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3.06.2026

Völksmusik, New World Domination, new single

Nouvelle réalisation, nouveau single pour Markus Schenker alias VÖLKSMUSIK.
A écouter ici et maintenant !
dasistvolksmusik.bandcamp.com/album/new-world-domination-2
www.instagram.com/volksmusik_markus/

Elvira Santa

5.06.2014

The Hacker, Love/Kraft (Zone Music-La Baleine)

On se souvient encore du temps où leproducteur grenoblois agitait les scènes du monde entier avec Miss Kittin etson electro un brin roide mais drôlement sensuelle. Après plus de 20 ans d'activité, The Hacker revient (pour la troisième fois) sans sa miss avec un disque en deux parties, dont une moitié nous est aujourd'hui livrée. A la première écoute, on se dit que Michel Amato fait un peu son Tiga (en moins minimaliste) sur ce brillant "A Thousand Time" où la voix de l’américain Perspects se fait entendre. Puis "Clear" revisite le début des années 90 avec son piano qui rappelle certaines productions américaines dance music de l'époque. Ensuite, d'anciennes communication entre Détroit et Berlin (à moins que ce ne soit Düsseldorf) se réactivent au grès d'un "Drifting'" épique et electro en diable. Et voici que "Parallel Universe" nous replonge dans cette époque où quelques Djs visionnaires rêvaient de transformer le dancefloor en vaisseau spatial capable d'aller visiter les confins de la galaxie. Laurent Garnier doit être ravi. Enfin, "Pure Energy" offre une tribune aux sonorités techno hardcore pré-gabber, celles qui existaient avant que la vitesse des Bpm ne devienne incontrôlable. Vite la suite !


Laurent Gilot

The Hacker, Love/Kraft (Zone Music-La Baleine)
Sortie le 21 avril 2014

The Hacker featuring Perspects, A Thousand Times, official video



8.22.2012

Robert Hood Motor : Nighttime World 3 (Music Man Records)

Après les volumes 1 et 2, le producteur de Detroit nous présente le troisième volet de sa trilogie initiée au milieu des années 90. Robert Hood fait aujourd'hui office de vétéran de la scène techno-house américaine. Inspiré par le documentaire de Julien Temple (« Requiem For Detroit »), Hood essaye de créer un environnement synthétique, très cinétique, comme une ballade nocturne dans les rues désertes d'une mégalopole US (Detroit en l'occurrence). Les morceaux réunis ici dépassent très régulièrement les 5 minutes. Il est toujours très difficile d'aborder le sujet de la temporalité quand on parle d'une musique qui se veut relativement intemporelle. Mais l'emploi de la TB 303 nous replonge forcément à l'orée des années 90 et le bien nommé "Motor City" se veut un hommage à cette période où une poignée de producteurs noir américains découvrait, détournait les machines pour façonner leur propre univers sonique et inventer la techno de demain. Aujourd'hui, cela paraît un poil désuet. Avec leur côté raide et un peu froid, des compositions comme "Black Technician", "Hate Transmissions" ou "Drive" n'auraient pas fait tâche sur les labels Tresor ou Transmat il y a 20 ans de cela. La nostalgie, ou un désir de continuité, semble donc animer le producteur américain. Parfois, les machines deviennent moites et exhalent une certaine forme de sensualité grâce à des samples de voix judicieusement agencés (« The Wheel »). Vivement conseillé aux amateurs du genre.

Marcus S

Robert Hood Motor : Nighttime World 3  (Music Man Records-La Baleine)
Sortie le  19 septembre 2012



Robert Hood, Black Technician, video audio

12.20.2008

Ellen Allien, reine du clubbing berlinois

En 2008, à quelques mois d’intervalles, la dijette et productrice Ellen Allien a fait doublement parler la poudre avec la sortie sur son label Bpitch Control d’un parfait CD mixé, "Bogybytes Mix Vol.04", et d’un album introspectif "Sool". Entretien avec l’une des reines de la nuit berlinoise.

Qu’est-ce qui s’est passé en 2006 suite à la sortie de "Orchestra Of Bubbles", ton projet avec le musicien et producteur Apparat ?

E.A. : Au cours de ma tournée avec Apparat, j’ai beaucoup appris sur la façon de mettre en place une performance à deux. Je me suis vraiment familiarisé avec les ordinateurs et la façon d’utiliser des programmes comme Live sur scène. J’ai également pris des cours de chant pour perfectionner ma voix et apprendre à mieux la connaître, à mieux la maîtriser. Nous avons tourné un peu partout et nous avons joué dans quelques festivals. C’était une très bonne expérience.



Pourquoi as-tu souhaité enregistrer un nouveau CD mixé de la série "Bogybytes" ?

E.A. : Je voulais présenter le son qui est le mien à l’heure actuelle. En fait, les disques que je programme change de style sans arrêt, tous les six mois en gros. Je suis de très près l’évolution des différents courants de la musique électronique. Je voulais donner une représentation la plus fidèle possible d’un DJ set d’Ellen Allien à l’heure actuelle. La plupart des morceaux réunis dans ce CD font la part belle aux basses combinées à des sonorités saturées.

Comment as-tu travaillé et élaboré ce CD mixé ?
E.A. : Cela m’a pris 3 mois pour le mettre en place, ce qui est assez long. J’ai utilisé des Cds et des vinyles pour le réaliser. Lorsque je mixe avec des Cds, je fais cela d’une manière plus élégante. J’ai essayé de vraiment sélectionner mes morceaux préférés du moment. Pour moi, un mix est une sorte de flash-back, un journal qui fait état d’une couleur musicale à un instant précis. Ce CD évoque l’idée que je me fais de la dance music.



Comment est né cette série qui met en avant des pochettes avec des portraits d’artistes aux expressions faciales singulières ?

E.A. : Tout d’abord, c’est un projet que l’on a mis en place avec le photographe Axl Jansen. Ce dernier vit à Paris depuis 2 ans et il travaille dans le mode et pour des magazines, il est notamment directeur de création du magazine berlinois Dong. Je l’ai rencontré dans une galerie où il présentait son travail, dont notamment les fameuses "têtes mouvantes", et nous avons eu l’idée de lancer cette série de compilation avec des portraits de chaque artiste sur les pochettes. Il aime mixer la musique avec ses photos, tous les artistes aiment mixer des choses entre elles (sourire).



De plus en plus de DJs se mettent à mixer des MP3, est-ce que tu vas céder à cette tendance de fond ?

E.A. : Comme je suis responsable d’un label et que nous sortons principalement des disques vinyles, il faut que je puisse les jouer lors de mes sets. Mais, aujourd’hui, beaucoup de magasins de disques sont en train de fermer dans le monde, comme au Japon où il y avait l’un de mes favoris. Il va donc falloir que je m’y mette. Comme je ne peux pas jouer pendant un mois toujours les mêmes disques et que je peux plus en acheter lors de mes déplacements, je vais devoir mixer de plus en plus de CD et de MP3.



Peux-tu nous parler de ton dernier album "Sool" ? Qu’est-ce qui le distingue de ceux que tu as déjà réalisés ?

E.A. : En fait, c’est un concept-album. Je n’ai pas voulu composer de titres trop chantés car je n’aime plus ça. J’aime le côté trippant d’un set de DJ et c’est ce que j’ai voulu retranscrire à travers ce disque. Si je dois chanter une chanson, celle-ci doit vraiment avoir un sens pour moi, c’est pour cela que "Frieda" est le seul morceau où j’ai posé ma voix. C’est un titre écrit en souvenir de ma grand-mère qui est décédée. Mais, malgré sa disparition, elle est toujours là pour moi. Sur "Frieda", j’exprime mes émotions d’une manière très simple. Sinon, la plupart du temps sur "Sool", j’utilise ma voix comme un instrument à percussion ou comme un son de clavier. Cette utilisation de la voix est très minimale mais elle est naturelle pour moi.



Propos recueillis par Laurent Gilot

Photo : Lisa Wassmann



Ellen Allien, BIM

3.26.2008

Carl Craig, Sessions, DJ tool


Le DJ et producteur noir-américain fait partie du cercle très fermé des géniteurs de la techno "Made in Detroit". Avec ses différents projets musicaux et ses mixes uniques, Carl Craig est devenu une icône incontournable du Dijing international. Entretien avec une légende qui fait tout pour ne pas avoir l’air d’en être une.
En 2003, suite à la sortie de la compilation mixée « The Workout », tu nous confiais que tu allais te concentrer sur ton activité de musicien. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Carl Craig : En fait, je continue à produire des disques et des remixes mais, avec l’effondrement des ventes, être DJ est aujourd’hui plus rentable (rires). Je suis toujours musicien et producteur mais pour promouvoir cette activité, je me dois de jouer en public derrière les platines. Lorsque je suis sur scène avec l’un de mes projets (ndlr : The Detroit Experiment, Innerzone Orchestra…), je me comporte comme une sorte d'"Andy Warhol" : je joue parfois du synthétiseur ou je tripote des boutons mais, je m’occupe surtout de tout superviser aux niveaux des musiciens, du déroulement des concerts. En fait, je laisse les autres travailler pour moi ! (rires). Tu as déjà à ton actif nombre de compilations mixées. Comment appréhendes-tu cet art des mélanges sonores ?
C.G. : À chaque fois que je réalise un mix-CD, c’est un exercice intéressant car il m’aide à décrypter quels sont mes points forts ou mes points faibles. J’apprends toujours beaucoup… Que ce soit pour la compilation de !K7, que je viens de réaliser, ou celle du club Fabric à Londres, je découvre constamment de nouvelles choses dans le fait d’enchaîner les titres, dans la façon de créer des edits de certains morceaux… Pour moi, c’est comme une expérimentation constante sur la matière sonore, sur la façon de trouver des combinaisons idéales. Tout ce que j’entreprends en tant que DJ part de ce principe de découverte.

Justement, peux-tu nous en dire plus sur la compilation « Sessions » qui sort sur le label allemand !K7 ?
C.G. : J’ai toujours bien aimé les réalisations du label dans le genre, comme la compilation de Kruder & Dorfmeister sortie il y a 10 ans. Je parlais de ce projet avec les responsables du label depuis un moment puis, une fois que nous sommes tombés d’accord sur la façon de le réaliser, les choses sont allées très vite. L’idée est que je ne voulais pas que ça ait l’air d’une anthologie, d’une rétrospective du travail de Carl Craig. Je veux que "Sessions" soit considéré comme une collection… Tu sais, j’enregistre des disques depuis 20 ans alors il est impossible de sortir une anthologie qui tienne dans un seul double CD. Une rétrospective de mes travaux s’étendrait sur une quinzaine de disques, au moins (rires). Plus sérieusement, « Sessions » est une sélection de travaux anciens, comme le titre "Oscillator" de mon projet Paperclip People, et de relectures que j’ai réalisées pour le compte de plusieurs artistes. C’est drôle, car, la plupart du temps, ces derniers ne m’envoient jamais de copie définitive de mes remixes !

Comment analyserais-tu la progression et la construction de "Sessions" ?
C.G. : En fait, c’est comme si la sélection démarrait à 9h du soir dans un club. Les gens arrivent, ils réagissent aux morceaux qui passent puis les ambiances deviennent plus dark, dures et l’ensemble t’entraîne jusqu’au petit matin. Quoi qu’il en soit, tous les morceaux que j’ai rassemblés dans ce double album sont parmi mes favoris… La plupart ont d’ailleurs été retravaillés en studio afin d’en offrir de nouvelles versions. Ce disque est aussi une manière de réunir pour les DJs des titres à côté desquels ils seraient passés… Pour moi, "Sessions" est un instantané idéal d’un de mes sets de DJ.

Ce disque a-t-il été enregistré dans les conditions d’un live ?
C.G. : Oui, exactement même si j’ai fait quelques edits car, parfois, les morceaux peuvent être un poil trop long pour la durée totale d’un CD. En général, j’enregistre mes vinyles sur un disque dur portable que je branche ensuite sur mon ordinateur Mac pour récupérer les fichiers dans Logic audio et mixer le tout sur une console analogique. Puis, je réarrange certains morceaux, je rajoute des effets… Une fois que j’ai rassemblé toute cette matière, que j’ai suffisamment de titres en stock, j’encode ces derniers au format 32 bits et je mixe le tout avec le logiciel Serato Scratch Live. Lorsque je joue en soirée, j’utilise des CDs pour contrôler Serato à travers la table de mixage INS, qui a été conçue par DJ Deep, un des meilleurs DJs parisiens.

Tu n’utilises donc plus de vinyles dans tes sets ?
C.G. : Non. Au départ, j’utilisais Final Scratch et Traktor puis peu de temps après j’ai découvert Serato. La chose extraordinaire avec ce logiciel, c’est qu’à chaque fois qu’il y a une soirée, tu peux jouer sans problème car tu as tous tes fichiers sous la main. Tant que ton ordinateur et le disque dur marche, c’est OK. En tant que DJ, j’ai de la chance car je n’ai jamais perdu mes disques lors d’un voyage en avion, par exemple. Mais, je connais pas mal de confrères à qui c’est arrivé. Certains se sont même fait voler leur sélection complète ! Le fait de "transporter" tes disques sur Serato te permet d’éviter ce genre de désagrément. Si jamais, mon ordinateur me lâche, je peux toujours transférer mes fichiers sur une autre machine pour jouer ma sélection. C’est un avantage non négligeable surtout lorsque tu voyages souvent à travers le monde.

Est-ce que ce logiciel a changé ta façon d’appréhender un set de DJ ?
C.G. : En fait, je trouve qu’il y a plus de potentiel. Avec les vinyles, tu es cantonné à une certaine vitesse : plus 8 ou moins 8. De plus, il y a des accidents de manipulation qui peuvent arriver, comme lorsque le diamant saute parce qu’il y a des gens qui dansent comme des fous près des platines (rires). Avec mes Cds et Serato, je garde le contrôle, je peux faire ce que je veux au niveau de la vitesse des disques. Si tu arrives à bien manipuler ce logiciel, tu as des possibilités infinies, tu peux mixer des disques de Sun Ra ou Miles Davis avec de la house music. Tu peux vraiment t’interroger sur la façon dont tu peux agencer les morceaux entre eux. Comme tu as un accès très rapide à ta discothèque, tu peux avoir un degré de sensibilité plus élevée dans la façon d’entrevoir le mixage.


Propos recueillis par Laurent Gilot
Photo DR
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8.25.2004

Prodigy, Always Outnumbered, Never Outgunned, blockbuster sonique ?

La dernière livraison de Prodigy n'était guère rassurante sur l'état de santé musicale du groupe. En effet, au cours de l'été 2002, le single "Baby's Got A Temper" montrait un quatuor au bout du rouleau, à la limite de l'auto-parodie, comme usé par le rythme effréné des tournées et les excès qui vont avec. Après une pause salvatrice pour les neurones, Liam Howlett a repris les commandes du "blockbuster sonique" et livre aujourd'hui un "Always Outnumbered, Never Outgunned" tonitruant qui fait la part belle aux voix féminines (une première !). Les grosses rythmiques sont toujours là mais Prodigy a gagné en densité et en richesse en brassant furieusement heavy rock, punk, electro, funk et collaborations prestigieuses (l'actrice Juliette Lewis, le rappeur Kool Keith, Liam Gallagher,etc…). Liam Howlett s'en explique.

Comment a été accueilli ton CD mixé "The Dirtchamber Sessions Vol.1" qui est sorti en 99 ?
Liam Howlett : Plutôt bien. À l'origine, on m'avait demandé de réaliser cette sélection qui était un mix pour Radio 1. Il a fallu enlever des groupes comme les Beatles car il aurait été trop difficile de devoir négocier les droits. Mais, je ne me considère pas comme un DJ, c'était juste un bol d'air frais au sein de mon parcours avec Prodigy. Sur "Dirtchamber", je voulais juste m'amuser avec les morceaux des autres, un peu dans le même esprit que ce que les 2 Many DJs ont pu réaliser par la suite. C'était une manière de montrer tout ce qui peut m'influencer musicalement pour créer les morceaux de Prodigy.

D'une certaine manière, est-ce que la réalisation de ce disque t'a inspiré pour ce nouvel album ?
L.H. : Plus ou moins. Après la réalisation de "Fat Of The Land", on a passé 2 ans en tournée. Nous n'avons pas eu un moment pour enregistrer quoi que ce soit. Après la réalisation de "The Dirtchamber", j'ai voulu profiter de la vie, sortir, aller dans des soirées. Puis, en 2001, j'ai commencé sérieusement à m'atteler à la réalisation du nouvel album de Prodigy. On a alors réalisé 5 nouveaux morceaux dont "Baby's Got Temper". Tout ce que je peux dire, ç'est que ce titre est le plus mauvais de Prodigy à ce jour… C'est une sorte d'instantané de ce qui se passait dans le groupe à ce moment-là, du chaos que nous étions en train de vivre. Ce morceau n'avait pas l'énergie qu'il fallait et qui caractérise Prodigy depuis le début. C'était devenu une formule. Tous ces morceaux que nous avons enregistrés à ce moment-là, j'ai dû les jeter car il n'y avait plus l'étincelle, l'excitation des précédentes réalisations.

A-t-il été difficile de retrouver à nouveau cette énergie ?
L.H. : En fait, j'ai tout recommencé à zéro. Je me suis remis au travail dans ma maison à la campagne à une heure de Londres. Je me suis assis en face de mes machines et, au cours des 4 mois qui ont suivi, j'ai commencé à devenir fou (rires). Finalement, le producteur avec qui je travaille m'a dit que nous devions sortir de cette maison car on n'arrivait à rien. Nous sommes allés à Londres avec un portable équipé du logiciel Reason, quelques machines et cela a pris un an pour réaliser le nouvel album. Je pouvais travailler n'importe où avec mon ordinateur, dans l'avion, dans un parc…

Ton travail a-t-il été plus spontané que par le passé ?
L.H. : Cette fois-ci, je n'ai pas pensé en terme de "single" ou quoi que ce soit. Il n'y avait pas de limites, de formule. C'était très libérateur. "Girls" est le premier titre que j'ai composé en partant d'un sample. Puis, je me suis dit qu'il fallait que j'en fasse quelque chose de trashy et sexy. J'ai alors appelé mes amies de Ping Pong Bitches qui ont apporté leurs voix et leur feeling electro-punk pour que le titre sonne comme je le voulais. Avec ce disque, le but était de retrouver l'état d'esprit de notre second album où nous pouvions mélanger toutes sortes de choses, des samples, des beats, un son de guitare, des parties vocales, quoi que ce soit, sans règles préétablies.

Et puis il y a beaucoup de filles dans cet album…
L.H. : C'est vrai. Je voulais réaliser un disque qui soit sexy en apportant différents éléments à l'intérieur, en multipliant les collaborations, de Princess Superstar en passant par Juliette Lewis (ndlr : l'actrice avait fait ses premiers pas en tant que chanteuse dans le film de Kathryn Bigelow "Strange Days" en 95). En ce qui concerne cette dernière, c'est un ami qui me l'a présentée au Vyper Room puis j'ai téléphoné à son management pour lui demander de m'envoyer des CDs de son travail. Quand je les ai écoutés, sa voix m'a fait penser à Patti Smith avec ce timbre puissant et profond à la fois. Je l'ai contacté et nous avons commencé à travailler à distance. Puis, nous nous sommes rendu compte qu'il fallait que l'on soit dans la même pièce pour que le résultat soit meilleur. Juliette est alors venue à Londres et nous avons enregistré 3 morceaux en 4 jours. J'ai utilisé les parties vocales comme si c'était des samples en les découpant et les manipulant à ma guise. Au final, le but était d'injecter un feeling différent, plus fantaisiste par rapport à ce que l'on a pu faire sur "Baby's Got A Temper", qui se prenait un peu trop au sérieux. Je voulais retrouver une forme d'humour un peu tordue, une vision féminine que chaque collaboration a amenée.

Peux-tu nous parler de ce "bootleg", "The Way It Is", qui reprend la célèbre ligne de basse du "Thriller" de Michael Jackson ?
L.H. : Je tiens à dire que je ne suis pas un fan de Michael (rires). En revanche, je suis quelqu'un de très nostalgique de mon enfance. Les années passent, notre mémoire n'est plus très bonne mais il y a toujours des musiques pour nous rappeler les différentes périodes de notre vie. Pour moi, ce titre de Jackson retranscrit l'esprit d'une période. Je voulais en donner ma propre interprétation, le dépouiller pour le rendre encore plus dingue, en faire un putain de morceau 80's pour le dancefloor en n'ayant aucun respect pour l'original. C'était ma démarche, avoir une vraie approche punk. J'ai même rencontré le compositeur de "Thriller", Rod Temperton qui m'a donné l'autorisation d'utiliser le sample.

Aujourd'hui, qu'est devenu, selon toi, le gamin de Braintree, ta ville d'origine dans l'Essex ? As-tu un point de vue sur ton évolution personnelle ?
L.H. : Je crois que je suis resté le même gamin. Lorsque que j'ai élaboré les premières démos de Prodigy, j'avais les Sex Pistols et Public Enemy dans la tête. C'était ce que j'aimais comme genre de production et de musique quand je n'étais encore qu'un kid. J'aimais le chaos et l'énergie des Pistols et la puissance des beats de Public. J'ai constamment eu cette fusion en tête au moment d'aborder la réalisation d'un album de Prodigy. Même quand je réalise cette relecture du morceau de Michael, j'ai ces références à l'esprit. Mais, attention, il n'y a pas de messages politiques dans Prodigy. Notre seul but est de faire en sorte que les gens se défoulent et sortent de leur train-train. C'est une idée simple. Quand j'étais plus jeune, je bossais toute la semaine en attendant avec impatience le vendredi et le samedi. C'était au moment de l'explosion de la scène rave et je me libérais en écoutant des sons simples et durs à la fois. C'est cette philosophie que l'on applique avec Prodigy. Les gens ont encore besoin de ça aujourd'hui, de pouvoir échapper à leur quotidien. On veut être les plus directs et puissants pour participer à cette émancipation à travers la musique. Par exemple, un titre comme "Spitfire" n'a aucun autre but que d'offrir une grosse dose d'énergie libératrice. C'est comme ça que les gens doivent le prendre.

Comment cela va-t-il se passer concrètement sur scène alors que ça fait un moment que le quatuor n'a pas joué ensemble ?
L.H. : Nous partons en tournée en octobre et ça va être très excitant. Nous avons donné quelques shows en 2002, lorsque "Baby's Got Temper" est sorti, mais rien de très mémorable. Même si les choses vont vite et que deux ans passent très vite, nous sommes encore relativement jeunes par rapport à Primal Scream, par exemple (rires). Ces derniers ont presque plus d'énergie que les nouveaux groupes punk d'aujourd'hui. Je crois que Prodigy a encore sa place sur la scène musicale actuelle. Dans le domaine de la musique électronique, personne n'apporte un feeling équivalent à celui que l'on peut apporter. C'est pareil pour les Beastie Boys, personne ne peut jouer sur leur terrain. Même si ce nouvel album est un peu différent de ce que l'on a pu faire par le passé, cela sonne encore comme du Prodigy et d'une certaine façon, "Always Outnumbered, Never Outgunned", se rapproche de la dureté de notre second album, "Music For The Jilted Generation".

Aujourd'hui, plus que jamais, Prodigy est-il un groupe en "colère" ?
L.H. : Non, nous ne sommes pas ce genre de groupes que l'on peut voir sur MTV et qui semblent en colère. Ce n'est pas de la vraie colère, c'est juste une attitude. Il y a beaucoup de groupes comme ça à l'heure actuelle, surtout aux Etats-Unis. Prodigy se veut être le reflet de l'état d'esprit punk qui n'a rien à voir avec la colère. Il est vrai que, lors de la conception de ce nouvel album, j'ai beaucoup écouté de rock, des trucs comme Queens Of The Stone Age mais je n'ai pas trop acheté de disques. Finalement, je n'ai fait que marcher dans la rue en m'imprégnant de tous les sons qui pouvaient sortir des magasins. J'ai essayé d'être plus ouvert à différentes influences plutôt que d'écouter les derniers disques à la mode ou quoi que ce soit de ce genre-là. Par exemple, un soir, j'avais un dîner romantique dans un restaurant et j'ai entendu une musique qui a tout de suite attiré mon attention. Je suis alors allé dans la cuisine et j'ai demandé au type de me dire le nom du Cd de musique iranienne qui était en train de passer. Aujourd'hui, on peut retrouver le sample de ce morceau sur le titre "Medusa's Path". J'ai donc profité de toutes les opportunités pour trouver mon inspiration, me laisser influencer par tout mon environnement et c'était vraiment très enrichissant.

Propos recueillis par Laurent Gilot

PHOTO : DR

Prodigy, Always Outnumbered, Never Outgunned (Maverick/XL/Delabel)

Sortie le 24 Août 2004

www.theprodigy.com

10.15.1999

Reportage : le label Warp fête ses 10 ans


Originaire de Sheffield, le label Warp a révélé de nombreuses individualités artistiques qui sont très vite devenues de véritables références en matière de musique électronique. Désormais à la croisée des chemins entre synthétique et acoustique, le label frondeur fête aujourd'hui les 10 ans d'une existence riche en sensations auditives à travers une véritable anthologie en 3 volumes !



WARP THIS WAY


C'est face à un Rob Mitchell (l'une des deux têtes pensantes de Warp) très occupé que nous avons à faire en cette fin de matinée. La sortie de trois doubles Cds en forme de synthèse d'une décennie n'est pas un projet ordinaire. Cet évènement nous permet ainsi de nous replonger avec lui dans l'histoire de ce label hors-norme qui a libéré toute une génération d'artistes à l'imagination débordante, de Aphex Twin à Plone, de Autechre à Plaid...
Une ville comme Sheffield n'offre guère d'alternative à ses habitants : jouer au football ou sombrer dans l'alcoolisme. En fin de compte, la musique devient rapidement le plus sûr moyen d'échapper à un environnement quotidien industriel et déprimant.
C'est sur le terreau d'un passé musical riche (Cabaret Voltaire, Human League, Heaven 17, Pulp...) que Warp va s'appuyer pour offrir une musique résolument tournée vers le futur. "Au départ, nous étions impressionnés par les disques en provenance de Detroit, Chicago. Nous voulions juste créer un bon label anglais de musique électronique et novatrice. Je connaissais déjà Rob Mitchell car nous avions joué dans un groupe de rock ensemble (Steve et Rob ont sorti 2 disques de Pulp sur l'obscur label Gift Recordings). A l'époque je travaillais dans un magasin de disques et cela a facilité les choses".
Collectant les white labels et les bandes des musiciens locaux, Steve et Rob réunissent un peu d'argent et lancent le label avec 500 copies du maxi "Track With No Name" de The Forgemasters. Sweet Exorcist (avec Richard H. Kirk, ex-Cabaret Voltaire), LFO (dont le premier album majeur, "Frequencies", fut en 91 le premier gros succès de Warp), Nightmares On Wax, Tricky Disco... vont ensuite asseoir la réputation du label dans le circuit alors underground des musiques électroniques à tête chercheuse.


THE TEN YEAR ITCH


Dix ans après, l'orientation musicale a quelque peu changé mais l'esprit est resté le même : "Au cours de ces dernières années, nous avons cessé d'être un pur label électronique avec les différents artistes que l'on a signés. Mais nous avons essayé de garder le même niveau de qualité dans nos productions et le même souci de rester originaux."
Jimi Tenor, Red Snapper, Squarepusher ou Broadcast mêlent sans complexe instruments acoustiques/électroniques sur scène et dans leurs albums respectifs.
"Ces formations utilisent de vrais instruments mélangés à des sons synthétiques et nous croyions que des musiques étonnantes peuvent être produites au croisement de l'acoustique et de l'électronique. On peut d'ailleurs entendre ce mélange sur la compilation de remixes." Sur cette dernière, les relectures de formations telles que Stereolab, Mogwai, Labradford, Spiritualised, Jin O'Rourke, Oval... prouvent que la notoriété du label a dépassé le cadre stricto sensu des musiques synthétiques.
Mais ce genre d'orientation n'est pas sans poser de problème aux puristes, Rob confirme : "Beaucoup ont été horrifiés lorsque nous avons cessé d'être un label purement électronique. Mais, ce qui nous importait le plus était d'avoir une palette d'artistes aussi variée que possible et c'est, je crois, ce que nous avons réussi à constituer". Face à la popularité grandissante des nouvelles musiques, la house et la techno étant aujourd'hui des courants "mainstream", Warp a su faire les bons choix afin de ne pas s'enliser dans le conformisme sonique ambiant. Lucide, Rob analyse : "Parfois la musique qui semble extrême à une époque peut devenir un clasique quelques années plus tard. Tu dois juste de contenter de continuer à explorer et trouver de nouvelles directions. Avec Warp, nous essayons en permanence de ne pas nous répéter. A la fin des années 80, très peu de gens faisait de la house. Actuellement toute l'industrie est tournée vers ce genre, c'est pour cela que nous essayons d'emprunter des voies différentes, interessantes et fraîches."
Souhaitant éviter tout effet de sclérose, Warp part aujourd'hui s'installer dans la capitale anglaise : "La plupart des artistes du label y vivent et la majeure partie de la scène musicale et du business se trouvent à Londres. Nous pensons que c'est un palier nécessaire à notre évolution".


PURPLE WORLD


Derrière des pochettes semi-violettes (en référence à la couleur des premiers maxis du label) au design soigné, "Influences", "Classics 89-92" et "Remixes" constituent aujourd'hui la trilogie essentielle pour comprendre le phénomène "Intelligent techno" dont Warp a été involontairement le géniteur. "Nous voulions dresser une sorte de panorama historique et regrouper des morceaux d'anthologies de la house-music, ceux qui nous avaient le plus impressionnés au moment de leur sortie. Certains n'ont d'ailleurs pas perdus de leur pertinence car ils se distinguaient du reste de la production musicale de l'époque". Pour mener à bien le projet et proposer un panorama en partie exhaustif, Steve et Rob ont demandé à des artistes venus d'horizons musicaux divers de proposer leurs relectures de certains classiques du catalogue Warp. Cet exercice de style est révélateur de l'impact des musiques électroniques sur les styles musicaux traditionels comme la pop, la soul ou le rock.
"La plupart connaissaient les productions du label. Le plus dur n'a pas été de les convaincre de faire de remixes mais de les faire dans des délais impartis". Optimiste, Rob poursuit : "Nous allons continuer à développer nos artistes", une affirmation plutôt rare au sein d'une industrie où les artistes papillonnent souvent d'un label à l'autre, mais Rob explique très bien l'état d'esprit Warp : "Nous n'avons pas de mal à garder nos artistes car nous respectons complètement leurs choix. Nous sommes très, ou trop (rires), respectueux de leurs désirs mais c'est notre façon de travailler. Nous pensons qu'un label doit avant tout se concentrer sur la qualité et ne pas devenir une simple marque de fabrique et se focaliser sur un genre musical précis. Le plus important est que l'on se rende compte que nous nous occupons de nos artistes, que nous portons de l'intérêt à leur travail".
Warp est en fait une abréviation de "We Are Reasonable People". Gageons qu'ils ne le seront pas trop dans les années à venir !

Rob Mitchell : R.I.P.

Texte : Laurent Gilot
Photo : DR

www.warprecords.com