1.28.2002

The Chemical Brothers, Come With Us, back to the dancefloor

Ed Simons et Tom Rowlands sont devenus en quelques années les champions toutes catégories de la fusion entre techno et pop-rock. Présents depuis 93 sur la scène internationale, ils sortent aujourd'hui leur quatrième opus, "Come With Us", odyssée sonique et psychédélique destinée aux dancefloors. Même si l'on peut déplorer une baisse de régime au niveau de l'inspiration (et non des BPM), "Come With Us" contient néanmoins quelques plages qui valent le détour ("Galaxy Bounce", "Star Guitar", "The State We're In" avec Beth Orton et "Pioneer Skies"). En revanche, on laissera volontiers aux pistes de danse anglaises l'outrancier "It Began In Afrika", l'incongrue "Hoops" ou l'anecdotique "The Test" avec Richard Ashcroft. Non pas que ces titres soient profondément mauvais mais on dirait que le groupe a essayé de dissimuler ses pannes d'inspirations derrière une tonne de sons et d'effets usés jusqu'à la corde. Quoi qu'il en soit, les deux faux-frères chimistes s'expliquent ici sur la conception de ce nouvel album.

Le magazine anglais Mixmag a récemment décrit votre nouvel album comme un retour au dancefloor ? Aviez-vous une idée claire de ce que vous vouliez faire dès le départ ?
Ed Simons : Non, pas vraiment… Au début, nous voulions faire un nouveau disque qui essaye d'aller un peu plus loin que les précédents et qui soit le reflet de notre enthousiasme du moment. Cela faisait longtemps que l'on ne s'était pas remis à composer et l'on avait envie de faire des choses assez spontanées. En fait, ce disque est plus dancefloor que "Surrender"… Mais, il y a toujours eu des titres destinés aux pistes de danse sur nos albums précédents. Ça nous excite d'avoir des disques que l'on peut jouer lors de nos sets de DJ.

Avez-vous vraiment commencé à travailler à partir d'une feuille blanche ?
Tom Rowlands : Nous n'avons pas envie de changer notre façon de procéder. Depuis le début, nous travaillons un peu avec le même équipement, nos vieux synthés et samplers. Quand nous sommes en tournée, nous nous concentrons sur ce que nous avons à faire en live, sur la musique que nous jouons chaque soir. Mais, lorsqu'on revient d'une tournée, cela nous inspire car on a vu les gens réagir sur notre musique et ça nous motive pour créer de nouveaux morceaux.

Avec l'expérience, est-ce que le processus de création devient plus facile, plus simple ?
T. R. : Personnellement, je trouve que ça devient de plus en plus difficile. La musique que l'on fait à besoin que l'on trouve en permanence de nouvelles pistes, de nouvelles voies à explorer. Nous n'utilisons pas les mêmes méthodes que pour le "songwriting" traditionnel. Dans nos chansons, nous ne parlons pas vraiment d'expériences personnelles ou autres… On ne fonctionne pas comme ça. Pour nous, composer des morceaux, produire des disques est basé sur le fait de créer des sons qui vont transmettre des émotions. Il est donc toujours difficile de trouver de nouvelles directions, des idées que nous n'avons pas encore exploitées.

Quelle est votre méthode de composition ? Comment procédez-vous à deux ? Avez-vous parfois des désaccords profonds sur certaines idées ?
E. S. : Nous pouvons être assez complémentaires l'un et l'autre. Nous avons les mêmes idées sur ce qui nous excite en matière de musique. Si cela sonne vraiment bien en studio, on exploite tous les deux l'idée pour bâtir un morceau autour. Le but pour nous est de toujours garder une certaine forme d'excitation au moment où l'on fait les choses. Au sujet de la difficulté à concevoir cet album, cela fait près de 10, 11 ans que l'on joue en tant que DJ ensemble. Avec la quantité de titres excitants que l'on a accumulés, il est difficile d'essayer de conserver la fraîcheur des débuts. Cela ne nous mine pas plus que ça mais c'est assez frustrant car, parfois, certains aspects de l'enregistrement de ce disque n'ont pas été plaisants.

Le titre de ce disque, "Come With Us", est comme une invitation à vous suivre. Comment l'avez-vous choisi ?
E. S. : Ce titre vient du sample de voix que l'on a utilisé sur le morceau. Il n'y a pas d'idée particulière derrière le choix de "Come With Us". Mais, c'est vrai que sur la longueur de l'album, il y a une volonté d'emmener l'auditeur à travers un voyage sonique qui l'absorbe, l'entraîne dans des directions surprenantes. Si tu écoute attentivement ce disque, tu peux comprendre la direction dans laquelle on veut t'emmener. Il y a une sorte de dynamique, de volonté d'évoquer un mouvement.
T. R. : C'est vrai que l'on évolue dans le domaine de la dance music mais on a envie d'entraîner l'auditeur vers d'autres horizons, de proposer une sorte d'échappatoire. C'est l'idée que l'on essaye de transmettre à travers notre son.

Sur ce nouvel album, on retrouve le single "It Began In Afrika". Est-ce que vous abordez chaque titre comme des morceaux destinés à un album ou comme des singles potentiels ?
T. R. : En fait, nous ne pensons pas vraiment à ce genre de choses, les morceaux ne sont pas conçus de cette manière. À propos de "It Began In Africa", quand on a commencé à travailler sur ce titre, le résultat est sorti tel quel. Il a été conçu à une époque où l'on cherchait des directions dans lesquelles aller. Nous avons eu envie de le sortir pour voir comment les gens réagiraient en entendant le morceau en club. À la base, nous avons envie de faire de la musique pour les gens et voir la façon dont ils réagissent. Lorsque tu es en studio et que tu conçois un album, tu as tendance à t'enfermer dans ta propre planète alors que nous, nous voulons continuer à faire des choses qui aient un sens pour les gens, une vie en dehors de cet endroit confiné qu'est un studio.

Quelle est l'importance des samples dans votre travail ?
E. S. : Les choses ont beaucoup évolué en matière de sampling, depuis l'époque où je me suis acheté mon premier échantillonneur, à l'âge de 16 ans. L'idée de prendre des éléments de deux disques différents pour élaborer un nouveau morceau était quelque chose de très excitant à l'époque, une idée complètement nouvelle. Les gens n'y avaient pas vraiment pensé auparavant. Mais aujourd'hui, le fait de sampler des beats provenant d'un autre disque ne m'excite plus vraiment, plus autant qu'au début. Pour nous, le sampling ne constitue pas l'ossature principale de nos morceaux. Mais, nous aimons le procédé, nous avons grandi avec toute cette culture hip hop qui est rattachée à l'art du sampling. Nous aimons quand des choses d'univers sonores différents se télescopent. Le sampler est un instrument incroyable avec lequel on peut faire tellement de choses que ça nous excite toujours de l'utiliser. Avec celui-ci, il n'y a pas de limite à la création, les possibilités sont infinies.

Pourquoi avez-vous choisi "Star Guitar" comme le second single extrait de l'album ?
E. S. : Parce qu'on adore ce titre. Je trouve que c'est un morceau incroyable, c'est pour cela qu'on l'a choisi. D'un autre côté, il est assez unique dans son genre, très house avec une certaine tendance à l'euphorie. En lui-même, "Star Guitar" synthétise assez bien l'esprit de cet album. C'est une belle pièce musicale qui te transporte tout en étant puissante, dure, avec des rythmes qui te collent au plafond. "Star Guitar" est, en quelque sorte, un moment sublime qui t'entraîne, t'invite à te perdre. Je trouve que beaucoup de titres sur ce disque sont dans le même esprit. C'est pour toutes ces raisons que l'on a choisi "Star Guitar" comme nouveau single.

Quelle est l'importance du live comparé à votre travail de DJ ?
T. R. : Nous adorons jouer sur scène. Généralement, nous nous attelons toujours à préparer nos concerts une fois l'album terminé. Mais, il est toujours très difficile de récréer sur scène le son que l'on a en studio. Nous sommes très dépendants des endroits dans lesquels nous jouons donc on dépense tout l'argent que l'on a pour avoir un sound-system convenable. En studio, nous avons des amplis qui ont un son incroyable donc on a toujours envie de restituer, le plus fidèlement possible, ce son en live.

Peut-on aujourd'hui dire que vous jouez sur le même terrain que Kylie Minogue ?
E. S. : Non pas vraiment. Enfin, il faut prendre conscience du fait que l'on a produit des albums qui sont devenus en quelque sorte des disques pop. Mais, nous considérons que nous faisons de la dance music destinée aux clubs, c'est plus facile que de considérer que l'on fait de vrais disques pop. "It Began In Africa" est vraiment devenu un titre énorme, probablement le plus gros que l'on ait eu en club. Après tout, c'est l'endroit idéal pour écouter de la musique, non ? Beaucoup de gens n'en écoutent que lorsqu'ils sont en club…

Sur ce disque, il y a plusieurs morceaux destinés aux dancefloors mais, souvent, accompagnés d'une petite touche de mélancolie, comme sur "Pioneer Skies". Est-ce qu'avec l'âge, vous pensez que votre musique va devenir de plus en plus mélancolique ?
E. S. : C'est intéressant comme idée. Sur le premier album, il y avait "One Too Many Mornings" qui était assez mélancolique et tranquille. Sur ce nouveau disque, chaque titre possède une petite touche de mélancolie. Quand on a réalisé notre premier album, nous avions 23 ans et, 7 ans plus tard, on continue à composer des titres où une pointe de mélancolie se mélange à des sons plus durs. On l'a toujours fait. Mais, il faut reconnaître qu'il y a aussi une certaine forme de mélancolie à être dans un club. Parfois, les gens qui dansent peuvent avoir l'air triste…
T. R. : Les clubs reflètent la futilité de l'existence (rires).
E. S. : C'est vrai qu'il y a quelque chose d'assez tordue dans le fait de se trouver sur un dancefloor, de se perdre dans la musique…
T.R. (imitant les interrogations existentielles d'un clubber) : Qu'est que je fais ici, ah ! ah ! ah! Je suis si seul ! (rires). 


Texte : Laurent Gilot
Photo : DR


The Chemical Brothers "Come With Us" (Freestyle Dust/Labels/Virgin)
Sortie le 28 janvier 2002

www.thechemicalbrothers.com