.



Propos recueillis par Laurent Gilot
Photo DR


Saint Etienne "Sound Of Water" (Mantra/Labels)

www.saintetienne.com