5.02.2007

Le Nouveau Casino, le clubbing dans tous ses états

Au début de cette année, la salle parisienne de la rue d'Oberkampf a changé sa prestation en matière de sonorisation dans le but d'améliorer une configuration hybride, à mi-chemin entre les spectacles live et les soirées clubbing. Sarah Schmitt (direction), Dimitri Perrier (programmation) et Sylvain Gilbert (régie) nous parlent de la nouvelle organisation technique de ce haut lieu de la nuit.

Pouvez-vous nous résumer les caractéristiques d'une salle comme le Nouveau Casino au sein du monde de la nuit parisienne ?

Sarah Schmitt : C'est en juillet 2001 que la salle a vu le jour à l'initiative des gérants du Café Charbon avec, dès le départ, une vocation "concerts" et "clubbing".
Dimitri Perrier : La proportion "clubbing" et "concerts" a toujours été égale. On programme en moyenne trois concerts par semaine. Côté clubbing, c'est du jeudi au samedi, douze mois sur douze. En gros, le Nouveau Casino, c'est 300 évènements par an.
D.P. : C'est une salle de location et, dans la mesure du possible, nous choisissons les artistes que nous programmons. Nous produisons nous-mêmes des concerts et des soirées clubbing. Il faut savoir que c'est une salle qui a été construite pour les concerts avec une scène, des lumières et un système de diffusion adapté à la configuration du live. Elle peut accueillir 350 personnes et l'on peut dire que le Nouveau Casino se situe à mi-chemin entre la Boule Noire, le Café de la Danse et le Rex. Certaines salles sont des breaks familiaux, nous, on est une petite voiture de sport en comparaison (rires).

Côté acoustique, pouvez-vous nous parler de la particularité de cette salle ?
D.P. : En fait, nous sommes une "mono salle" car tout l'espace est concentré dans une seule pièce. Qu'importe l'endroit où tu te situes, tu peux voir ce qui se passe sur scène. Le Nouveau Casino est aussi une des salles de cette capacité qui a le plus de hauteur de plafond. La structure a été spécifiquement étudiée par des architectes pour une isolation phonique parfaite avec un vrai confort acoustique. Derrière la coque en acier du plafond, il y a des mousses avec de petites alvéoles qui sont de véritables pièges à son. Le Nouveau Casino n'est pas une salle qui a été réhabilitée, elle a été spécialement conçue pour accueillir du son.


Peut-on parler de la nouvelle configuration sonore qui a été mise en place au début de cette année ?
Sylvain Gilbert : En fait, nous avons tout simplement changé de prestataire pour gagner en fiabilité. Aujourd'hui, on a une marge de manœuvre un peu plus importante pour l'utilisation très polyvalente de cette salle. Entre les trucs mixés avec beaucoup de graves ou les concerts très acoustiques, nous avons la possibilité de nous adapter au mieux à chaque configuration.


Et, dans le détail, comment cela se concrétise-t-il techniquement parlant ?
S.G. : Aujourd'hui, nous avons un processing qui nous permet de proposer à l'ingénieur du son de mixer le sub, par exemple, soit dans les enceintes gauche, droite, soit de bénéficier du sub sur un auxiliaire, soit de se situer à mi-chemin entre les deux options. Cela permet d'utiliser le sub comme un multi-effet et certains groupes s'en servent comme d'un élément de mixe supplémentaire. On peut ajuster le son de toutes les boîtes d'effets via un DVCA.


Quel est le système qui vous a permis de vous adapter à la spécifité du Nouveau Casino ?
S.G. : C'est un système Adamson Line-Array, Link source, qui est plutôt fréquemment utilisé en extérieur. Ce sont des guides d'ondes très serrés qui permettent d'envoyer la même pression acoustique sur plusieurs dizaines de mètres. Cela permet d'éviter l'installation de lignes de retard avec des rappels dans des salles qui ont une profondeur importante comme la nôtre. Nous avons donc un système cohérent depuis la scène jusqu'au fond de la mezzanine. Pour la configuration "clubbing", nous avons deux rappels qui permettent de ne pas avoir un effet de quadriphonie sur le dancefloor. Aujourd'hui, via un processing, on peut utiliser ce système pour spatialiser le son, router dans les enceintes une réverbe, un delay que l'ingénieur du son peut restituer en façade. Nos amplis sont beaucoup plus puissants que ceux que l'on avait auparavant, nous avons une marge importante et cela permet de bosser très loin de la distorsion.


Pour quelles raisons avez-vous fait appel à un prestataire extérieur ?
S.G. : Les retours et les lumières du Nouveau Casino appartiennent à la salle alors que le système de diffusion et la console-façade sont une location de longue durée avec un contrat de trois ans. C'est une partie qu'on ne peut pas assumer techniquement car c'est un autre métier. Câbler un système, entretenir une console, répondre à une panne rapidement, cela demande d'avoir les "épaules larges" et un stock permanent.
S.S. : Notre utilisation intensive du système dans des configurations multiples fait qu'il faut que nous ayons un service fiable et une prestation ultra réactive.


Comment est accueillie cette prestation par les Djs, les professionnels ?
S.G. : Avec ce système, nous avons gagné la confiance de certains producteurs. Lors des captations que l'on fait pour la radio Oui FM, il y a des grosses têtes d'affiche qui déboulent, comme Beck, et, tout de suite, les producteurs voient qu'ils peuvent bosser dans des conditions d'une salle classique alors qu'ils ne sont que dans un club de 350 places. Il y a une capacité de travail proche d'un Zénith ou d'un Bercy, par exemple. Ce n'est pas si éloigné…
D.P. : Côté clubbing, on développe pas mal de musiques à forte basses, comme le dancehall ou le dub step, en ce moment. Les Djs qui veulent se faire plaisir ont la pression souhaitée au niveau acoustique et, malgré les vibrations, cela reste propre. L'intérêt pour les programmateurs est aussi de pouvoir mettre en place des plateaux live dans une soirée clubbing. Je trouve ça super agréable de pouvoir écouter un groupe à 2 heures du matin.


En termes de programmation, que va-t-il se passer dans les mois à venir ?
D.P. : Nous avons bouclé nos plateaux pour l'été car on ne fait que du clubbing à cette période de l'année. Nous allons à nouveau mettre en place un système d'open bar du jeudi au samedi de 0h00 à 01h30 avec une entrée à 5 euros. L'idée est d'essayer d'avoir tout le spectre des musiques de club : minimale, techno, drum'n'bass, hip hop… On veut proposer des plateaux suffisamment variés pour contenter le public friand de tel ou tel style musical. À la rentrée, nous allons reprendre les concerts avec le système de "carte blanche" que nous avons mis en place où un groupe en invite d'autres. Nous allons développer des soirées Nouveau Casino-Charbon, chose que l'on a inaugurée avec la soirée Minus de Richie Hawtin. Les deux salles communiquent et le public peut circuler entre deux ambiances. Le son du Charbon a été changé afin de pouvoir diffuser le même son dans les deux salles. Cela nous permet d'accueillir des soirées que l'on ne pourrait pas se permettre de recevoir du fait de notre "petite jauge".

Propos recueillis par Laurent Gilot
Photo Abstractclub.com


www.nouveaucasino.net