11.28.2003

Daft Punk, Interstella 5555, crazy manga


Avec la sortie de "Discovery" en 2001, les deux têtes pensantes du duo parisien (Thomas Bangalter, Guy-Manuel Homem de Christo) ont décidé de prolonger l'aventure en mettant en images le contenu de leur second album. C'est avec l'aide du père d'Albator, Leiji Matsumoto que Daft Punk concrétise aujourd'hui un rêve de gamin avec le long dessin-animé "Interstella 5555, The 5tory Of The 5ecret 5tar 5ystem".

Comment ça s'est passé pour vous l'après "Discovery" ?
Thomas Bangalter : L'accueil de l'album a été globalement positif mais on en fait pas trop attention à ce que l'on peut dire sur notre travail…
Guy-Manuel Homem de Christo : Nous avons été staisfait de la première étape qui était l'enregistrement de "Discovery". A sa sortie, nous étions déjà en train de travailler sur la deuxième étape créative, à savoir la conception du dessin-animé qui sort aujourd'hui en DVD. C'était un projet en deux étapes en fait.
T.B. : Eh puis, il y a un vrai décalage entre la musique qu'on fait et la façon dont elle a été illustrée dans ce projet de dessin-animé. En fait, le processus créatif de "Discovery" s'est étendu sur plusieurs années : tout a démarré en 98/99 pour se terminer en 2002/2003. Comme nous avons vendu plus d'exemplaires de ce second album que le premier, on se dit que les gens ont dû apprécier notre travail. En France, lorsque notre premier album est sortie, il a été énormément critiqué et il n'a gagné une légitimité que deux plus tard…

A quel moment est vraiment né le projet du dessin-animé ?
T.B. : En fait, nous avons enregistré "One More Time" et "Too Long" avec Romantony et l'idée est venue à ce moment-là. On a donc l'idée de concevoir un disque avec un esprit narratif tout autour. Quand on fait de la musique, on a toujours des images en tête qui nous viennent c'est donc pour cette raison que nous avons voulu raconter une histoire à travers "Discovery". Nous avons écrit le dessin-animé avec Cédric Hervé qui travaille avec nous depuis des années.
G.H.H.C. : En fait, au départ on avait pas vraiment d'idée précise et il a fallu que l'on avance dans la musique pour que l'on sache ce que l'on voulait faire. A la base, nous ne sommes pas des gros fans de manga mais on adorait ce qu'avait fait Leiji Matsumoto avec "Albator". Progressivement, nous nous sommes rendus compte que c'est l'ambiance de ce dessin-animé qui pouvait le mieux correspondre à la musique de "Discovery". Après avoir vu plusieurs boîtes de production à Tokyo, nous avons contacté Toei Animation (société de production mythique qui a enfanté "Candy" ou "Goldorak") et Leiji Matsumoto était prêt à nous rencontrer.

Comment s'est passé cette première rencontre ? C'était un rêve de gosse qui se réalisait ?
G.H.H.C. : Nous avons commencé par lui faire écouter l'album et ça lui a tout de suite parlé. Quand nous avions 5 ans, nous ne savions pas que c'était Matsumoto qui réalisait les dessin-animés que l'on voyait à la télé… Ce n'est que plus tard que nous avons repensé à "Albator" et que nous nous sommes rendus compte qu'il était en activité. Au départ, on pensait qu'il serait inaccessible mais tout s'est fait très naturellement. A notre âge, c'est sûr que c'était un rêve de bosser avec lui. Ce qu'il y a de bien avec "Albator", c'est que même les gens plus vieux peuvent comprendre ce dessin-animé parce que c'est assez poétique et dramatique parfois. Ce que l'on aimait bien, c'est qu'il y a un univers, véritable fil conducteur qui traverse l'œuvre de Matsumoto. Nous sommes un peu sur la même longueur d'onde même si nous ne sommes pas de la même génération et d'une culture différente. Sa vision artistique nous plaisait vraiment. Le dessin-animé, nous en sommes satisfaits à 200 % et c'est vraiment ce que nous avions en tête dès le départ.

Est-ce que c'est l'aspect retro-futuriste de son travail et du vôtre qui s'est rejoint ?
G.H.H.C. : Oui, d'une certaine manière…
T.B. : Enfin, nous ce qui nous intéresse avant tout, c'est de travailler sur des formes nouvelles au niveau des combinaisons entre les styles. Même si nous faisons une musique un peu nostalgique qui emprunte des sonorités "old school" et que Leiji travaille sur une forme poétique japonaise ancienne, le but était de faire quelque chose de nouveau : un dessin-animé sans dialogue qui devait raconter une histoire. C'est le challenge et la forme du projet qui l'a vraiment séduit.

Quelles ont été les différentes étapes du projet ?
T.B. : A la base, nous avions conçu un synopsis à trois où le caractère des personnages était déjà très détaillé. Leiji a ensuite accepté de prêter sa main pour dessiner tous les personnages. Puis, les croquis ont été transmis à sa société de production où une équipe a été formé pour travailler sur l'animation proprement dite. Puis, nous avons supervisés toutes les réalisations en allant tout les mois faire le point au Japon. Puis, le son a été transferé en Dolby Stereo ce qui donne une autre dimension aux morceaux de l'album. Nous avons également supervisé le montage final. Au final, ça nous a fait plaisir que ce projet soit présenté à la quinzaine des réalisateurs.

Comment résumeriez-vous rapidement "Interstella 555" ?
G.H.H.C. : C'est l'histoire d'un groupe qui est capturé par un milliardaire maléfique qui les ramène sur terre et qui en fait des pop stars. Bien entendu, on a écrit ce dessin-animé avant l'arrivée de toute cette télé-réalité et autres émissions comme "Star Academy" donc, il a des gens qui pourront faire un parallèle…
T.B. : Dans le dessin-animé, c'est un complot planètaire que le groupe débusque alors qu'aujourd'hui, la réalité dépasse la fiction et ce n'est pas du tout un complot puisque ça se passe au grand jour. Le fait de se faire manipuler et transformer en produit est devenu la norme. Mais, avant tout, nous voulions que les images véhiculent des émotions car c'est plus important pour nous qu'un quelconque message caché.
G.H.H.C. : Le but était quand même de s'amuser le plus possible avec cette matière que nous pouvions modeler.
T.B. : L'idée principale était la force de la musique et son impact dans différents environnements. Au début, la musique du groupe a une certaine pureté puis une fois qu'elle est exploitée sur terre, elle devient un vulgaire produit de consommation, elle perd de sa valeur et, à la fin, elle retrouve un peu de sa consistance originele. On pense qu'il faut dissocier l'art et la musique des corporations et des multinationales.

Texte : Laurent Gilot
Photo : DR

Daft Punk & Leiji Matsumoto "Interstella 5555, The 5tory Of The 5ecret 5tar 5ystem"
Sortie en DVD le 28 novembre 2003

www.daftpunk.com
www.leiji-matsumoto.ne.jp