12.09.2003

Kelis, Tasty plein de saveurs

La petite gourgandine de Harlem revient avec un appétit intact sur "Tasty", troisième chapitre gourmand et langoureux. Production novatrice et impeccable, voix élastique et sensuelle, Kelis est en partance pour les étoiles.

Depuis l'enregistrement de ton premier album, quels ont été les grands changements dans ta vie ?
Kelis Rogers : Il y en a eu quelques-uns, mais, globalement, j'ai essayé de prendre mon temps pour enregistrer mes deux premiers albums. De toute façon, je crois que les choses arrivent quand elles doivent arriver… Finalement, je trouve que tout s'est déroulé le plus normalement du monde pour quelqu'un qui a commencé sa carrière à l'âge de 17, 18 ans.

Comment s'est déroulé l'enregistrement de "Tasty" ? Les différentes collaborations ont-elle été longues à mettre en place ?
K.R. : J'ai eu tout le temps que je voulais pour réaliser ce disque car je n'avais aucun contrat avec une maison de disque. Il n'y avait donc aucune pression. Musicalement parlant, je n'ai pas d'à priori sur les genres, que ce soit rock, dance, rap ou soul, c'est pour cela que je voulais montrer ces différentes facettes sur mon nouvel album. Finalement, c'est une chance que des gens comme Timbaland, Dallas Austin, Dame Grease ou Raphaël Saadiq aient bien voulu travailler avec moi. Au vu des différentes couleurs musicales de cet album, je trouve que c'est aussi une chance de pouvoir être appréciée par différents publics. Sur "Tasty", j'ai vraiment essayé différentes combinaisons musicales, c'est la raison pour laquelle j'ai choisi de ne plus uniquement collaborer avec les Neptunes.

De quelle façon t'es-tu mise en relation avec les producteurs qui apportent leur contribution à cet album ?
K.R. : Je les ai simplement appelés (rires). Je leur ai demandé si l'on pouvait envisager de faire quelque chose ensemble. Chaque industrie a ses codes, son petit groupe d'individus, donc il n'était pas très difficile d'entrer en contact avec chaque interlocuteur. On se voit dans les soirées en permanence, que ce soit à New York, Atlanta, Miami ou Los Angeles. Tout s'est fait très simplement et naturellement. Le plus important était de trouver des gens qui comprennent ce que je veux faire. C'était bien de pouvoir tenter ce genre d'expérience avec des producteurs qui ont une vision forte de la musique. Nous avons travaillé de différentes façons, par DAT interposé ou en studio, c'était très variable.

Peux-tu nous parler du travail de composition proprement dit ?
K.R. : J'ai écrit quelques textes, comme "In Public" ou "Stick Up". Ce qu'il y a de bien, c'est que l'on n'a suivi aucune formule, même avec les Neptunes pour qui c'est le troisième album fait en commun. Le titre que j'ai composé avec Andre 3000 (Outkast), "Millionaire", évoque la fin du hip hop et du R'n'B, "Marathon" traite du succès et de ce que cela provoque sur toi alors que "Trick Me" parle de choses qui te font mal mais qui te permettent de tirer une leçon de vie. Chaque collaborateur a adapté ses paroles à ma voix, à mon style. Je ne voudrais pas chanter une chanson qui aurait été écrite à l'origine pour quelqu'un d'autre, il faut que cela soit en phase avec ma personnalité. Si je n'aime pas un texte, je le dis carrément.

Tu décris cet album comme un disque "Pro-woman" fait par une chanteuse "non conformiste". Comment gères-tu cela dans le cadre plus ou moins commercial du R'n'B ?
K.R. : Je suis une artiste pro-femme et je le serai toujours vu mon sexe (rires). Je suis anti-conformiste mais je ne me considère pas comme une chanteuse R'n'B. J'emploierai plutôt le terme de "Soul" qui correspond mieux à ce que je fais car il peut désigner n'importe quoi : de la country, de l'opéra… Si l'on veut me considérer comme une chanteuse soul, cela ne me gêne pas. Les appellations ne veulent pas dire grand-chose mais je comprends que les gens aiment bien avoir une définition exacte de ce qu'ils vont écouter.

Tu as souvent déclaré que tu étais une femme qui devait constamment se battre, est-ce le cas encore aujourd'hui ?
K.R. : Cette vie est faite de haut et de bas, parfois c'est grandiose, parfois non… Il faut faire avec. Que ce soit contre l'industrie, contre ta mère ou quoi que ce soit, il y a toujours un moment où il faut que tu affirmes ta personnalité, c'est de ce combat dont je parle mais je suis totalement en paix avec moi-même.

Quelle va être la prochaine étape pour toi : une tournée ?
K.R. : Je ne sais pas, je n'aime pas programmer à l'avance, je suis très mauvaise dans ce genre d'exercice et je crois que la vie n'aime pas trop ce qui est planifié.

Propos recueillis à Londres par Laurent Gilot
Photo DR


Kelis "Tasty" (Arista/Virgin)
www.kelisonline.com