
En dix ans d'activité, Ed Simons de Tom Rowland se sont imposés avec un mélange unique (autrefois appelé big beat) qui allie la puissance rythmique du hip hop, de la techno avec les sons synthétiques de l'electro et le psychédélisme de la pop. Une formule qui a fait ses preuves à travers 4 albums studio dont sont aujourd'hui extrait les singles marquants du duo. Rétrospective.
Avec les rumeurs d'attentat à l'arme chimique qui circulent à Londres, est-ce que vous pensez que vous allez changer de nom ?
T.R. : Le week-end dernier, nous avons mixé de minuit à six heures du matin dans un club. À la sortie, c'était bizarre de voir tous ces gens en combinaisons radioactives qui s'entraînaient dans l'hypothèse d'une attaque chimique. En ce moment, on pense raccourcir notre nom comme Massive Attack qui avait été obligé de s'appeler Massive au moment de la première guerre du Golfe. Mais, les Brothers, ça ne fonctionnerait pas vraiment (rires).
Où vous situez-vous aujourd'hui dans votre carrière après 10 ans d'activité ?
Tom Rowland : Le seul moment où tu sais vraiment où tu en es c'est au début, lorsque tu fais tes premiers pas dans le milieu. Il y a 10 ans, nous ne pensions pas arriver à enregistrer autant d'albums, mais nous l'avons fait… Et nous sommes satisfaits de ce constat.
Ed Simons : C'est vrai que tout est allé très vite pour nous… Beaucoup de choses se sont passées mais ces évènements sont liés les uns aux autres, chacun d'entre eux s'imbriquent pour construire ce que représente aujourd'hui le duo.
Parlez-nous de cette première compilation de singles : "The Singles 93-03" ?
E.S. : C'est la première et la dernière, probablement… Cette compilation résume nos 10 dernières années et c'est une manière de débuter cette seconde décade.
T. R. : En quelque sorte une façon de dire que nous sommes toujours vivants et que nous pouvons encore écrire quelques morceaux comme les deux inédits, "Get Yourself High" et "The Golden Path", que l'on retrouve sur le disque.
Pouvez-vous nous parler de chacun des singles qui se trouvent réunis sur la compilation "The Singles 93-03" et de la façon dont vous les avez conçus ?
Song To The Siren
E.S. : Du bon boulot (rires). Ce morceau a été élaboré un peu à contre-courant de ce qui pouvait se faire à l'époque dans les clubs car il était assez lent. Mais, son impact a été important. Nous le jouions souvent en tant que DJ et l'on a pu se rendre compte des réactions que provoquait ce disque. Il y avait pas mal d'éléments comme des breakbeats, des sirènes, des effets sonores divers…
T.R. : On aimait beaucoup la techno et l'on voulait retrouver la puissance de cette musique. Mais, comme nous aimions aussi le hip hop, nous avons essayé de mélanger les deux styles. On voulait démontrer que l'on pouvait faire quelque chose de puissant tout en restant sur un rythme dansant et pas trop rapide. C'est probablement la lenteur du titre qui le rend vraiment intéressant. Dès le départ, nous avions envie de mélanger tous les genres que l'on aimait comme le hip hop, la techno, les sons étranges de la pop et les basses dubby.
Leave Home
E.S. : Nous avons enregistré ce disque au moment où nous étions résidents au club Heavenly Social. À l'époque, ce style de musique n'existait pas vraiment en Angleterre, cette combinaison de sons un peu durs mélangés à des rythmiques funky, ce n'était pas très répandu… Mais, quand les gens ont entendu ce genre de morceau pour la première fois, cela avait un sens pour eux, ça tombait au bon moment car le public était près à entendre cette musique.
T.R. : "Leave Home" donne l'impression d'avoir été enregistré par un groupe live alors que nous avons utilisé nos machines pour le concevoir. Il est assez sauvage… C'est le genre de disque qui marque les gens qui viennent du rock. Pour ceux qui aiment la dance music, c'est toujours assez négatif alors que, pour nous, ça nous excite d'entendre ce genre de chose.
Setting Sun
T.R. : Ce n'est pas un hommage proprement dit aux Beatles et à "Tomorrow Never Knows". En fait, nous avons commencé par jouer le morceau des Beatles en club pour voir comment les gens allaient réagir. Juste avant nous passions un disque d'Emmanuel Top, "Lobotomy" et l'on s'est rendu compte à quel point les deux morceaux pouvaient se rejoindre. C'est de là qu'est née l'idée de composer "Setting Sun", un titre qui combine la folie de "Tomorrow Never Knows" et de "Lobotomy".
E.S. : A cette occasion, la collaboration avec Noël Gallagher a été la chose la plus facile à faire sur ce titre. Nous lui avons envoyé une cassette et trois jours après il avait enregistré les parties vocales. Ces dernières allaient à la perfection avec le morceau. Quand on l'écoute aujourd'hui, on se demande comment ce disque fou et noisy a pu être numéro 1 dans les charts anglais (rires).
Block Rockin' Beats
E.S. : Encore un numéro un ! (rires).
T.R. : A la base, c'était juste une envie de s'éclater avec des programmations de batterie. Ce n'est qu'une fois le morceau fini que nous avons trouvé le sample de Schoolly D qui colle parfaitement.
E.S. : On a gagné un Grammy Awards avec ce morceau qui a été élu "Meilleur titre rock instrumental de l'année". Ça fait toujours plaisir de voir que des gens, qui ne viennent pas du même milieu que nous, apprécient notre travail.
The Private Psychedelic Reel
E.S. : Pour l'enregistrement de "Dig Your Own Hole", nous avons beaucoup écouté de rock psychédélique et c'est ce qui a influencé la conception de ce morceau. C'est une sorte de quête sonore qui passe par plusieurs phases. Ce disque épique était très ambitieux à réaliser car tu peux passer complètement à côté de ton sujet. Finalement, le résultat est plutôt bon et c'est un de mes albums préférés. Nous finissons toujours nos lives avec ce titre.
Hey Boy, Hey Girl
E.S. : C'est un morceau pour le dancelfoor qui a un côté cartoon que les kids aiment bien. Ce disque peut passer à 5 heures du matin en club, pour que le public devienne fou, ou à la radio, au moment du petit-déjeuner. C'est une bonne combinaison entre la pop et l'acid-techno.
Let Forever Be
T.R. : C'est vrai qu'il y a beaucoup de morceaux extraits de "Surrender" sur cette compilation. On aime bien écouter les meilleurs titres de ce disque (rires).
E.S. : Même si certaines personnes trouvent que ce morceau se rapproche de "Setting Sun", en ce qui nous concerne, il est à des années lumières. Il est plus doux à l'écoute, il contient plus de mélodies et il est, en même temps, très psychédélique, un peu comme ces vieux disques des années 70. De plus, Noël voulait faire quelque chose de différent cette fois-ci.
Out Of Control
E.S. : Travailler avec Bernard Sumner (chanteur de New Order) a été une expérience très gratifiante. Ce type a vraiment de bonnes paroles et l'on s'est bien amusé lors de l'enregistrement. C'était un vrai plaisir car nous sommes vraiment fans de New Order et le résultat est très intéressant car il ne ressemble à rien de ce que nous avons pu faire auparavant.
Asleep From Day
T.R. : Quand nous avons vu le clip que Michel Gondry a fait pour la publicité d'Air France, nous avons trouvé que cela fonctionnait vraiment bien. On adore cette chanson car la voix d'Hope Sandoval est extraordinaire, très belle…
E.S. : Les paroles qu'elle a écrites pour ce titre sont probablement les meilleures que nous ayons jamais eues dans nos chansons.
Star Guitar
T.R. : Pour nous, cela paraît facile de faire des disques dance barrés mais c'est dur de concevoir un titre mélodique qui fonctionne sur la longueur, sans que cela ne devienne trop commercial. On aime bien composer des trucs avec plein de distorsions, de breaks déjantés et des choses à l'opposée, plus fluides, presque euphoriques.
The Test
T.R. : La voix de Richard Ashcroft (ex-The Verve) est très puissante, chargée d'émotions et c'est elle qui porte ce morceau.
Get Yourself High / The Golden Path
T.R. : On aime beaucoup ces nouveaux morceaux. Plus tu fais de la musique, plus tu dois faire attention à garder une certaine fraîcheur. C'est vrai qu'à notre niveau, cela devient plus difficile mais, ces deux titres me font ressentir cette excitation si particulière que j'éprouve pour la musique. On écoutait ces morceaux en conduisant l'autre jour et ils sont vraiment frais, ils passent bien au sein d'une sélection pop. Nous les avons également joués en club et ils fonctionnent parfaitement. Après 10 ans, c'est toujours bien d'essayer de garder cette excitation intacte.
Propos recueillis à Londres par Laurent Gilot
Photo DR
The Chemical Brothers "The Singles 93-03" (Labels)
Sortie octobre 2003www.thechemicalbrothers.com





