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4.04.2026

Ladytron, Paradises, retour de flamme

« On ne voulait pas entrer dans leur jeu » : comment Ladytron est devenu un survivant improbable de l'electro-pop. Pionnier de l'electroclash devenu adepte des dancefloors, puis remis en lumière par un succès viral sur TikTok grâce au tube « Seventeen » (extrait de l'album culte de 2001 "604"), le désormais trio de Liverpool est de retour avec un nouvel album et une nouvelle métamorphose.

Nous sommes en octobre 2001, à New York. Mira Aroyo et son acolyte Reuben Wu sont invités à mixer pour une nouvelle soirée. Le Luxx, un club brut de 200 places situé sur Grand Street à Brooklyn, est spécialisé dans les sonorités électro-queer oubliées des années 80. Le nom de la soirée ? Electroclash.

« C’était nous, Peaches, des gens de Berlin », se souvient Aroyo. Larry Tee, le DJ d'Atlanta et collaborateur de RuPaul, les avait programmés pour leur amour des pépites méconnues de Gina X ou Bobby O. « C’était hédoniste, non-binaire, flamboyant. »

De retour à Liverpool, cette énergie nourrit ce qui deviendra le manifeste electroclash de Ladytron : le single Seventeen, sorti en 2002. Sur une ligne de basse synthétique lancinante, la voix feutrée et monocorde d'Helen Marnie lance un avertissement sinistre sur le caractère jetable des adolescentes : « Ils ne veulent de toi que quand tu as 17 ans / à 21 ans, tu n'es plus amusante. »

En 2026, Ladytron est de retour. Pour l'enregistrement de leur huitième album, Paradises, le groupe — que Brian Eno a un jour qualifié de « meilleur de la pop anglaise » — a choisi de pivoter vers le dancefloor. « Le principe directeur, explique le multi-instrumentiste Daniel Hunt, c'était le plaisir. » Le single Kingdom Undersea est un pur bonheur aux influences baléares, tandis que A Death in London est une version luxe et contemporaine du son noir caractéristique du groupe.

Après un album mélancolique composé durant le confinement, Hunt a cherché à capturer un sentiment ressenti lorsqu'il était adolescent dans le Wirral en 1989, quand les singles de Neneh Cherry ou Soul II Soul balayaient d'un coup le rock indie de son esprit. « Je voulais retrouver ce choc de la modernité. »

Les années 90 furent l'âge d'or de la « Scouse house », ces sons de club énergiques portés par des voix puissantes qui résonnaient au Cream, le club emblématique de Liverpool. Hunt, qui mixait dans des soirées plus alternatives et étranges, préférait Stereolab. Mais son voisin de studio n'était autre que Dan Evans, du groupe house 2 Funky 2. Le producteur lui a appris à programmer un vrai beat. « Ce fut une épiphanie », se souvient Hunt. « On n'avait pas besoin d'être dans un groupe à répéter quatre soirs par semaine jusqu'à ne plus pouvoir se voir. »

Aroyo, née en Bulgarie et arrivée en Angleterre à 14 ans, a rencontré Hunt alors qu'elle était DJ. Elle a abandonné ses études de génétique à Oxford pour fonder Ladytron avec lui, rejoints en 1999 par Marnie et Wu. Hunt se souvient avoir vu Aroyo improviser en bulgare sur des sons électroniques percutants et s'être dit : « On tient quelque chose de différent. »

Cela impliquait de faire les choses différemment. Pourquoi s'épuiser dans le circuit des petites salles britanniques quand on peut jouer dans une rave à Berlin ou Paris ? « Liverpool est une ville très tournée vers l'extérieur », dit Aroyo pour expliquer leur internationalisme. Il y avait aussi, concède Hunt, « une part de fierté provinciale. On ne voulait pas entrer dans leur jeu. » Ils n'ont joué à Londres qu'une fois leur premier album, 604, déjà en rayon.

Alors que l'electroclash explosait, le groupe s'en est distancié. Peut-être trop. Aujourd'hui, Hunt est fier de ce mouvement qu'il qualifie de « portail » vers un futur glamour et androgyne pour les enfants des banlieues. Mais à l'époque, ils craignaient les étiquettes. « Les gens disaient : "Mon Dieu, votre façon de dire que vous n'êtes pas electroclash est tellement electroclash", s'amuse-t-il. « C'était comme l'effet Streisand. »

Tout cela a mené à leur remarquable album de 2005, Witching Hour, où ils ont délaissé séquenceurs et boîtes à rythmes pour devenir un groupe psychédélique envoûtant. « C'est seulement parce que ce disque était excellent que nous avons survécu », affirme Hunt — la sortie ayant été gâchée par la faillite de leur label. « Il a été bien accueilli par des gens qui, jusque-là, ne nous prenaient pas au sérieux. »

Certains de ces admirateurs se trouvaient dans des endroits inattendus. Personne ne savait que Christina Aguilera était fan de Ladytron jusqu'à ce que son management contacte le groupe pour une collaboration en 2008. « Elle est vraiment fan », précise Hunt, loin de l'image d'une star à qui l'on aurait « donné une liste de noms cool ». Dans un univers parallèle, leur collaboration — le sombre titre darkwave Birds of Prey — aurait pu tout changer pour Ladytron. Mais, accaparée par son film Burlesque, Christina Aguilera a relégué le morceau sur le disque bonus de son album Bionic en 2010.

Le groupe s'est mis en pause l'année suivante pour vivre des « expériences normales », selon les mots d'Aroyo. Elle a repris ses études et fondé une famille. Marnie a entamé une carrière solo. Hunt s'est installé à São Paulo, s'impliquant dans l'activisme de gauche. Lorsque Ladytron est revenu en 2019 avec un album éponyme (sans Wu, parti en bons termes), Hunt interviewait Lula, travaillait avec le Parti travailliste de Corbyn et s'exprimait à la Chambre des Communes sur la répression des droits de l'homme sous Bolsonaro.

Ce contexte a rendu la suite de la vie de la formation encore plus surprenante. En 2021, Seventeen a explosé sur TikTok. Les utilisateurs ont repris le refrain pour des danses ou des playbacks, mais aussi pour des témoignages personnels — souvent poignants — en écho aux paroles. Ce « regain d'intérêt est un miracle », confie Marnie. « Les jeunes s'en emparent et se l'approprient. » La chanson est passée de 3 000 écoutes quotidiennes à 160 000, entrant à la 11ème place du Top 50 Viral de Spotify aux États-Unis. Leurs royalties de streaming ont triplé.

Pourtant, ils ont refusé les demandes de leur label de capitaliser sur ce buzz. Hunt se montre cinglant envers l'autopromotion des « micro-célébrités » qui pousse les artistes à se mettre en scène en ligne. « Chaque minute qu'un artiste passe sur le marketing ou les réseaux sociaux est une minute de moins passée à écrire et enregistrer. » La tendance est passée, et Aroyo se réjouit de voir « des jeunes de 17 ou 18 ans avec des maquillages fluo délirants » côtoyer la vieille garde lors de leurs concerts.

Autrefois, c'était Ladytron qui redécouvrait le passé. Aujourd'hui, ce sont les adolescents qui piochent dans l'histoire pop du groupe pour se l'approprier. Avec des membres dispersés aux quatre coins du globe, Ladytron fait figure de survivant international d'une pop underground. « Nous sommes devenus, conclut Hunt avec fierté, les personnes que nous avons toujours prétendu être. »

Par Fergal Kinney (The Guardian)

Photo DR

L'album Paradises est disponible chez Nettwerk.

1.23.2012

Chairlift, Something (Columbia)

Caroline Polachek (chant, tambourin et synthétiseur) et Patrick Wimberly (batterie, basse, synthétiseur et production) forment aujourd’hui le duo synth pop Chairlift. A l’origine, ce projet, formé avec un certain Aaron Pfenning, avait pour but avoué le fait de réaliser de la musique d’ambiance pour maisons hantées. Après un premier album en 2008, « Does You Inspire You », dont le single « Bruises » a servi d’illustration sonore à une campagne pour l’iPod, Chairlift livre aujourd’hui un « Something » de haute volée qui fait la part belle aux mélodies aériennes et aux nappes de synthé bien dosées. Les chansons composées pour « Something » ne sont pas sans rappeler un certain songwriting propre aux 80’s, de Cocteau Twins en passant par Kate Bush. Souvent, les rythmiques sont dynamiques (« I Belong In Your Arms », « Met Before ») ou cultivent les enchevêtrements synthétiques (« Sidewalk Safari »).On pense aussi parfois aux jolies mélopées electro de certains artistes récents comme leur voisine de Class Actress (« Ghost Tonight »). Quant au single et sa ligne de basse imparable, « Amanaemonesia », il pourrait très bien rivaliser avec les tubes du dernier Metronomy pour devenir l’hymne pop et racé de ce début d’année, malgré un refrain (presque) imprononçable !

Laurent Gilot

Chairlift, Something (Columbia)
Sortie le 23 janvier 2012

 Chairlift, Amanaemonesia, video


3.30.2009

Röyksopp, Junior, Norwegian mood


Ce printemps 2009 est marqué par le grand retour de duo norvégien après presque 5 années de silence discographique. Pour l’occasion, Röyksopp a invité une poignée de voix féminines sur un troisième album en forme de mille feuilles électro-pop : « Junior ». Entretien.

Il y a quatre ans, comment a été reçu votre second album « The Understanding » ?
Svein Berge : Il a été accueillis de différentes manières. Ceux qui s’attendaient à un autre « Melody A.M. » ont été quelque peu déçus alors que ceux qui ont compris que nous avions besoin de ne pas nous répéter, ont apprécié notre démarche. D’autres, ont trouvé qu’il y avait trop de parties vocales, de chansons et que le disque était trop aérien. Mais sans « The Understanding », nous n’aurions pas pu produire notre nouvel album « Junior » car il y avait déjà un gros travail au niveau de l’écriture des morceaux et des paroles.

Justement, comment décrirais-tu votre nouvel album « Junior » ?
Sur « The Understanding », il y avait comme un sentiment puissant de mélancolie alors que sur « Junior », nous voulions proposer un album très diversifié avec des sentiments contrastés qui s’expriment à travers chaque chanson. Nous voulions également que celui-ci soit plus optimiste et bourré d’énergie. Nos albums sont toujours le reflet de notre état d’esprit au moment de leur enregistrement. Cette fois-ci, nous étions plus confiants, plus détendus que par le passé.

Sur quel mode fonctionnes-tu avec Torbjorn ? Comment composez-vous à quatre mains ?
Lorsque nous sommes dans un processus de création, nous cherchons toujours à surprendre l’autre. C’est notre façon de fonctionner. Sur « junior », nous voulions qu’il y ait un fil conducteur et, en même temps, nous voulions que l’ensemble s’apparente à un voyage à travers différentes émotions et sentiments. Certains titres parlent d’anxiété et de tension, de relations amoureuses, d’autres sont plus axés sur le fun et les plaisirs immédiats, sur la beauté des choses. Grâce à toutes les chanteuses qui ont collaborées à ce disque, que ce soit Karin de The Knife, Lykke Li ou Robyn, nous avons le sentiment d’avoir couvert un large spectre des émotions humaines. Avec « Junior », nous avons vraiment le sentiment d’être arrivés à nos fins de ce point de vue-là.

Justement, comment s’est passée votre collaboration avec la chanteuse Robyn sur le morceau « The Girl and The Robot » ?
Nous adorons cette chanteuse. Elle a une personnalité très forte. Ces dernières années, elle a pris une nouvelle orientation musicale, différente de celle qu’elle a suivie au cours des dernières années. C’est très courageux de sa part car elle a une étiquette de chanteuse pop commerciale qui lui colle à la peau. Nous avions l’impression qu’il était temps d’enregistrer ensemble. Le courant est bien passé entre nous car nous avons les mêmes références musicales. De plus, elle a un sens de l’humour proche du nôtre. Elle aime bien plaisanter sur certaines choses basiques du corps humain (rires).

Vous avez récemment proposé le téléchargement gratuit d’un morceau inédit, « Happy Birthday », pour fêter vos dix années d’existence. A ce titre, comment avez-vous traversé cette décennie ?
Au cours de ces dernières années, l’industrie du disque a considérablement changé avec le format digital qui s’est répandu à travers le partage de fichiers mp3. Beaucoup de maisons de disques et de magasins de disques ont fermé leurs portes. Cela a profondément changé la façon dont les gens écoutent la musique aujourd’hui. Le format album n’est plus aussi important qu’auparavant, on est désormais dans une culture du single, du format court. En fait, je crois que nous sommes dans une période de transition et que l’on va voir émerger de nouveaux modes de consommation. Il y aura toujours des besoins pour de la bonne musique.

Est-ce plus difficile de faire de la musique aujourd’hui, d’être réellement créatif ?
En ce qui nous concerne, nous sommes toujours aussi créatifs et aussi curieux de découvrir des nouveautés. La seule chose qui a changé pour nous est la façon dont on élabore notre musique aujourd’hui. Nous essayons de produire la musique en laquelle on croit profondément.

En 2001, est-ce que vous étiez, d’une certain manière, préparés au succès massif que votre premier album a rencontré dans les mois qui ont suivi sa sortie ?
A cette époque, nous arrivions de nulle part avec une formule peu répandue : deux types de Norvège qui font de la musique électronique. Puis, à force de donner des concerts, beaucoup de choses se sont débloquées. Bien entendu, nous ne nous attendions pas à un tel engouement pour notre musique. Avant de former Röyksopp, nous avions fait partie de groupes qui étaient signés sur des labels, donc nous avions une certaine expérience à ce niveau-là. Mais, cela ne nous a pas permis de prédire le succès de « Melody A.M. ». Tout s’est déroulé progressivement et nous nous sommes petit à petit adaptés à cette situation nouvelle engendrée par le succès.

Quelle va être la prochaine étape pour Röyksopp ?
En ce moment, nous sommes dans une période très créative à un tel point que nous voulons sortir très rapidement une suite à « Junior » qui va s’appeler « Senior ». « Junior » parle d’énergie directe, de quelque chose d’immédiat alors que « Senior » sera plus introspectif, principalement instrumental, en jouant sur les contrastes entre les différentes atmosphères. On pourrait presque dire que ce sera l’album de la maturité (rires).

Propos recueillis par Laurent Gilot
Photo : Stian Andersen

Röyksopp, « Junior » (Wall Of Sound/Virgin)

2.24.2008

Calvin Harris, I Created Disco (Fly Eye/Columbia)


Il aura fallu attendre presque un an pour que le premier album du jeune producteur écossais soit distribué en France. Il aurait été dommage de passer à côté de tous ces tubes en puissance et hymnes incontournables. "I Created Disco" est un pur condensé de club culture anglo-saxonne avec son lot de grooves binaires, de refrains enjoués, d’electro-funk-rock chamarrée. Il faut dire que l’ex-employé de Marks & Spencer a mis tout son cœur et son énergie dans des compositions patiemment élaborées dans l’ombre. Mais, que les choses soient claires, ne vous attendez pas à des sommets d’innovation, l’ensemble est classique, cohérent, bien composé et arrangé, ce qui est un gage de qualité. Exit spleen cafardeux ou introspection nébuleuse, l’hédonisme frappe ici joyeusement à votre porte alors accueillez le sans retenue, vous ne serez pas déçus !

Laurent Gilot

www.calvinharris.tv
En concert le lundi 7 avril 2008 au Trabendo (Paris)

Découvrez l'univers de Calvin en cliquant sur le logo YouTube :




12.07.2007

Santogold, LES Artistes, tube en or

À la croisée des chemins entre tradition et innovation musicale, la Big Apple ne cesse de nous abreuver de formations qui créent la sensation du moment. Focus sur Santogold, une chanteuse de passage aux Transmusicales de Rennes qui devrait faire parler d’elle dans les mois qui viennent.


Alors que s’ouvre la 29ème édition des Transmusicales de Rennes, il faudra surveiller de près l’une des copines de M.I.A. et du producteur Spank Rock, à savoir la chanteuse de Brooklyn Santi White qui s’est entourée de quelques pointures en matière de production urbaine (Diplo, Switch, Disco D…) pour former Santogold. Dans www.brain-magazine.com, Santi décrit les origines du projet : "Il y a environ un an et demi, après le split de mon groupe Stiffed, j’ai décidé de me lancer en solo. Comme j’avais déjà un contrat avec le label Lizard King pour un album avec les Stiffed, John Hill (le bassiste de Stiffed) et moi-même, nous nous sommes mis à écrire quelques morceaux qui comportaient des éléments de tous les genres musicaux qu’on aimait dans ce groupe. Santogold est donc parti de là. Je me suis retrouvée entourée de gens brillants au bon moment, et on a achevé un album en deux mois. C’était une sorte de tourbillon. Je n’avais pas vraiment conscience de ce que je faisais jusqu'à ce que j’en vois le résultat." Et ce dernier est éloquent. Il faut avouer qu’il y a de quoi tomber raide dingue de son tube "LES Artistes", véritable petit bijou pop rock finement ciselé. Le buzz entoure déjà la formation : "Nous avons reçu des feedbacks prématurés et phénoménaux par rapport à nos premiers enregistrements non masterisés", précise Santi. On attend donc avec une certaine impatience l’album pour 2008 de cette chanteuse qui classe dans son top 3 les Smiths, Bad Brains et Devo !

Texte Laurent Gilot
Photo DR

Santogold, "LES Artistes", au festival Artscape 2007 à Baltimore (USA)

www.myspace.com/santogold

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11.07.2007

Délice Artifice, retro-cheesy


Il n’y a pas que des chanteuses ou des chanteurs casse-bonbons qui nous viennent du Canada, il y a aussi d’excellentes formations electro comme Délice Artifice qui peut aisément rivaliser avec nos TTC ou Daft Punk locaux. Entretien avec un collectif en devenir dont les beats et les textes ne laissent pas indifférents. Chromeo a un petit cousin (en plus salace) et nous vous le faisons découvrir en exclusivité avant tout le monde.

Délice Artifice, est-ce un délire entre amis ? Un tremplin pour des carrières solo ?

D.A. : Délice Artifice est une idée originale de Skat (Marc-André Filion) qui voulait s’évader d'un autre projet musical plus sombre et vulgaire. Le but premier du collectif était de faire rire et danser les gens au lieu d’essayer de les provoquer et de les choquer. Skat connaissait bien Monsieur J (Luis Dumais), ainsi, un soir, il lui a parlé de ce qu'il préparait musicalement. Quand il lui a expliqué que la thématique se basait sur deux mots, Délice Artifice, Mr.J a trouvé l'idée géniale. Une de nos connaissances, Jean-Phillipe Bernier (aka D.B.M), nous parlait souvent de son co-locataire Phormique (Jean-Nicolas Leupi) comme étant un ''beat maker'' assez expérimenté. Au bout de quelques mois, nous avons enfin pu le rencontrer pour lui parler de notre projet musical. Une fois chez lui, il nous a montré ce qu'il savait faire et le courant est vraiment passé entre nous. Délice Artifice est né et nous sommes ensemble depuis Février 2007. Le groupe est composé de Mr.J, le mec réservé à la voix naturellement bien rauque, qui participe également à la direction musicale. Il y a aussi Skat, l'homme qui véhicule l'énergie et l'image du collectif (logos, animations, etc...), ainsi que Phormique, la tête pensante à l’origine de la musique, qui participe également à l’écriture des paroles et aux parties vocales avec ses 'vocoders' et 'talk-box'.

Pouvez-vous nous dire dans quelles conditions vous avez enregistré les morceaux qui figurent sur votre page myspace ? Comment s'organise le travail entre vous ?

Avec notre premier titre, ''Délice artifice'', le but était de dévoiler notre palette sonore et des textes « métaphoriques » qui nous font bien marrer. Phormique a créé un beat en quelques heures sur lequel Skat a improvisé des paroles. Mr.J s'est alors greffé sur le morceau et D.B.M., qui ne fait plus partie du groupe aujourd’hui, a également prêté sa voix. Dans un style plus electro, notre second titre, ''Coup de foudre'', se base sur une idée de Skat. Puis Mr.J a trouvé un concept ''retro-cheezy'' accrocheur et Phormique s’est adapté au morceau sans souci. Jusqu’à présent, les enregistrements sont toujours produits de A à Z par le trio, directement dans notre home studio qui se trouve chez Phormique : une pièce gavée de synthés et de jouets. Finalement, chaque session est toujours un bon moment où l’on se marre en trouvant des idées qui nous divertissent les tympans ! En bref, nous sommes trois égoïstes qui veulent d’abord se faire plaisir en réalisant, par la suite, et souvent avec étonnement, que les gens sont sur la même longueur d’onde que nous !

Comment est la scène musicale à l'heure actuelle à Montréal ? C'est trop bling-bling ? Trop rock ?

Actuellement, la scène musicale à Montréal est assez saine et l'on sent toutes les bonnes influences européennes, en particulier, avec les sonorités electro et Nu-Rave qui font rage ces temps-ci. Mais en même temps, ici, tout passe. Il y a une belle ouverture d'esprit et cela s’entend dans les clubs et les boîtes de nuit qui peuvent aussi bien jouer le dernier tube de Justice que du TTC ou un bon vieux classique de Mötley Crüe !

Quelle va être la prochaine étape pour vous ? Un album ? Une signature sur une major ou un label indépendant ? Une série de concerts?

Pour l'instant, nous continuons à nous amuser. Souvent, nous retardons la sortie d'un morceau afin de s'assurer qu'il nous plaise vraiment. Nous ne nous focalisons donc pas sur ce qu’il va advenir de ce projet. Néanmoins, nous sommes en négociation avec un label québécois, ce qui ne nous empêche pas de chercher d’autres opportunités. Jusqu’à présent, rien n’est coulé dans le béton pour Délice Artifice. Nous essayons d'étudier tout ce qui se présente à nous. Dans les prochains jours, nous allons mettre en ligne sur notre page myspace un troisième titre et nous avons quelques concerts qui approchent à grands pas.

Propos recueillis par Markus S

Photo et logo : DR

www.myspace.com/deliceartifice

3.15.2005

Fischerspooner, Odyssey d'un Ulysse

Rendu célèbre par le tube electro planétaire "Emerge", le duo New Yorkais revient avec un nouveau disque en forme de trip musical qui passe par un large spectre d'émotions : "Odyssey". Intemporel et universel alors que le statut du groupe ne le laissait pas forcément présager au départ.

Comment s'est déroulée la tournée qui a fait suite à la réédition de votre premier album au cours de l'année 2002 ?
Warren Fischer : On ne peut pas dire que cela soit répétitif pour nous. Chaque show du groupe est assez basé sur l'improvisation donc chaque performance a sa propre caractéristique. Souvent le concert est conditionné par le public que l'on a en face de nous. Les performances les plus sauvages ont été les concerts d'Atlanta, de Berlin ou de Barcelone, par exemple. Le show de Paris m'a un peu énervé car tout le monde était assis mais la plupart des gens ont aimé… Par la suite, nous nous sommes attelés à la réalisation de notre nouvel album.
Casey Spooner : Cela lui a pris plus de deux ans alors qu'en ce qui me concerne, cela m'a pris un an.
W. F. : Mais, en fait, cela est allé plus vite que pour le premier album et puis, cette fois-ci, nous avions un label derrière nous. C'était une situation plus confortable mais, lorsque nous a composé nos premiers morceaux il y a quelques années, nous n'avions pas dans l'idée de faire un album. C'était donc la première fois que nous avons réfléchi au fait de réaliser un album. C'est donc très différent car nous sommes passés à travers tout un spectre d'émotions : le stress, la paranoïa, la peur…

Ce qui n'était pas facile au vu du hit qu'a été "Emerge"…
W. F. : C'est toujours le même genre d'histoire avec les morceaux qui deviennent de gros succès alors qu'à la base, ils n'ont pas été conçus avec cette idée en tête. Il faut donc, psychologiquement parlant, adopter une certaine attitude pour arriver à composer à faisant abstraction de ce genre de choses. Mais, il y a eu très peu de pression de la part de la maison de disque, celle-ci est essentiellement venue de nous. Nous avons cherché à être plus productif. J'espère que j'aurais à nouveau la chance de pouvoir produire un album car j'essaierai d'être encore un peu moins impressionné par le travail à accomplir.

Cette fois-ci, vous avez fait appel à quelques collaborateurs extérieurs pour qu'ils apportent leur savoir-faire. Etais-ce dans le but de sortir un peu du "ghetto electroclash" dans lequel on vous a "rangé" ?
W. F. : Nous avions envie de réaliser un album un peu plus rock et avec plus d'émotions. C'est vrai que nous voulions atteindre un autre niveau, grandir musicalement. La chose la plus importante à ce niveau-là a été de concentrer sur le songwriting et la façon d'élaborer les chansons. Nous avons réalisé le premier album d'une certaine façon et nous avions envie d'aller plus loin, d'explorer un peu plus en profondeur ce que nous avions effleuré avec "#1". Nous ne sommes que deux a être impliqué au niveau de la composition, nous n'avons pas d'autres membres du groupe susceptible de nous donner un feed-back. C'est pour cette raison que l'on a voulu s'attacher les services d'autres personnes, des musiciens de session, des producteurs… pour que chacun nous apportent des éléments, des points de vue sur ce que nous étions en train de réaliser.
C. S. : Je voulais travailler depuis un moment avec Linda Perry et Susan Sontag car j'aime l'idée de faire un album qui soit super intellectuel et super pop. Je trouvais que ça serait un défi intéressant que d'essayer de réunir ces deux mondes sur le disque. "#1" avait été conçu à Brooklyn avec une poignée de personnes qui nous suivait. Pour le nouveau, nous voulions quitter notre quartier, travailler avec d'autres gens, profiter du fait d'être sur une major et de la position que cela nous donne. Sur le premier album, j'ai réalisé 7 morceaux et il y en avait 7. Ce disque était complètement différent car il y avait beaucoup d'idées à intégrer, d'explorations diverses à faire musicalement et créativement parlant.

D'un point de vue vocal, tu as franchie une étape supplémentaire…
C.S. : Ma voix a toujours été bonne mais le style a quelque peu changé et l'on peut m'entendre un peu plus que sur le précédent album. Sur ce dernier, ma voix ne pouvait pas plus s'exprimer que ça car les compositions étaient très synthétique alors que sur "Odyssey", il y a plus de vrais instruments et je peux donc m'exprimer d'une façon plus optimale. Et puis, on trouve cela étrange que d'être associé au monde de la danse alors que l'on a toujours essayé de faire des chansons avec la structure classique couplet-refrain associée à des mélodies. C'est donc beaucoup plus explicite sur "Odyssey".

Pouvez-vous me citer les albums qui ont pu influencer la réalisation d'"Odyssey" ?
W.F. : Je dirais qu'il y a My Bloody Valentine avec "Loveless", par exemple, puis des albums comme "Rumours" de Fleetwood Mac qui nous ont inspiré pour l'approche du travail de production. Il y a également The Cure avec "Boys Don't Cry" ou Simon & Garfunkel pour les mélodies vocales. On a également beaucoup écouté Bob Dylan même si son influence ne se reflète pas directement dans nos chansons. Nous avons essayé de mélanger notre son très digital à la base en le confrontant aux influences rock et à un style de production associé au genre. Dès le départ, nous avions décidé de faire quelque chose de plus expressif, de plus organique et un peu plus hors du temps.

Pouvez-vous m'en dire plus sur cette thématique de l'Odyssey ? Votre inspiration vient de l'Antiquité Grecque cette fois-ci ?
C.S. : Le premier album était très ancré dans son époque et parlait du tournant de ce siècle. Toute notre approche de la musique était conditionnée par le fait de capturer l'instant présent alors que pour "Odyssey" nous avions envie de quelque chose de plus intemporel, universel, que cela évoque quelque chose aux gens dans une perspective plus générale. Pour le premier, notre musique était très rattachée au milieu de la mode…
W.F. : Nous ne voulions surtout pas refaire la même chose…
C.S. : De 2000 à 2003, l'environnement a complètement changé à New York et je crois que cela a beaucoup à voir avec ce que l'on a mis sur cet album. C'est pour cela que nous avons abordé des thèmes plus généraux que les gens soient susceptible d'apprécier encore dans quelques années. Avec cet album, nous sommes allés physiquement, émotionnellement et artistiquement dans différents endroits. C'est donc cette expérience qui a conditionné le titre de l'album, le processus de création de celui-ci était un véritable voyage sonique et physiquement. C'est vraiment un travail d'un bloc et non une collection de différentes chansons.
W.F. : Comme nous voulions faire quelque chose de plus émotionnel, nous nous sommes aventurés dans des territoires plus psychédéliques, romantiques, irrationnels, intuitifs…

Comment s'est déroulé le travail de composition à deux cette fois-ci ?
C.S. : C'était dur car nous avons dû trouver une nouvelle manière de fonctionner à deux.
W.F. : C'est vrai que nous n'avons pas tout à fait les mêmes vies car je suis marié et père de deux enfants. Comme nous avons principalement travaillé de nuit sur cet album mon acuité était assez différente. En fait, tout a été conditionné par le fait que nous voulions nous améliorer et que nous avions moins de temps. Par moments, les choses sont devenues comme insurmontables, frustrantes pour chacun d'entre nous à un tel point que Casey était à deux doigts de quitter le groupe. Nous nous sommes donc un peu perdus à un moment donné…
C.S. : Mais dans le bon sens… Pour cet album, nous nous sommes complètement immergé dans sa conception sans donner de shows, d'interviews ou quoi que ce soit… Nous étions complètement concentré sur la musique c'est pour cela que les différentes personnes qui sont intervenus sur ce disque ont apporté des points de vues neufs et intéressants. Cela nous a beaucoup aidé car nous avons travaillé d'une manière si intense… Il m'ait arrivé de travailler pendant des jours au point que j'ai eu des problèmes de sommeil avec le sentiment d'être isolé. Je me suis réveillé une nuit en pensant que mon appartement était en feu. Une autre fois, je pensais qu'un voleur s'était introduit dans mon salon… C'était presque de la paranoïa… Le monde a changé, nous avons changé et cela se reflète sur "Odyssey".

TEXTE : Laurent Gilot 
PHOTO : DR

Fischerspooner "Odyssey" (EMI/Capitol)
www.fischerspooner.com

9.29.2003

Zoot Woman, en mode krautrock

Avec "Living In A Magazine" en 2001, Zoot Woman a brillamment anticipé le revival des années 80. Puis, Madonna a débauché l'un des trois musiciens du groupe, Stuart Price (déjà responsable de deux albums sous le nom de Les Rythmes Digitales) pour l'emmener en tournée (Drowned World Tour) et en studio (cf. "X-Static Process" sur "American Life"). L'expérience américaine terminée, Stuart a retrouvé ses camarades de jeu, Johnny et Adam Blake, pour confectionner un second opus de Zoot Woman qui cherche à se démarquer de son prédécesseur en explorant une veine plus krautrock. Explications.

Stuart, pourquoi as-tu arrêté Les Rythmes Digitales ? Peut-on dire que tu as apporté les influences eighties de ce projet dans Zoot Woman ?
S.P. : En fait, rien ne s'arrête vraiment, tout évolue et se transforme. Quand, nous avons réalisé le premier album de Zoot Woman, je me suis dit que je voulais m'impliquer à 100 % dans ce projet. Sinon, je n'ai pas vraiment apporté avec moi des influences eighties. L'influence de cette époque se ressent dans le son alors que le songwriting, lui, se rapproche de ce qui se faisait dans les années 60/70. Lorsque nous avons développé ce son 80's pour le premier album, peu de gens l'utilisaient à l'époque. Nous tentions alors de nous différencier de la majorité des groupes pop du moment. Même si nous n'avons pas vendu énormément de disques, nous sommes fiers d'avoir pu trouver un style qui nous est propre.

Comment se passe l'écriture à six mains depuis le début ?
Adam Blake : Notre façon de travailler est vraiment "indépendante" car chacun d'entre nous à son home studio qui lui permet d'expérimenter différentes idées. Quand tu travailles depuis un moment avec certaines personnes, cela rend les choses plus faciles car elles te disent franchement si tes idées sont bonnes. Ça permet d'avancer rapidement…
S.P. : Le premier album a été conçu d'une manière plus collective alors que, sur ce dernier, nous avons travaillé chacun de notre côté pour ensuite exposer nos idées aux autres. La plupart des morceaux étaient donc au trois quarts terminé lorsque nous avons commencé à vraiment répéter ensemble. Cette méthode de travail fait que le nouvel album est assez différent du précédent. L'influence majeure vient, cette fois-ci, du krautrock avec de groupes comme Neu!…
Johnny Blake : Certains nouveaux morceaux, "Grey Day", "Useless Anyway" ou "Snow White", sont aussi le fruit de notre travail en live.

Stuart, comment s'est passée l'expérience avec Madonna, que ce soit en tournée ou en studio ?
S.P. : Je n'étais intéressé que par l'argent (rires). Après cette période d'absence, le fait de retravailler ensemble, Johnny, Adam et moi, a été vécu comme un nouveau départ. De plus, comme je joue beaucoup en tant que DJ, cela a apporté quelque chose de plus au nouvel album, surtout sur un morceau comme "Gem" qui est très dansant. En club, tu ne peux pas jouer de titres avec des harmonies vocales compliquées, il faut aller à l'essentiel et c'est un peu l'état d'esprit de ce nouvel album.

Qu'est-ce qui explique que ce disque soit plus mélancolique, plus ramassé que le précédent ?
S.P. : Le premier titre, "Grey Day", est celui qui a déterminé l'orientation musicale globale de cet album. Dès que nous l'avons composé, nous avons su dans quelle direction aller. Cela se rapproche assez du travail de groupes comme Neu!… Mais, c'est dur de se dire que l'on va essayer de refaire la même chose. Il vaut mieux écouter beaucoup de musique et, ensuite, expérimenter sur une guitare, un synthé pour trouver des idées originales inspirées par ce que tu viens d'entendre. Tu as raison de dire que ce disque est plus ramassé que le précédent car nous voulions aller à l'essentiel, sans artifice. Si notre album est assez mélancolique, c'est que nous étions dans cet état d'esprit au moment de son enregistrement. Les choses personnelles qui arrivaient dans nos vies et la situation du groupe vis-à-vis de notre maison de disques ont donné ce résultat.
J.B. : Mais, pour rien au monde nous n'aurions enregistré un second "Living In A Magazine" car nous l'avons déjà fait.
A.B. : Nous avons dit ce que nous avions à dire sur le premier.
S.P. : Nous souhaitons plutôt suivre l'exemple de groupe comme Radiohead qui ose faire des choses très différentes à chaque album tout en s'améliorant. La production et les thèmes abordés dans nos chansons se doivent donc d'évoluer en permanence. Rien ne doit rester figé…


Propos recueillis par Laurent Gilot
Photo DR


Zoot Woman "Zoot Woman" (Wall Of Sound/Labels)
Sortie le 29 septembre 2003

www.zootwoman.com

4.29.2003

Goldfrapp, Black Cherry on the rocks

Avec "Felt Mountain" et son demi-million d'exemplaires vendus, Goldfrapp a imposé un style épique et bucolique à l'image du lieu où a été enregistré son premier opus : la campagne anglaise. Sur "Black Cherry", le duo a voulu se frotter aux battements orgiaques, aux rêveries glacées de la ville avec une pop dévergondée, une electro viciée. Explications en compagnie de l'homme de l'ombre Will Gregory.

Le fait d'avoir signé sur un label comme Mute en 99, est-ce que cela était un rêve devenu réalité pour vous ?
Will Gregory : En fait, avec Alison, on aimait bien certaines des premières productions du label qui était assez electro comme ce morceau de The Normal "Warm Leatherette". Puis nous étions surtout fan de Kraftwerk. Quand nous avons rencontré Daniel Miller, le boss de Mute, nous avons tout de suite su que c'était la bonne personne et nous n'avons pas ressenti le besoin de démarcher d'autres labels. Il comprenait complètement notre démarche musicale et c'est ce qui importait le plus.

Avez-vous été surpris par l'accueil réservé à "Felt Mountain" ?
W. G. : Nous avons effectivement été surpris par ce succès car, à la base, nous l'avons enregistré avec très peu de moyen dans une maison à la campagne. Nous avons délibérément composé des choses que nous aimions sans penser que d'autres personnes les aimeraient (rires). Cela nous a vraiment touché lorsqu'on a vu l'accueil qui lui a été fait.

La pression a-t-elle été plus forte pour l'enregistrement de "Black Cherry" ?
W. G. : En fait, la maison de disques nous a laissé relativement tranquille pendant une longue période. Nous nous sommes donc mis la pression nous-mêmes afin de donner une suite qui soit la meilleure possible à "Felt Mountain". Cette fois-ci, nous avons vraiment pu consacrer tout notre temps à l'élaboration de ce disque alors que le précédent avait été composé pendant nos moments de loisirs. Beaucoup de choses ont été faites au cours de jams en studio. Cette méthode nous permet de composer la musique que l'on a vraiment envie d'entendre…

Comment se déroule ce processus de composition à deux ?
W. G. : Souvent je commence à trouver les accords de la chanson au piano puis Alison vient avec une phrase ou un mot et nous partons de là pour bâtir le morceau. Parfois, je programme un rythme sur mon ordinateur et l'on jamme tous les deux dessus. On essaye de trouver des idées en partant dans des directions complètement opposées. En fait, nous n'avons pas vraiment de formule type.

Votre second album témoigne d'une volonté de ne pas se répéter.
W. G. : Avec "Black Cherry", nous avons, en quelque sorte, voulu aller dans une direction musicale opposée à celle de "Felt Mountain". Cette fois-ci, nous voulions concevoir des morceaux plus rapides et plus directs et nous prouver, par la même occasion, que nous pouvions aborder des styles différents. Avec Alison, nous aimons bien certains titres disco des 70's/80's, c'est pour cela, par exemple, qu'on reprend sur scène "Physical" d'Olivia Newton-John. Ce que joue Alison en tant que DJ a aussi influencé la direction musicale de ce nouvel album. On voulait surtout avoir des titres plus énergiques pour la scène.

Le revival actuel des années 80, est-il quelque chose qui vous a influencé ?
W. G. : En fait, pour concevoir ce disque, nous n'avons pas trop pensé à ce qui se faisait dans les années 80. Je ne sais pas ce que signifie le terme electroclash (ndlr : nous non plus), nous n'en avons entendu parler qu'une fois l'album terminé. Nous voulions en fait injecter un peu de glamour aux ambiances que l'on pouvait retrouver sur "Felt Mountain". Cela s'est concrétisé par un développement du chant, de la façon dont le son est trituré… Je voulais que les chansons soient un peu décadentes avec des sonorités plus sales. Je pense que cela va certainement dérouter certains fans (rires). Mais, si tu commences à te préoccuper de ce que le public va penser, tu passes ton temps à faire des études marketing pour obtenir un produit parfait et, au final, tu risques de ne plus vraiment faire de la musique.


Propos recueillis par Laurent Gilot
Photo DR


Goldfrapp "Black Cherry" (Mute/Labels)
Sortie le 29 avril 2003

www.goldfrapp.co.uk