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4.04.2026

Ladytron, Paradises, retour de flamme

« On ne voulait pas entrer dans leur jeu » : comment Ladytron est devenu un survivant improbable de l'electro-pop. Pionnier de l'electroclash devenu adepte des dancefloors, puis remis en lumière par un succès viral sur TikTok grâce au tube « Seventeen » (extrait de l'album culte de 2001 "604"), le désormais trio de Liverpool est de retour avec un nouvel album et une nouvelle métamorphose.

Nous sommes en octobre 2001, à New York. Mira Aroyo et son acolyte Reuben Wu sont invités à mixer pour une nouvelle soirée. Le Luxx, un club brut de 200 places situé sur Grand Street à Brooklyn, est spécialisé dans les sonorités électro-queer oubliées des années 80. Le nom de la soirée ? Electroclash.

« C’était nous, Peaches, des gens de Berlin », se souvient Aroyo. Larry Tee, le DJ d'Atlanta et collaborateur de RuPaul, les avait programmés pour leur amour des pépites méconnues de Gina X ou Bobby O. « C’était hédoniste, non-binaire, flamboyant. »

De retour à Liverpool, cette énergie nourrit ce qui deviendra le manifeste electroclash de Ladytron : le single Seventeen, sorti en 2002. Sur une ligne de basse synthétique lancinante, la voix feutrée et monocorde d'Helen Marnie lance un avertissement sinistre sur le caractère jetable des adolescentes : « Ils ne veulent de toi que quand tu as 17 ans / à 21 ans, tu n'es plus amusante. »

En 2026, Ladytron est de retour. Pour l'enregistrement de leur huitième album, Paradises, le groupe — que Brian Eno a un jour qualifié de « meilleur de la pop anglaise » — a choisi de pivoter vers le dancefloor. « Le principe directeur, explique le multi-instrumentiste Daniel Hunt, c'était le plaisir. » Le single Kingdom Undersea est un pur bonheur aux influences baléares, tandis que A Death in London est une version luxe et contemporaine du son noir caractéristique du groupe.

Après un album mélancolique composé durant le confinement, Hunt a cherché à capturer un sentiment ressenti lorsqu'il était adolescent dans le Wirral en 1989, quand les singles de Neneh Cherry ou Soul II Soul balayaient d'un coup le rock indie de son esprit. « Je voulais retrouver ce choc de la modernité. »

Les années 90 furent l'âge d'or de la « Scouse house », ces sons de club énergiques portés par des voix puissantes qui résonnaient au Cream, le club emblématique de Liverpool. Hunt, qui mixait dans des soirées plus alternatives et étranges, préférait Stereolab. Mais son voisin de studio n'était autre que Dan Evans, du groupe house 2 Funky 2. Le producteur lui a appris à programmer un vrai beat. « Ce fut une épiphanie », se souvient Hunt. « On n'avait pas besoin d'être dans un groupe à répéter quatre soirs par semaine jusqu'à ne plus pouvoir se voir. »

Aroyo, née en Bulgarie et arrivée en Angleterre à 14 ans, a rencontré Hunt alors qu'elle était DJ. Elle a abandonné ses études de génétique à Oxford pour fonder Ladytron avec lui, rejoints en 1999 par Marnie et Wu. Hunt se souvient avoir vu Aroyo improviser en bulgare sur des sons électroniques percutants et s'être dit : « On tient quelque chose de différent. »

Cela impliquait de faire les choses différemment. Pourquoi s'épuiser dans le circuit des petites salles britanniques quand on peut jouer dans une rave à Berlin ou Paris ? « Liverpool est une ville très tournée vers l'extérieur », dit Aroyo pour expliquer leur internationalisme. Il y avait aussi, concède Hunt, « une part de fierté provinciale. On ne voulait pas entrer dans leur jeu. » Ils n'ont joué à Londres qu'une fois leur premier album, 604, déjà en rayon.

Alors que l'electroclash explosait, le groupe s'en est distancié. Peut-être trop. Aujourd'hui, Hunt est fier de ce mouvement qu'il qualifie de « portail » vers un futur glamour et androgyne pour les enfants des banlieues. Mais à l'époque, ils craignaient les étiquettes. « Les gens disaient : "Mon Dieu, votre façon de dire que vous n'êtes pas electroclash est tellement electroclash", s'amuse-t-il. « C'était comme l'effet Streisand. »

Tout cela a mené à leur remarquable album de 2005, Witching Hour, où ils ont délaissé séquenceurs et boîtes à rythmes pour devenir un groupe psychédélique envoûtant. « C'est seulement parce que ce disque était excellent que nous avons survécu », affirme Hunt — la sortie ayant été gâchée par la faillite de leur label. « Il a été bien accueilli par des gens qui, jusque-là, ne nous prenaient pas au sérieux. »

Certains de ces admirateurs se trouvaient dans des endroits inattendus. Personne ne savait que Christina Aguilera était fan de Ladytron jusqu'à ce que son management contacte le groupe pour une collaboration en 2008. « Elle est vraiment fan », précise Hunt, loin de l'image d'une star à qui l'on aurait « donné une liste de noms cool ». Dans un univers parallèle, leur collaboration — le sombre titre darkwave Birds of Prey — aurait pu tout changer pour Ladytron. Mais, accaparée par son film Burlesque, Christina Aguilera a relégué le morceau sur le disque bonus de son album Bionic en 2010.

Le groupe s'est mis en pause l'année suivante pour vivre des « expériences normales », selon les mots d'Aroyo. Elle a repris ses études et fondé une famille. Marnie a entamé une carrière solo. Hunt s'est installé à São Paulo, s'impliquant dans l'activisme de gauche. Lorsque Ladytron est revenu en 2019 avec un album éponyme (sans Wu, parti en bons termes), Hunt interviewait Lula, travaillait avec le Parti travailliste de Corbyn et s'exprimait à la Chambre des Communes sur la répression des droits de l'homme sous Bolsonaro.

Ce contexte a rendu la suite de la vie de la formation encore plus surprenante. En 2021, Seventeen a explosé sur TikTok. Les utilisateurs ont repris le refrain pour des danses ou des playbacks, mais aussi pour des témoignages personnels — souvent poignants — en écho aux paroles. Ce « regain d'intérêt est un miracle », confie Marnie. « Les jeunes s'en emparent et se l'approprient. » La chanson est passée de 3 000 écoutes quotidiennes à 160 000, entrant à la 11ème place du Top 50 Viral de Spotify aux États-Unis. Leurs royalties de streaming ont triplé.

Pourtant, ils ont refusé les demandes de leur label de capitaliser sur ce buzz. Hunt se montre cinglant envers l'autopromotion des « micro-célébrités » qui pousse les artistes à se mettre en scène en ligne. « Chaque minute qu'un artiste passe sur le marketing ou les réseaux sociaux est une minute de moins passée à écrire et enregistrer. » La tendance est passée, et Aroyo se réjouit de voir « des jeunes de 17 ou 18 ans avec des maquillages fluo délirants » côtoyer la vieille garde lors de leurs concerts.

Autrefois, c'était Ladytron qui redécouvrait le passé. Aujourd'hui, ce sont les adolescents qui piochent dans l'histoire pop du groupe pour se l'approprier. Avec des membres dispersés aux quatre coins du globe, Ladytron fait figure de survivant international d'une pop underground. « Nous sommes devenus, conclut Hunt avec fierté, les personnes que nous avons toujours prétendu être. »

Par Fergal Kinney (The Guardian)

Photo DR

L'album Paradises est disponible chez Nettwerk.

7.20.2012

Two Door Cinema Club, Beacon et le single Sleep Alone en téléchargement

Il ne vous reste un peu plus de 4 heures pour télécharger gratuitement le nouveau single du trio irlandais, "Sleep Alone" sur le site Internet du groupe twodoorcinemaclub.com. Musicalement, le morceau alterne passages aériens, avec envolées de guitares épiques, et mélodies pop raffinées, constamment sous tension ou relâché. Depuis que l’on a vu pour la première fois le groupe en France lors d’un concert à la Flèche d’Or il y a quelques années, sa côte n’a cessé de grimper au point où la formation est très attendue avec la sortie de son second effort, « Beacon », le 3 septembre prochain. Enregistré en compagnie du producteur chevronné Garret « Jacknife » Lee (Snow Patrol, R.E.M., Weezer, Bloc Party…), ce disque est décrit comme voulant rester fidèle aux fondamentaux du groupe tout en apportant son lot de modernisme et d’innovation. « « Beacon » est un album beaucoup plus personnel que « Tourist History » mais, en même temps, beaucoup plus fort » explique Alex Trimble, le chanteur et guitariste. « Le groupe a toujours essayé de trouver le bon compromis entre toutes ses influences et le nouvel album se rapproche vraiment de ce dont nous avons toujours rêvé pour Two Door Cinema Club. Le fait de travailler avec Jacknife Lee nous a permis d’atteindre ce but. » A suivre dès la rentrée.

Laurent G

Two Door Cinema Club, Beacon (Kitsuné/Cooperative Music)
Sortie le 3 septembre 2012

En concert :
30 Juin : Rock Dans Tous Ses Etats, Evreux
15 Juillet : Musilac, Aix-Les Bains
17 Juillet : Les Voix du Gaou
10 Novembre : Festival Les Indisciplinés, Lorient
12 Novembre: La Paloma, Nîmes
13 Novembre : Le Rocher de Palmer, Bordeaux
14 Novembre : Stereolux, Nantes
15 Novembre : Zénith, Paris

Two Door Cinema Club, Sleep Alone, live

4.04.2012

Miike Snow, Happy To You, cure de bonheur

Avec son second album, « Happy To You », la formation américano-suédoise dévoile une dizaine de morceaux qui balancent entre pop et electro lumineuse. Une belle collection de petites pépites à l’intensité mélodique indéniable. Focus.

C’est en novembre dernier que le trio, formé par Andrew Wyatt, Christian Karlsson et Pontus Winnberg (les deux co-producteurs du « Toxic » de Britney Spears), a bouclé l’enregistrement de « Happy To You ». Le premier single extrait de ce disque (« Paddling Out ») est sorti dans la foulé de ce bouclage donc, pas de temps mort pour Miike Snow et, surtout, pas moyen de revenir en arrière sur le processus : « C’était un véritable voyage », explique Andrew. « Ce qu’il y a de drôle, c’est que tu te rends compte de certaines imperfections mais il est trop tard pour les changer. Tu dois juste te dire qu’il faut avancer. On est content que ce disque soit sorti et de voir comment les gens l’accueillent. Et puis, ça va être quelque chose de très excitant de jouer ces morceaux sur scène. »Encore aujourd’hui, le trio avoue avoir été surpris par l’accueil réservé à son premier album, en particulier lors des festivals où il a pu jouer, comme le Splendour In The Grass, en Australie, où il a cartonné à 2 heures du matin devant 10 000 personnes ! Pour revenir à « Happy To You », lorsqu’on demande à Andrew quels ont été ses moments préférés au cours de sa conception, il précise : « C’est toujours difficile de parler de sa propre musique. A ce sujet, je dirais que j’aime beaucoup « Bavarian #1 (Say You Will) » parce que l’orchestre arrive d’une manière inattendue dans ce morceau. C’est assez plaisant comme sensation. » Moins immédiat que son prédécesseur, ce nouvel opus de Miike Snow se savoure plutôt sur la longueur, chaque composition dévoilant progressivement ses parfums capiteux, même si certains titres dance, comme « Pretender », plaise instantanément. On notera une collaboration avec Lykke Li sur le ténébreux « Black Tin Box ». Aujourd’hui, Andrew est partagé entre New York, où il vit, et Stockholm, où il répète avec ses deux acolytes. « New York est une ville où tout bouge très vite. Parfois, les distractions sont une bonne chose, parfois non. » Il faut dire que Miike Snow est maintenant concentré sur la promotion de son nouvel album et sur le fait de fidèlement restituer en live sa nouvelle collection de pop-songs cotonneuses. On ne doute pas une seconde que Miike Snow en sera capable.

Markus S

Miike Snow, Happy To You (Columbia)
Sortie le 19 mars 2012











Miike Snow, The Wave, official video

2.06.2012

Of Montreal, Paralytic Stalks, en apesanteur

Comme son nom ne l’indique pas, Of Montreal est originaire d’Athens, dans l’état de Géorgie (USA), et sort aujourd’hui son onzième album, « Paralytic Stalks », aux teintes pop et psychédélique. Focus.

En 2010, Of Montreal sortait « False Priest », une œuvre dense et folle enfantée par Kevin Barnes, le leader d’une formation à géométrie variable. Un an plus tard, c’est « Paralytic Stalks » qui lui répond et qui n’est pas sans rappeler le travail d’un certain Beck, dans l’esprit. D’ailleurs, au petit jeu des références musicales, Barnes ne cherche pas à cacher ses influences : Il cite volontiers Parliament, Prince, David Bowie, Sly And The Family Stone et Stevie Wonder. « Mais, je ne crois pas que notre musique ressemble à tout cela » précise-t-il. C’est qui est vrai et faux à la fois. En tout cas, il est difficile de décrire avec précision les compositions d’Of Montreal car elles piochent volontiers dans les œuvres des grands artistes cités ci-dessus tout en rendant invisibles les coutures. La particularité de cette musique est qu’elle semble coincée dans une bulle spacio-temporelle qui irait de la fin des années 60 au début des années 70. En fait, ce genre d’exercice de style tient de l’exploit, en particulier quand tout sort d’une seule et même tête : celle de Barnes. En effet, ce dernier est à nouveau aux commandes de ce bolide pop-soul psychédélique dont il a réalisé toutes les étapes : depuis l’écriture des chansons jusqu’à la production dans son propre studio, le Sunlandic à Athens. Pour la première fois dans l’histoire du groupe, Kevin a fait appel à des musiciens de studio pour l’accompagner dans son périple sonique. « Il y a certains passages dans ce disque qui sont très différents de ce qu’Of Montreal a produit jusqu’à présent », précise Barnes. « C’est un peu plus ésotérique et je ne crois que cela va plaire à tous ceux qui suivent le groupe. J’ai constaté que beaucoup de personnes avaient un problème avec certaines ambiances de « Paralytic Stalks » alors que d’autres aiment vraiment ça. Beaucoup de disques sont aujourd’hui formatés, tu ne t’attends jamais à écouter un album dans sa totalité, personne ne le fait. Avec « Paralytic Stalks », je voulais créer quelque chose qui soit comme une expérience qu’on aurait envie d’écouter du début jusqu’à la fin, que l’on ressente une profonde connexion avec cet univers sonore. La plupart des chansons sont assez intimes et flirtent avec la confession.» Dans une vidéo promotionnelle, on ne s’étonnera donc pas de voir le groupe jouer ses morceaux phares sur l’autel d’une église, en costume et maquillage blanc, comme pour mieux souligner le côté cosmique de cette musique qui communique avec les anges du passé et du présent.

Texte : Laurent Gilot
Photo : Patrick Heagney

Of Montreal, Paralytic Stalks (Polyvinyl)
Sortie le 8 février 2012

Of Montreal, Paralytic Stalks, video preview

10.03.2011

Justice, Audio, Video, Disco, Bingo


Quand on circule dans le RER parisien au milieu de la campagne d’affichage du nouvel album de Justice, « Audio, Video, Disco », tout en écoutant le disque en question, on constate que l’univers sonique du duo français colle parfaitement avec ce décor urbain rétro-futuriste. Pour son deuxième opus, Justice a vu les choses en grand tout en cherchant à refléter une certaine forme de sincérité musicale. Explications.


A Cross The Studio
Les dernières apparitions médiatiques de Xavier de Rosnay et Gaspard Augé (alias Justice) remontent à la sortie du DVD « A Cross The Universe » à la fin de l’année 2008. Ce témoignage vidéo retraçait le périple du duo français à travers les Etats-Unis et les coulisses de ses prestations électriques. Sur scène ou en club, on retrouvait cet envie de mélanger les genres et les époques : un solo de guitare extrait de « Master Of Puppets » (Metallica) pouvait côtoyer un sample de Franz Ferdinand, une boucle de Mr Oizo ou une ligne de basse empruntée à Soulwax (ils ont remixés ces trois derniers). Ces fans de Prince et de Michael Jackson s’affirmaient comme de vraies rock stars sans guitare ni micro. On ne s’étonnera donc pas, aujourd’hui, de découvrir la musique gourmande et pantagruélique de leur nouvel opus. Première nouveauté avec « Audio, Video, Disco », c’est l’orientation de ce disque, cette fois-ci assez loin des dancefloors et proche de ce qu’un vrai groupe pourrait produire en studio, alors qu’ici, ce sont les machines et les programmations qui font le travail. Xavier de Rosnay, l’une des deux têtes pensantes, confirme : « Même si notre disque sonne comme s’il avait été interprété par un vrai groupe, tout a été fait via l’électronique. Nous souhaitions conserver cette esthétique propre aux machines car nous ne sommes pas de bons instrumentalistes. Le fait que nous ne jouions pas ses morceaux en live permet de garder un style qui nous est propre. Toutes les parties instrumentales ont été jouées par nous-mêmes sur ce disque puis nous avons passé du temps à tout caler via des logiciels, car nous jouons assez mal.  Si l’album avait été interprété avec de vrais instrumentistes, les chansons ne seraient pas aussi carrées. » On le sait depuis plus de 30 ans, les machines ont permis à toute une génération de « mauvais instrumentistes » de pouvoir quand même s’exprimer à travers la musique. Ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir garder le rythme et les machines jouent parfaitement leur rôle de « béquilles » dans ce domaine.

A simple plan
« Nous écrivons nos chansons d’une manière très simple avec juste un piano et une guitare, par exemple », poursuit Xavier. « Puis, nous enregistrons le tout bout par bout. Certaines parties de batterie sont enregistrées en live car nous voulons retrouver un certain grain au niveau du son. Par la suite, nous redécoupons la partie de batterie pour l’assembler à notre convenance en la reprogrammant. C’est pour cela qu’il nous faut beaucoup de temps pour enregistrer nos morceaux. C’est vraiment un travail de nerds de studio. Comme les parties de batterie sont trop dures à enregistrer, on a choisi le moyen le plus simple pour en produire par nos propres moyens. » Il est vrai que « Audio, Video, Disco » arrive après 4 années passées à sillonner les routes du monde et à travailler sur différents projets, dont le Ep « Planisphère » enregistré pour le compte d’un défilé Dior. « Cela nous a pris 1 an et demi pour concevoir ce nouveau disque. Avant, nous avons passé 6 mois à mettre au point notre home studio dans un appartement parisien. Pour nous, c’était quelque chose d’important car cela conditionne la façon dont tu vas travailler. En même temps, nous n’y connaissons pas grand-chose en terme de matériel, nous ne sommes pas de bons techniciens. Cela nous prend donc du temps pour tester les choses avant que l’on trouve un moyen de correctement mettre en forme la musique que l’on a dans notre tête. C’était important pour nous que ce disque ne sonne pas d’une manière aussi agressive que le premier, que l’on ait la sensation qu’il a vraiment été conçu à la maison, qu’il ne soit pas sans défauts » , poursuit Xavier.
Justice n’aime pas faire les choses d’une manière conventionnelle et cela lui sied plutôt bien jusqu’à présent. De l’explosion commerciale du single « D.A.N.C.E. » à la polémique engendrée par le vidéo-clip « Stress » en passant par le générique du Grand Journal de Denisot sur Canal + (un remake du « Superstition » de Stevie Wonder) ou le remix du « Me Against The Music » de Britney Spears, Xavier et Gaspard aiment côtoyer tous les univers et fuir les conventions. Xavier confirme : « Nous faisons de la musique sans vraiment connaître les techniques d’écriture et d’enregistrement. Nous faisons donc des choses qui ne sont pas conventionnelles et qui ne sont pas parfaites d’un point de vue strictement technique. Mais, c’est ce qui nous intéresse le plus aujourd’hui. »


Discovery 2011 ?

C’est en mars de l’année dernière qu’est apparu le premier extrait du nouvel album à venir, « Civilization », avec un vidéo-clip montrant une bande de bisons complètement désorientés. Ce single est considéré comme la charnière entre le premier (vendu à 800 000 exemplaires) et le deuxième album. Lorsqu’on pose la question des influences de « Audio, Video, Disco », disque qui pourrait être joué dans de grands stades américains, Xavier précise : « Nous sommes assez naïfs dans la façon dont nous composons notre musique. Ce disque est comme un album de rock progressif mais fait d’une façon simplifiée à cause de nos limitations en tant que musiciens. Nous aimons avant tout la musique simple qui véhicule des émotions simples. Lorsque l’on veut complexifiée la musique, il y a toujours un moment où l’émotion n’est plus présente. » Avec « Audio, Video, Disco », Justice reprend un peu les choses là où Daft Punk les avaient laissées avec « Discovery » en 2001, époque où l’on découvrait un autre duo français qui souhaitait également concevoir sa musique électronique comme si elle avait été interprétée par de vrais musiciens. C’est donc un état d’esprit similaire que l’on retrouve sur le nouveau Justice. Xavier : « Tout le monde a sa définition de ce qu’est la musique progressive. Je pense, par exemple, que « Revolver » des Beatles est un super album progressif. Mais, rien n’est vraiment calculé, nous essayons de concevoir notre musique de la plus honnête des façons. Il n’y a pas de second degré dans ce que l’on fait. Tout est toujours très naïf et on souhaite que ça le reste. Nous n’écoutons pas des disques pour leurs qualités techniques. On se dit que si nous aimons vraiment la musique que nous produisons, d’autres personnes pourront forcément l’aimer. »

Prog-electro
Quand on se place dans la position du grincheux qui proclame que le rock progressif est quand même un peu passé de mode, Xavier rétorque : « Sincèrement, je ne sais pas ce qui est à la mode ou non. Si l’on commence à réfléchir à ce qui est cool ou pas cool, la confusion peut s’installer, donc il ne vaut mieux pas trop y réfléchir. » Comme en son temps pour « Discovery » des Daft, le nouveau Justice pourrait également donner lieu à une liste complètes de références en tout genre qui irait des Beatles en passant par Todd Rundgren, Led Zeppelin, Genesis, Stevie Wonder, Queen (la batterie de « Parade »), Yes, Electric Light Orchestra, Supertramp (la ligne de clavier de « Newlands ») ou Stratovarius, en gros une période musicale allant de 1975 à 1985 et comprenant pêle-mêle le hard-rock, le soft-rock, le krautrock, le rock-progressif et l’electro-funk (« Helix », véritable clin d’œil aux Daft). Xavier : « Nous ne pouvons pas lutter contre les choses qui nous influencent. Elles ressortent forcément à un moment donné dans notre façon de concevoir la musique. »

Texte : Laurent Gilot
Photo : DR

Justice, « Audio, Video, Disco » (Ed Banger/Because)
Sortie le 24 octobre 2011

Justice, Civilization, video


12.07.2007

Santogold, LES Artistes, tube en or

À la croisée des chemins entre tradition et innovation musicale, la Big Apple ne cesse de nous abreuver de formations qui créent la sensation du moment. Focus sur Santogold, une chanteuse de passage aux Transmusicales de Rennes qui devrait faire parler d’elle dans les mois qui viennent.


Alors que s’ouvre la 29ème édition des Transmusicales de Rennes, il faudra surveiller de près l’une des copines de M.I.A. et du producteur Spank Rock, à savoir la chanteuse de Brooklyn Santi White qui s’est entourée de quelques pointures en matière de production urbaine (Diplo, Switch, Disco D…) pour former Santogold. Dans www.brain-magazine.com, Santi décrit les origines du projet : "Il y a environ un an et demi, après le split de mon groupe Stiffed, j’ai décidé de me lancer en solo. Comme j’avais déjà un contrat avec le label Lizard King pour un album avec les Stiffed, John Hill (le bassiste de Stiffed) et moi-même, nous nous sommes mis à écrire quelques morceaux qui comportaient des éléments de tous les genres musicaux qu’on aimait dans ce groupe. Santogold est donc parti de là. Je me suis retrouvée entourée de gens brillants au bon moment, et on a achevé un album en deux mois. C’était une sorte de tourbillon. Je n’avais pas vraiment conscience de ce que je faisais jusqu'à ce que j’en vois le résultat." Et ce dernier est éloquent. Il faut avouer qu’il y a de quoi tomber raide dingue de son tube "LES Artistes", véritable petit bijou pop rock finement ciselé. Le buzz entoure déjà la formation : "Nous avons reçu des feedbacks prématurés et phénoménaux par rapport à nos premiers enregistrements non masterisés", précise Santi. On attend donc avec une certaine impatience l’album pour 2008 de cette chanteuse qui classe dans son top 3 les Smiths, Bad Brains et Devo !

Texte Laurent Gilot
Photo DR

Santogold, "LES Artistes", au festival Artscape 2007 à Baltimore (USA)

www.myspace.com/santogold

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11.14.2007

Kitsuné Boombox, bande son des nuits londoniennes

Tous les dimanches, au nord de Londres, dans le quartier d’Hoxton, se réunissent une bande d’huluberlus qui veulent redonner des couleurs au nightclubbing en cultivant looks excentriques et musiques cathartiques. La bande son des soirées Boombox traverse aujourd’hui la Manche via le label parisien Kitsuné avec la compilation mixée par l’un des DJs résidents Jerry Bouthier. Focus.


Lors du fashion week à Paris, début octobre, vous avez peut-être pu apercevoir deux des éminents représentants des soirées Boombox qui tentaient de rallier, non sans mal, un défilé de mode avec des tenues défiant les lois du genre. Très très courte vêtue, la provocante Chycca (voir photo) s’est fait rappeler à l’ordre par des agents de police attentifs au moindre débordement vestimentaire. Ainsi, on pouvait avoir un échantillon du type de dress code en vogue dans les murs du club d’Hoxton : "Si vous voulez venir à Boombox, c’est normal de faire un effort vestimentaire, c’est ça l’esprit de la fête" précise Jerry Bouthier, le DJ résident avec Mortimer. "On ne peut pas se contenter d’être spectateur, ici, il n’y a pas de place pour les voyeurs." Vous voilà prévenu ! Et pour ceux qui trouvent qu’il y a comme un goût de déjà-vu, Bouthier précise : "Il n’y a pas de trip rétro ou revival même si nous nous inspirons des clubs d’avant la house (fin 70, débuts 80) où beaucoup de styles différents se mélangeaient, où la musique était un moyen de s’amuser avant tout. Je dis toujours que Boombox est une expérience. Alors que dans la plupart des autres clubs, le DJ essaie d’harmoniser et de lier les morceaux entre eux, dans les soirées Boombox, on attend du DJ qu’il change constamment de direction, qu’il fasse des demi-tours musicaux imprévisibles. Nous disons souvent aux gens que Boombox est un club "pop". Par exemple, nous sommes capables de passer un bootleg insolent ou un remix de Goldfrapp et d’enchaîner directement avec un disque complètement underground ou obscur. C’est le genre de juxtaposition qui contribue à renouveler l’excitation et les sensations fortes qu’éprouvent les habitués de nos soirées." L’association entre le label parisien Kitsuné et le duo briton Mortimer-Boutier remonte à deux ans au moment où les uns invitaient les autres dans leurs soirées et vice-versa. Vous l’aurez compris, en plus de goûts musicaux partagés, le dénominateur commun des deux entités est la mode puisque Kitsuné est une marque de vêtements et que Boombox est en connexion directe avec cet univers-là. Et Bouthier de livrer quelques clés essentielles dans la conception de cette compilation captivante et gigotante : "Il était important que ce mix soit écoutable à la maison et pas seulement en club. En privilégiant les morceaux avec des voix, des guitares, des mélodies auxquelles on peut se rattacher, nous avons essayé de réagir face à la dance music anonyme et sans personnalité. La fusion du groove de la musique électronique avec l’énergie et la distorsion du rock indie est de toute évidence l’avenir, c’est très excitant et très inspirant !"

Propos recueillis par Dave Swindells (Time Out Londres) 
Texte Laurent Gilot
Photo par Alistair Allan

V/A Kitsuné Boombox (Kitsuné/Topplers)

Sortie le 22 octobre 2007

www.kitsune.fr
www.myspace.com/familylondon
www.myspace.com/jerrybouthier
www.dirtydirtydancing.com 

Voir les photos de la soirée Kitsuné/Boombox au Roméo (Paris) ici

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9.26.2007

Playhouse, label post-mortem

"Célèbre une fois mort". Dans l'histoire de la musique populaire, nombreux sont les cas d'idolâtrie post-mortem : de Robert Johnson (vous verrez plus loin la connexion avec notre sujet) à Jim Morrison ou, plus récemment, Tupac et Biggie. Chaque année, les compilations "Famous When Dead" réunissent la crème des artistes (bien vivants !) du label de Francfort Playhouse comme en témoigne le cinquième volume qui vient de sortir. Focus.

Depuis quelques années, la micro house produite par la maison de disques indépendante a régulièrement fait parler d'elle de ce côté-ci du Rhin avec certains de ses fers de lance comme Isolée, Losoul, Captain Comatose et Ricardo Villalobos.
En fait, Playhouse est l'association de 5 personnes : Ata Macias (aka DJ Ata), Heiko Schäfer, Matthias Westerweller, Roman Flüegel et Jörn Elling Wuttke. Les deux premiers sont les vrais fondateurs du label alors que les deux derniers sont les deux producteurs à l'origine de projets tels que Alter Ego (cf. le fabuleux album "Decoding the Hacker Myth” paru en 96 sur Harthouse), Acid Jesus (cf. le formidable remix de Random Factor sur la première "Famous When Dead") ou encore Soylent Green, Eight Miles High, etc… C'est en 1994 que toute cette équipe décide d'unir ses forces et ses savoir-faire au sein de Playhouse. Ces fans de musique électronique ont commencé à s'intéresser à la house avant même que le Dorian Gray ou l'Omen ne deviennent les clubs emblématiques de l'agitation nocturne de Francfort. C'est dans ces lieux de "perdition" que les cinq hommes se rencontrent et se découvrent des goûts musicaux communs. Ata et Heiko travaillent alors dans un magasin de disques, emploi propre à satisfaire leur besoin grandissant en nouveautés. "Avec notre label, nous cherchons simplement à réaliser la musique que l'on aime sans nous soucier d'un style en particulier. C'est une des raisons qui expliquent que nous ayons fondé 2 autres structures, Ongaku et Klang Elektronik, en parallèle à Playhouse" précise Heiko. "Playhouse est notre activité la plus connue à ce jour. L'idée d'un tel label vient du fait que l'on voulait mettre en avant toutes sortes de musiques qui pouvaient sonner "House" au sens où nous l'entendons."
Au cours de ces 10 années d'existence, Playhouse a lancé à la face des clubs quelques beaux brûlots prompts à exciter les dancefloors les plus aguerris : "Open Door" de Losoul, "Lovelee Dae" de Blaze, "Beau Mot Plage" d'Isolée, "Broken Mirror" de Random Factor, "Accapulco 2000" de Captain Comatose, "Freakbox" de Spektrum (cf. l'ébouriffant remix d'Alter Ego) et "Alcachofa" de Ricardo Villalobos. C'est en 2001, alors que la scène Allemande a le vent en poupe, que la maison de disques de Francfort sort sa première compilation "Famous When Dead" (pochette noire avec un clin d'œil à Motörhead) en triples vinyles et CD. Ce best of réunit simplement les morceaux favoris du club des cinq. Le fief du label est le Robert Johnson, club qui porte le nom du légendaire guitariste de blues, une véritable vitrine pour tous les artistes de la maison Playhouse.
En 2003, les pochettes du label affichaient l'image d'un guitariste clope au bec, visuel plutôt surprenant pour un label électronique : "C'est juste une blague et un état d'esprit que l'on partage", explique Heiko. "Nous aimons le rock en même temps que le funk, la soul ou le krautrock. Peut-être que sur une de nos futures pochettes, on trouvera George Clinton ou Marvin Gaye. Nous avons toujours un œil pointé vers le futur et l'on se fiche pas mal des modes. Sur Playhouse, tu trouveras toujours un disque de Daniel Wang suivi, par exemple, d'une production de Tiefschwarz. Tout est possible !"
En 2004, le label souffle ses 10 bougies avec le troisième volume de la série "Famous When Dead" qui affiche une belle brochette de morceaux ravageurs : de la techno minimaliste et sexy du trio Rework en passant par l'electro-pop synthétique de The Visitors ou la funk-house endiablée de Glove. Côté albums, le résultat n'est pas toujours à la hauteur de l'excitation suscitée par les maxis. Cela se vérifie en particulier avec les disques respectifs de Spektrum (quatuor londonien entre ESG et A Certain Ratio) et Alter Ego (dont c'est le grand retour avec un album très techno et electro) qui sont de bonne facture, sans plus. Ils leur manquent un je-ne-sais-quoi pour les faire décoller et devenir vraiment incontournables (ce qui est souvent le cas dans l'electro à quelques rares exceptions).
Fin 2005, le volume quatre des "Famous..." offrait à nouveau un beau panorama au même titre que le cinquième opus, sorti en juin 2007, véritable séance de rattrapage pour tous ceux qui seraient passés à côté des sorties vinyles essentielles du label. Entre les mélodies extraterrestres de Holger Zilske meets Dave DK ou Isolée, les grooves technoïdes et old school de Rework, la brillante relecture par Losoul du "The Siren" enregistré en 1989 par le duo suisse post-punk UnknownmiX, l'electro envoûtante de Rework formidablement remixée par Roman Flügel, ce cinquième se distingue par un éclectisme toujours plus important. Famous ? Yes ! Yes ! Yes ! Yes ! Yes ! Dead ? No way !

Propos recueillis par Laurent Gilot
Photo DR

V/A Famous When Dead 5 (Playhouse/Nocturne)
Sortie en juin 2007

3.05.2007

Portrait : Ed Banger Records

Avec ses compatriotes de Kitsuné ou Record Makers, Ed Banger est le label fer de lance de la nouvelle "french touch parisienne" qui rayonne à l'étranger. Fondée par l'ex-manager de Daft Punk, la maison de disques indépendante combine avec talent toutes les tendances electro du moment. Explications en compagnie de son créateur en chef Pedro Winter.

Puzzle musical
Du rap mutin de la jeune Uffie aux grooves old school de DJ Medhi, des riffs tapageurs de Justice à la house discoïsante de Mr Flash, des beats destructurés de Krazy Baldhead au folk barré de Vicarious Bliss, difficile de classer le label parisien dans une catégorie musicale précise tant les étiquettes volent facilement au détour d'un morceau, certains artistes pouvant aisément se retrouver dans une catégorie différente de celle dans laquelle on les avait (bêtement) classé au départ. Hip hop, electro, pop, métal, house, rock, jazz... Peu importe, l'important c'est l'ivresse.Avec à peine 5 ans d'existence au compteur, le label Ed Banger fête aujourd'hui la sortie de sa seconde compilation qui rassemble sur Cd pas moins d'une dizaine de morceaux exclusifs. De Mr Oizo aux Klaxons, en passant par Busy P (alias Pedro Winter himself), Ed Rec Vol.2 distille tous les sons qui composent le puzzle musical de l'urbanité parisienne version 2007. Le plus étonnant, c'est que la sortie de cette compilation suit de très près la réalisation numérique de la précédente. Et Pedro de s'en expliquer : La première compilation Ed Rec vol I est disponible uniquement en version digitale car il s'agit des toutes premières sorties du label. Je ne voulais pas forcer les gens à écouter notre musique. Le label étant tout jeune, il me fallait encore du temps pour réellement construire un truc. Belle leçon d'humilité.

Légèreté et hédonisme
Pour le label parisien, tout a donc commencé en 2003. C'est Dj Medhi qui trouve le nom de la maison de disques, une sorte d'hommage à la mythique émission métallique de MTV "Headbangers Ball". Avec le maxi "Radar Rider", le hip hop futuriste de Mr Flash ouvre le bal et s'inscrit comme la première référence Ed Banger. Alors que la plupart des labels dance s'échinent à produire la prochaine bombe pour les dancefloors, E.B.R. souhaite juste apporter un peu de fraîcheur et de légèreté à un monde de la nuit parisienne qui en manque sérieusement depuis quelques temps. Fin 2003, Pedro fait la connaissance du tandem Xavier de Rosnay et de Gaspard Augé, plus connus des aficionados sous le nom de Justice. De cette rencontre naît le maxi conjoint entre Justice et Simian (quatuor anglais) intitulé "Never Be Alone (We Are Your Friends)". Et là, c'est le jackpot ! Le titre fait rapidement l'unanimité sur les dancefloors et il ouvre des portes à Pedro et toute son écurie en devenir. Enfin, l'année dernière, consécration ultime, EDC reçoit un "MTV Music Video Award" pour le clip destroy et original du hit de Justice Vs Simian. On ne court pas après les récompenses mais il est toujours plaisant d'en recevoir.
En 2004, alors que le développement du label se poursuit, la "Ed Banger's touch" s'affirme à travers les soirées du même nom qui prêchent la bonne parole avec ce curieux mélange entre electro décalée et hip hop barré. De Paris à Londres, en passant par Montréal ou Tokyo, la famille E.B.R. dispense généreusement son hédonisme sans bornes à un public toujours plus enthousiaste. Il faut dire que les pochettes du label, conçues par le graphiste So Me, participent grandement aux succès des artistes. So Me concrétise ce que je pourrais imaginer de mieux. A la base, j'essaye de concilier la légèreté de certains titres dance derrière un conditionnement attrayant qui donne l'impression aux gens que nos artistes sont super frais.

Un modèle d'indépendance
Avec les artistes qu'il a signé sur son label, le DJ, manager et producteur veut prendre son temps pour développer le talent de chacun avec la volonté finale de toucher le plus de gens possible, d'où le choix d'un format plus "accessible" pour la sortie de cette deuxième compilation. Et lorsqu'on demande au maître de maison de décrire son écurie musicale bigarrée, il répond qu'il ne sait pas vraiment, pour finalement lâcher : J'espère que l'on sent la sueur, le fun et la folie. L'autre caractéristique d'E.B.R., c'est l'effet "vases communicants" que Pedro se doit de faire fonctionner au mieux. En gros, le succès des uns financent les projets des autres : Cela nous permet de tenter des choses moins évidentes, de garder une certaine liberté. Liberté, le mot est lâché. Il faut dire que son expérience en tant que manager des Daft Punk pendant plus de 10 ans permet à Winter d'aborder les choses sereinement face aux contraintes du marché de la musique. La première chose est donc de conserver un tant soit peu son indépendance, de savoir résister aux sirènes et autres ponts en or des majors qui laminent souvent les talents par le bas.
À ce titre, l'attitude des Daft Punk reste un modèle du genre avec son intransigeance artistique légendaire. Nous ne voulons pas signer avec une major, c'est pour cela que nous venons de conclure un deal avec Because, une structure indépendante et dynamique montée par Emmanuel de Buretel (qui a signé Daft Punk en 1996 chez Virgin). J'ai envie que le label s'exporte de plus en plus et cette année va être très importante pour nous avec le premier album de Justice, l'arrivée de Mr Oizo, les nouveaux maxis. Bref, une année 2007 que l'on souhaite bien occupée à l'ami Pedro !

Propos recueillis par Laurent Gilot
Photos Marco Dos Santos


Ed Rec Vol II en CD, vinyle ou version digitale (Ed Banger Records/Because Music)
Dj Medhi "Lucky Boy" (Ed Banger Records/Because Music)

www.edbangerrecords.com

12.15.2006

Smash My PS3, Destroy attitude



Alors qu'ils ont fait parlé d'eux en novembre dernier, lors de la sortie de la nouvelle Playstation de Sony, les créateurs de SmashMyPs3.com n'en sont pas à leur première "exaction" contre les grands emblèmes du marché de l'entertainment mondial. Leur précédent fait d'arme : le lancement du site "SmashMyiPod.com" dédié aux personnes qui détestent la "iPod Revolution". Le collectif a récolté 400$ de la part de généreux donateurs pour aller se procurer le fameux lecteur MP3 dans un magasin Apple. Une fois l'achat effectué, l'iPod s'est fait complètement détruire sur le trottoir sous les yeux d'une caméra témoin de cette acte gratuit. Face au succès de cette opération, le site SmashMyPs3.com a été lancé en 2005. Mais, suite aux déboires avec le blue-ray (nouveau lecteur haute définition), Sony a reporté la date de sortie de sa nouvelle console. Ce n'est donc que le 20 novembre 2006 que les activistes de SmashMyPs3.com ont pu (enfin) passer à l'action (après avoir récolté 675$) et exploser, devant les yeux ébahis des fans de la Playstation, la fameuse machine de Sony. Un acte absurde, certes, mais, finalement, dans l'absolu, pas plus absurde que d'attendre des heures devant un magasin la livraison d'une nouvelle console de jeu.

Marcus S

www.smashmyipod.com
www.smashmyps3.com

6.19.2006

Franz Ferdinand, You Could Have It So Much Better en DVD


Oyez ! Oyez ! L'un des groupes de rock les plus (rapidement) rentables de l'industrie du disque est de retour avec un second album, "You Could Have It So Much Better" et un DVD regroupant, entre autres, des performances live éclatantes. De quoi faire un bon tour de Franz.

S'il faut reconnaître un mérite à Franz Ferdinand, c'est celui d'avoir su résister à la pression engendrée par l'énorme succès qui a suivi la sortie de son premier album éponyme en 2004. Celle-ci aurait pu avoir la peau du groupe de Glasgow. On en veut pour preuve le concert donné au Zénith de Paris en novembre 2004. Alors que tout le personnel de la maison de disques s'était déplacé pour remettre un disque d'or aux quatre Franz, ces derniers ne pensaient qu'à une chose : se quereller en coulisses. "C'est vrai que j'ai songé à quitter le groupe", confesse Nick Mc Carthy, le guitariste. "J'y ai beaucoup réfléchi à ce moment-là. Je me demandais vraiment si ça valait le coup de continuer. Nous avons vécu ensemble 24h/24h pendant un an et nous commencions sérieusement à nous taper sur les nerfs les uns, les autres." Mais le groupe réussit à surmonter cette épreuve et calme le jeu en choisissant de se mettre au vert, dans une maison de campagne écossaise, pour concevoir une suite digne à son premier opus. Écrire, enregistrer et boire sont alors les principales activités du quatuor qui enregistre pas moins de treize titres en six mois. Un Mercury Prize, deux Brits Awards et 3 millions d'albums vendus plus loin, l'enthousiasme et la fougue sont intacts, toujours au rendez-vous. "En fait, nous sommes à nouveau redevenus ces quatre garçons simples venus de Glasgow. Nous avons laissé derrière nous tout le cirque médiatique qui entoure Franz Ferdinand", explique le guitariste-chanteur Alex Kapranos. Et lorsqu'on lui demande ce qui a pu inspirer le groupe lors de l'enregistrement de "You Could Have It So Much Better", il précise : "Nous étions très branchés R'n'B même si notre musique n'a pas grand chose à voir avec le genre. L'énergie, la précision et l'inventivité de certains disques sont vraiment incroyables. C'est important d'écouter des styles différents, notre musique peut ainsi s'en nourrir tout en conservant son originalité." Et surtout, n'allait pas croire qu'il existe une recette du succès garantit pour Franz Ferdinand. Alex : "Si, au moment de l'enregistrement de ce disque, on s'était dit qu'il fallait absolument composer 4 hits singles, nous aurions probablement écrit des trucs merdiques. Je me souviens que lorsque nous avons formé le groupe, on faisait les choses dans notre coin sans nous soucier de ce qui se passait autour. C'était vraiment ça qui nous distinguait et c'est à nous de cultiver cette différence." Et cette différence, on l'entend tout au long de ce second opus qui tient parfaitement ses promesses, entre hymnes imparables ("Do You Want To", "You're The Reason I'm Leaving", "The Fallen"), rock nerveux ("Evil And A Heathen", "This Boy") et ballade pop ("Walk Away"), alors que le DVD, quant à lui, regorge de surprises en tout genre.

Texte : Laurent Gilot
Photos : DR

Franz Ferdinand "You Could Have It So Much Better", DVD Franz Ferdinand (Domino/Pias)
www.franzferdinand.co.uk

6.19.2005

The Rakes, Retreat dans les tuyeaux


Encore le énième groupe en "The", me direz-vous, il n'empêche que ces derniers ont de bons arguments comme le prouvent leurs productions. Avec l'ébouriffant "Strasbourg", sur le Ep "Retreat", on pourra se demander à juste titre si The Rakes n'est pas le plus européen des groupes Anglais du moment. En tout cas, on leur dit oui ! Une fois passé ces considérations géopolitiques, il faudra bien reconnaître aux nouvelles petites teignes britonnes (comparés à des Monkees du post-punk) une certaine capacité à bousculer les vieux schémas du rock avec leur énergie juvénile et salvatrice. Des titres comme "Retreat" ou "22 Grand Job" font vraiment du bien aux conduits auditifs. Résolument insulaire, le quatuor raille les formations qui chantent avec un accent américain pour réussir outre-Atlantique. Face à une scène anglaise qui cherche désespéramment des successeurs aux éphémères Libertines, ou un concurrent sérieux à Franz Ferdinand, les Rakes sont en bonne position. A suivre...

Texte : Laurent G
Photo : DR

The Rakes "Retreat" (V2) – sortie le 17 mai 2005
"Capture/Release" (V2) – sortie le 5 septembre 2005

6.15.2005

VHS Or Beta, Night On Fire allume le feu

Derrière ce nom un brin nostalgique de l'ère pré-numérique se cache un groupe originaire du Kentucky qui est une fabuleuse machine à danser le rock tendance new wave. Quant on écoute le second album du quatuor américain, "Night On Fire", on pense aux belles pépites finement ciselées par des orfèvres des 80's comme Duran Duran, Echo & The Bunnymen ou Cure. Mais, attention, point de nostalgie rance ici, de mascara ou de look "garçon coiffeur", juste une volonté de retrouver un état d'esprit, une envie de composer des chansons qui restent greffées dans la tête à la première écoute. Les racines de V.O.B. viennent de la scène noise-rock que le groupe fréquentait en 97, lors de sa création. À l'époque, des magazines comparaient le quatuor à une rencontre entre Kraftwerk et Gang Of Four. Leur premier album, "Le Funk", était axé sur une house à la française (Daft Punk, Dimitri From Paris), a contrario du nouveau. “Pour "Night On Fire", nous voulions nous concentrer davantage sur la composition, faire une musique qui permette aux gens de s’éclater tout en disant des choses qui nous tiennent à coeur.

TEXTE : LAURENT G
PHOTO : PIPER FERGUSON

VHS Or Beta, "Night On Fire" (Astralwerks/Virgin)
Sortie française en septembre 2005

www.vhsorbeta.com

10.15.1999

Reportage : le label Warp fête ses 10 ans


Originaire de Sheffield, le label Warp a révélé de nombreuses individualités artistiques qui sont très vite devenues de véritables références en matière de musique électronique. Désormais à la croisée des chemins entre synthétique et acoustique, le label frondeur fête aujourd'hui les 10 ans d'une existence riche en sensations auditives à travers une véritable anthologie en 3 volumes !



WARP THIS WAY


C'est face à un Rob Mitchell (l'une des deux têtes pensantes de Warp) très occupé que nous avons à faire en cette fin de matinée. La sortie de trois doubles Cds en forme de synthèse d'une décennie n'est pas un projet ordinaire. Cet évènement nous permet ainsi de nous replonger avec lui dans l'histoire de ce label hors-norme qui a libéré toute une génération d'artistes à l'imagination débordante, de Aphex Twin à Plone, de Autechre à Plaid...
Une ville comme Sheffield n'offre guère d'alternative à ses habitants : jouer au football ou sombrer dans l'alcoolisme. En fin de compte, la musique devient rapidement le plus sûr moyen d'échapper à un environnement quotidien industriel et déprimant.
C'est sur le terreau d'un passé musical riche (Cabaret Voltaire, Human League, Heaven 17, Pulp...) que Warp va s'appuyer pour offrir une musique résolument tournée vers le futur. "Au départ, nous étions impressionnés par les disques en provenance de Detroit, Chicago. Nous voulions juste créer un bon label anglais de musique électronique et novatrice. Je connaissais déjà Rob Mitchell car nous avions joué dans un groupe de rock ensemble (Steve et Rob ont sorti 2 disques de Pulp sur l'obscur label Gift Recordings). A l'époque je travaillais dans un magasin de disques et cela a facilité les choses".
Collectant les white labels et les bandes des musiciens locaux, Steve et Rob réunissent un peu d'argent et lancent le label avec 500 copies du maxi "Track With No Name" de The Forgemasters. Sweet Exorcist (avec Richard H. Kirk, ex-Cabaret Voltaire), LFO (dont le premier album majeur, "Frequencies", fut en 91 le premier gros succès de Warp), Nightmares On Wax, Tricky Disco... vont ensuite asseoir la réputation du label dans le circuit alors underground des musiques électroniques à tête chercheuse.


THE TEN YEAR ITCH


Dix ans après, l'orientation musicale a quelque peu changé mais l'esprit est resté le même : "Au cours de ces dernières années, nous avons cessé d'être un pur label électronique avec les différents artistes que l'on a signés. Mais nous avons essayé de garder le même niveau de qualité dans nos productions et le même souci de rester originaux."
Jimi Tenor, Red Snapper, Squarepusher ou Broadcast mêlent sans complexe instruments acoustiques/électroniques sur scène et dans leurs albums respectifs.
"Ces formations utilisent de vrais instruments mélangés à des sons synthétiques et nous croyions que des musiques étonnantes peuvent être produites au croisement de l'acoustique et de l'électronique. On peut d'ailleurs entendre ce mélange sur la compilation de remixes." Sur cette dernière, les relectures de formations telles que Stereolab, Mogwai, Labradford, Spiritualised, Jin O'Rourke, Oval... prouvent que la notoriété du label a dépassé le cadre stricto sensu des musiques synthétiques.
Mais ce genre d'orientation n'est pas sans poser de problème aux puristes, Rob confirme : "Beaucoup ont été horrifiés lorsque nous avons cessé d'être un label purement électronique. Mais, ce qui nous importait le plus était d'avoir une palette d'artistes aussi variée que possible et c'est, je crois, ce que nous avons réussi à constituer". Face à la popularité grandissante des nouvelles musiques, la house et la techno étant aujourd'hui des courants "mainstream", Warp a su faire les bons choix afin de ne pas s'enliser dans le conformisme sonique ambiant. Lucide, Rob analyse : "Parfois la musique qui semble extrême à une époque peut devenir un clasique quelques années plus tard. Tu dois juste de contenter de continuer à explorer et trouver de nouvelles directions. Avec Warp, nous essayons en permanence de ne pas nous répéter. A la fin des années 80, très peu de gens faisait de la house. Actuellement toute l'industrie est tournée vers ce genre, c'est pour cela que nous essayons d'emprunter des voies différentes, interessantes et fraîches."
Souhaitant éviter tout effet de sclérose, Warp part aujourd'hui s'installer dans la capitale anglaise : "La plupart des artistes du label y vivent et la majeure partie de la scène musicale et du business se trouvent à Londres. Nous pensons que c'est un palier nécessaire à notre évolution".


PURPLE WORLD


Derrière des pochettes semi-violettes (en référence à la couleur des premiers maxis du label) au design soigné, "Influences", "Classics 89-92" et "Remixes" constituent aujourd'hui la trilogie essentielle pour comprendre le phénomène "Intelligent techno" dont Warp a été involontairement le géniteur. "Nous voulions dresser une sorte de panorama historique et regrouper des morceaux d'anthologies de la house-music, ceux qui nous avaient le plus impressionnés au moment de leur sortie. Certains n'ont d'ailleurs pas perdus de leur pertinence car ils se distinguaient du reste de la production musicale de l'époque". Pour mener à bien le projet et proposer un panorama en partie exhaustif, Steve et Rob ont demandé à des artistes venus d'horizons musicaux divers de proposer leurs relectures de certains classiques du catalogue Warp. Cet exercice de style est révélateur de l'impact des musiques électroniques sur les styles musicaux traditionels comme la pop, la soul ou le rock.
"La plupart connaissaient les productions du label. Le plus dur n'a pas été de les convaincre de faire de remixes mais de les faire dans des délais impartis". Optimiste, Rob poursuit : "Nous allons continuer à développer nos artistes", une affirmation plutôt rare au sein d'une industrie où les artistes papillonnent souvent d'un label à l'autre, mais Rob explique très bien l'état d'esprit Warp : "Nous n'avons pas de mal à garder nos artistes car nous respectons complètement leurs choix. Nous sommes très, ou trop (rires), respectueux de leurs désirs mais c'est notre façon de travailler. Nous pensons qu'un label doit avant tout se concentrer sur la qualité et ne pas devenir une simple marque de fabrique et se focaliser sur un genre musical précis. Le plus important est que l'on se rende compte que nous nous occupons de nos artistes, que nous portons de l'intérêt à leur travail".
Warp est en fait une abréviation de "We Are Reasonable People". Gageons qu'ils ne le seront pas trop dans les années à venir !

Rob Mitchell : R.I.P.

Texte : Laurent Gilot
Photo : DR

www.warprecords.com