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3.30.2009

Röyksopp, Junior, Norwegian mood


Ce printemps 2009 est marqué par le grand retour de duo norvégien après presque 5 années de silence discographique. Pour l’occasion, Röyksopp a invité une poignée de voix féminines sur un troisième album en forme de mille feuilles électro-pop : « Junior ». Entretien.

Il y a quatre ans, comment a été reçu votre second album « The Understanding » ?
Svein Berge : Il a été accueillis de différentes manières. Ceux qui s’attendaient à un autre « Melody A.M. » ont été quelque peu déçus alors que ceux qui ont compris que nous avions besoin de ne pas nous répéter, ont apprécié notre démarche. D’autres, ont trouvé qu’il y avait trop de parties vocales, de chansons et que le disque était trop aérien. Mais sans « The Understanding », nous n’aurions pas pu produire notre nouvel album « Junior » car il y avait déjà un gros travail au niveau de l’écriture des morceaux et des paroles.

Justement, comment décrirais-tu votre nouvel album « Junior » ?
Sur « The Understanding », il y avait comme un sentiment puissant de mélancolie alors que sur « Junior », nous voulions proposer un album très diversifié avec des sentiments contrastés qui s’expriment à travers chaque chanson. Nous voulions également que celui-ci soit plus optimiste et bourré d’énergie. Nos albums sont toujours le reflet de notre état d’esprit au moment de leur enregistrement. Cette fois-ci, nous étions plus confiants, plus détendus que par le passé.

Sur quel mode fonctionnes-tu avec Torbjorn ? Comment composez-vous à quatre mains ?
Lorsque nous sommes dans un processus de création, nous cherchons toujours à surprendre l’autre. C’est notre façon de fonctionner. Sur « junior », nous voulions qu’il y ait un fil conducteur et, en même temps, nous voulions que l’ensemble s’apparente à un voyage à travers différentes émotions et sentiments. Certains titres parlent d’anxiété et de tension, de relations amoureuses, d’autres sont plus axés sur le fun et les plaisirs immédiats, sur la beauté des choses. Grâce à toutes les chanteuses qui ont collaborées à ce disque, que ce soit Karin de The Knife, Lykke Li ou Robyn, nous avons le sentiment d’avoir couvert un large spectre des émotions humaines. Avec « Junior », nous avons vraiment le sentiment d’être arrivés à nos fins de ce point de vue-là.

Justement, comment s’est passée votre collaboration avec la chanteuse Robyn sur le morceau « The Girl and The Robot » ?
Nous adorons cette chanteuse. Elle a une personnalité très forte. Ces dernières années, elle a pris une nouvelle orientation musicale, différente de celle qu’elle a suivie au cours des dernières années. C’est très courageux de sa part car elle a une étiquette de chanteuse pop commerciale qui lui colle à la peau. Nous avions l’impression qu’il était temps d’enregistrer ensemble. Le courant est bien passé entre nous car nous avons les mêmes références musicales. De plus, elle a un sens de l’humour proche du nôtre. Elle aime bien plaisanter sur certaines choses basiques du corps humain (rires).

Vous avez récemment proposé le téléchargement gratuit d’un morceau inédit, « Happy Birthday », pour fêter vos dix années d’existence. A ce titre, comment avez-vous traversé cette décennie ?
Au cours de ces dernières années, l’industrie du disque a considérablement changé avec le format digital qui s’est répandu à travers le partage de fichiers mp3. Beaucoup de maisons de disques et de magasins de disques ont fermé leurs portes. Cela a profondément changé la façon dont les gens écoutent la musique aujourd’hui. Le format album n’est plus aussi important qu’auparavant, on est désormais dans une culture du single, du format court. En fait, je crois que nous sommes dans une période de transition et que l’on va voir émerger de nouveaux modes de consommation. Il y aura toujours des besoins pour de la bonne musique.

Est-ce plus difficile de faire de la musique aujourd’hui, d’être réellement créatif ?
En ce qui nous concerne, nous sommes toujours aussi créatifs et aussi curieux de découvrir des nouveautés. La seule chose qui a changé pour nous est la façon dont on élabore notre musique aujourd’hui. Nous essayons de produire la musique en laquelle on croit profondément.

En 2001, est-ce que vous étiez, d’une certain manière, préparés au succès massif que votre premier album a rencontré dans les mois qui ont suivi sa sortie ?
A cette époque, nous arrivions de nulle part avec une formule peu répandue : deux types de Norvège qui font de la musique électronique. Puis, à force de donner des concerts, beaucoup de choses se sont débloquées. Bien entendu, nous ne nous attendions pas à un tel engouement pour notre musique. Avant de former Röyksopp, nous avions fait partie de groupes qui étaient signés sur des labels, donc nous avions une certaine expérience à ce niveau-là. Mais, cela ne nous a pas permis de prédire le succès de « Melody A.M. ». Tout s’est déroulé progressivement et nous nous sommes petit à petit adaptés à cette situation nouvelle engendrée par le succès.

Quelle va être la prochaine étape pour Röyksopp ?
En ce moment, nous sommes dans une période très créative à un tel point que nous voulons sortir très rapidement une suite à « Junior » qui va s’appeler « Senior ». « Junior » parle d’énergie directe, de quelque chose d’immédiat alors que « Senior » sera plus introspectif, principalement instrumental, en jouant sur les contrastes entre les différentes atmosphères. On pourrait presque dire que ce sera l’album de la maturité (rires).

Propos recueillis par Laurent Gilot
Photo : Stian Andersen

Röyksopp, « Junior » (Wall Of Sound/Virgin)

11.19.2001

Felix Da Housecat, Kittinz & Thee Glitz, naissance d'un classique

L'album "Kittenz & Thee Glitz" marque le grand retour du producteur de Chicago Felix Da Housecat sur le devant de la scène électronique. Brillamment accompagné (entre autres) par l'organe de la franco-suisse Miss Kittin, Felix Stallings remet en cause ses acquis et montre qu'il est capable d'aller encore plus loin dans les mariages entre electro, rock, disco, new wave et techno. Explications en compagnie de l'intéressé et retour sur un itinéraire riche en anecdotes.

Tu fais figure de vétéran de la scène house de Chicago. Peux-tu revenir sur ton parcours et sur ce qui t'a amené à la musique ?
Felix Stallings Jr. : Lorsque j'étais enfant, j'étais fou. Je vivais dans la banlieue de Chicago. J'ai commencé par apprendre à jouer de la clarinette vers l'âge de 12/13 ans. J'interprétais beaucoup de chansons de Michael Jackson sur mon instrument. Puis, le jour où j'ai vu un mec jouer des titres de Prince sur son synthé avec toutes les filles admiratives qui l'entouraient, je me suis dit que j'allais abandonner la clarinette (rires). C'était en 83/84, j'ai alors demandé à mon professeur de musique comment jouer du synthé. Puis, ce dernier est devenu jaloux de mes prédispositions, il a voulu arrêter les cours, il ne voulait plus rien m'apprendre. J'ai alors demandé à ma mère de m'acheter un synthé et j'ai poursuivi mon apprentissage. Puis, j'ai remarqué qu'il valait mieux avoir une boîte à rythmes alors j'en ai demandé une à ma mère. Puis, j'ai réalisé qu'il me fallait un quatre pistes… (rires). Une fois ce matériel acquit, j'ai commencé à programmer des beats. C'était au milieu des années 80, la house a commencé à apparaître à Chicago. J'écoutais alors des mixes de Farley Jackmaster Funk, Kenny "Jammin" Jason, Mickey "Mixin" Oliver sur la radio locale WBMX-FM. Moi, j'enregistrais des cassettes que je faisais écouter à des amis et, un jour, au lycée, un type est venu me voir : il s'appelait Dj Pierre. À l'époque, "Acid Trax" (le plus gros tube house de l'époque) était encore sur une cassette et cette dernière passait parfois 8 fois de suite dans un bar de nuit. Pierre a écouté les morceaux que j'avais enregistrés. C'était "Phantasy Girl". Il m'a alors demandé de venir dans son home-studio pour faire un morceau et je suis là aujourd'hui (rires).

Comment viviez-vous à l'époque le fait d'être une petite minorité à faire de la musique électronique à Chicago ?
C'est vrai que nous n'étions pas nombreux à croire en ce style de musique à l'époque. En fait, nous étions vraiment une toute petite communauté. Par exemple, Pierre a réalisé "Acid Trax" parce qu'il avait acheté une TB 303 à Marshall Jefferson. Ce dernier avait réussi à acquérir l'une des rares qui était disponible sur le marché. D'ailleurs, si tu fais attention aux crédits sur "Acid Trax", ils mentionnent que le morceau a été produit par Marshall Jefferson. À l'origine, Pierre n'avait aucun matériel et il empruntait celui des autres. Comme il savait que j'avais plus de matos que lui, il venait souvent chez moi (rires). Je ne l'ai jamais dit à personne, mais il louait des boîtes à rythmes 909, 737 ou 808 à la journée pour travailler avec en studio. Il écrivait les paroles, moi, je composais la musique et c'est comme ça qu'on a réenregistré ensemble "Phantasy Girl". Il a donné la démo à un ami à lui et le morceau est devenu un classique à Chicago. Certains Dj le jouent encore aujourd'hui, c'est fou !

Cela a donc été le début de ta carrière ?
Tu sais mec, j'ai vraiment pris toutes ces expériences comme une bénédiction. Se retrouver à 14 ans en studio, c'est incroyable ! Je viens d'en avoir 30 et je me sens vraiment vieux (rires). Quand j'ai commencé à jouer "Phantasy Girl" dans les soirées, les filles voulaient toutes devenir ma "Fantasy girl" (rires). Mais, je ne voulais en aucun cas avoir la grosse tête, je voulais rester tranquille. Par la suite, ma carrière dans la musique s'est arrêtée pendant 4 ans. En fait, mon père et Dj Pierre se sont disputés alors que nous étions rentrés à 3 heures du matin, je n'avais que 16 ans à l'époque. Par la suite, Pierre est allé dégoter un autre joueur de synthé, a enregistré d'autres titres et a attiré l'attention sur lui.

Comment es-tu revenu dans le "circuit" ?
À 19/20 ans, j'ai bossé dans une pizzeria et, en même temps, je faisais partie d'un groupe de hip hop. Niveau production, j'étais plutôt bon alors que j'étais un piètre danseur (rires). À cette époque, je détestais la house music. Je suis allé habiter à Mineapolis et c'est là que j'ai rencontré ma femme, il y a 11 ans de cela. En fait, celle-ci avait entendu "Phantasy Girl", elle adorait la house et elle m'a demandé pourquoi je n'en ferais pas pour elle. Je voulais l'impressionner alors j'ai composé un morceau house pour elle. Elle m'a ensuite convaincu de sortir le titre que j'avais enregistré. Puis, j'ai appris que Dj Pierre vivait désormais à New York où il était directeur artistique pour Strictly Rythm. Je ne savais rien de tout cela car j'avais vécu dans une capsule pendant 4 ou 5 ans et je n'avais pas du tout suivi les évolutions de la scène house. J'ai alors appelé Pierre et il m'a demandé de lui faire écouter les morceaux que j'avais composés. Je lui ai envoyé ma cassette et il a trouvé que mes titres étaient vraiment merdiques (rires). Il m'a dit : "Man, les temps ont changé, cette musique a évolué depuis 1986". J'ai alors suivi ces conseils et travaillé pour me remettre à niveau.

Comment as-tu fait la connaissance d'Harrison Crump, l'homme que l'on retrouve derrière la réalisation de l'album "Kittinz & Thee Glitz" et de tes premiers morceaux ?
J'ai rencontré Harrison quand j'étais encore au collège. Il avait un studio. Je lui ai alors donné le chèque de ma paye en lui demandant si je pouvais enregistrer des morceaux sur sa MPC 6000. J'ai mis au point deux titres dont un qui portait le pseudo de ma femme : "Sophie Blue". Je les ai envoyés à Pierre qui les a bien aimés. Il est alors venu à Chicago pour me faire signer un contrat d'artiste et me donner mon premier chèque qui m'a permis de lâcher mon boulot de l'époque. Puis, je lui ai envoyé d'autres titres mais Strictly Rythm ne souhaitait plus signer d'artistes originaires de Chicago. Il y avait une vraie ségrégation de la part du label, il ne s'intéressait plus qu'à la house garage en provenance de New York dans le style de Lil' Louis mais Strictly Rythm n'aimait plus Mike Dunn, Armando ou Marshall Jefferson. En 91, Pierre a voulu partir en Angleterre et il m'a demandé si je voulais l'accompagner, je ne pouvais pas refuser car l'occasion ne se représenterait peut-être plus.

Ton expérience anglaise semble avoir été décisive dans ta carrière ?
Effectivement ! En fait, ce sont Pierre et son manager qui m'ont présenté Phil Asher car il savait que je cherchais une maison de disques pour sortir mes morceaux. J'ai fait écouter "The Dawn" aux gens de Guerilla records. C'était incroyable, ils disaient qu'ils n'avaient jamais rien entendu de semblable. Ils m'ont demandé combien je voulais, je leur ai dit 300 000 dollars et ils ont accepté. De nos jours, c'est désormais impossible de se faire payer une telle somme par un label underground. Puis, j'ai proposé "The Light", qui était une variante de "The Dawn", a un autre label et je suis revenu à la maison avec 700 000 dollars. J'ai aménagé dans un appartement et investi dans du matériel. Quelques semaines plus tard, le label anglais m'a appelé pour me dire que "The Light" commençait à être joué un peu partout par les Dj. On a demandé à Dave Clark, qui était journaliste pour Mix Mag et qui produisait sur Magnetic North, de faire un remixe. Le travail de ce dernier m'a définitivement inscrit sur la carte des producteurs techno.

Peux-tu nous dire comment a été accueilli l'album "I Know Elektrikboy" que tu as réalisé en 1999 sous le pseudo de Maddkatt Courtship ?
En Angleterre, c'est le label London records qui devait sortir "I Know Elektrikboy" et, finalement, l'album est sorti en Belgique. En France, tout le monde nous a soutenus quand nous sommes venus faire de la promo avec Harrison Crump. En Angleterre, "I Know Elektrikboy" a été encensé par la critique mais il était uniquement disponible en import. C'était vraiment une frustration. J'ai essayé de quitter ma maison de disques mais je ne savais pas que j'étais encore sous contrat. Par la suite, j'ai beaucoup tourné en tant que Dj et je me suis dit que je n'allais pas trop attendre pour réenregistrer un album. J'avais déjà composé sur la route 5 ou 6 morceaux comme "Silver Screen", "Madame Hollywood" ou "Sequel 2 Dub".

Justement, à quel moment as-tu commencé à travailler sur ton nouvel album ?
C'était l'année dernière, à Genève, mais ce n'était pas supposé être un album car je ne faisais que composer des morceaux sur la route. En fait, j'ai joué en tant que Dj au Paléo Festival de Nyon où j'ai rencontré Miss Kittin. Je lui ai alors demandé si elle ne voulait pas aller en studio avec moi pour enregistrer quelques titres. "Frank Sinatra", qu'elle avait réalisé avec The Hacker sur International Deejay Gigolo, était l'un de mes morceaux favoris et j'avais vraiment envie de travailler avec elle. J'adore sa voix parce que c'est du "broken english", le genre de voix le plus sexy et le plus cool qui puisse exister. Quand je suis arrivé en Suisse, une fille du nom de Caroline et un type du nom d'Olivier sont venus me chercher à l'aéroport pour m'emmener à mon hôtel. J'étais un peu fatigué par le décalage horaire et je n'ai réalisé, qu'en les rejoignant au studio, que Caroline était en fait Miss Kittin (rires). Elle m'a dit qu'elle était fan de Jackson et de Prince, qu'elle aimait l'album "I Know Elektrikboy". J'étais conquis !

Comment se sont déroulées les séances d'enregistrement avec Miss Kittin ?
Le lendemain de notre première vraie rencontre, nous avons enregistré "Madame Hollywood" en une heure. On a écrit les paroles ensemble. Puis, "Silver Screen" a été mis en boîte en 3/5 heures. Ce titre nous a pris un peu plus de temps car les arrangements étaient plus durs à mettre en place. Le plus drôle, c'est que dans le studio, il n'y avait presque aucun équipement, juste une vieille table de mixage, un ordinateur et deux synthés, c'est tout (rires). Avec Miss Kittin, nous avons du sampler toutes ces parties car il n'y avait pas de séquenceur, de magnéto à bandes pour enregistrer les voix. Je n'étais pas dans les conditions optimales mais, en même temps, c'était positif car cela m'a prouvé que je pouvais revenir à mes racines, au feeling que j'avais à mes débuts. Miss Kittin a chanté "Madame Hollywood" sur un DAT et puis on a dû tout resampler pour l'enregistrer dans l'échantilloneur ! En fait, j'ai dû demander à la maison de disques d'acheter un ordinateur et un sampler ce qui a rendu fou de joie les propriétaires du studio (rires).

Peux-tu nous parler en détail de certains des titres qui composent "Kittinz & Thee Glitz" ?
"Harlot" a été écrit à un moment où j'étais très en colère envers Kittin car elle était arrivée en studio avec 2 heures de retard. Je lui ai alors dit de repartir chez elle. Dave The Hustler m'a demandé que qu'on allait faire de la journée et j'ai composé la musique de ce morceau en 30 minutes. Sinon, on peut entendre la voix de Melistar, une chanteuse que Miss Kittin m'a présentée. Au final, ce morceau est très étrange mais il faut dire que c'est l'un des derniers que l'on a enregistré pour l'album.
"Walk With Me" a été composé au cours de l'enregistrement de "I Know Elektrikboy". Il y a une anecdote assez drôle à propos de Miss Kittin. Elle était supposée dire "Vanity" dans le texte et elle a prononcé "Vanish". Avec Dave, on se demandait pourquoi elle avait fait cette erreur mais comme le morceau était vraiment cool, on l'a laissé tel quel au final.
"Silver Screen" n'a pas eu l'impact qu'il aurait dû avoir. Lorsqu'il a débuté son show sur Radio 1, Pete Tong l'a programmé et ça a déchiré. Je suis curieux de voir l'impact qu'il va avoir ici. En ce qui concerne les remixes, Laurent Garnier était à Ibiza avec moi cet été et il m'a dit qu'il voulait ce morceau pour F Com. Je lui ai dit que c'était impossible car j'étais sous contrat. Mais, par contre, nous avons insisté pour qu'il fasse un remixe du titre.
"Control Freaq" a été réalisé avec Junior Sanchez dans sa maison. C'était la première fois que l'on travaillait ensemble.
"What Does It Feel Like" : Je voulais faire quelque chose de très punk dans l'esprit pour surprendre les gens qui pensent que je ne suis incapable de composer ce genre de morceau. Les paroles de Miss Kittin parlent d'une fille qui est nymphomane, qui aime le sexe et les voyages…
"Happy Hour" a été conçu dans l'esprit de ce que pouvait faire Blondie dans les années 70/80. Ce morceau marque les débuts de Melistar que je tenais mettre en avant sur ce titre. "Happy Hour" est vieux de 5 ans. Je l'ai intégré car je voulais que l'on retrouve un peu du feeling de Maddkatt Courtship.
"Analog City" a été composé en 50 minutes et c'est un de mes morceaux préférés. Lors de sa conception, j'ai pensé aux BO de John Carpenter comme "Halloween", "Escape From New York", "Christine"… Je voulais qu'il y ait des sons très analogiques. Je crois que beaucoup de gens peuvent s'endormir sur ce morceau (rires).
"Pray For A Star" a été enregistré il y a 7 ans et l'original se trouve sur un album qui n'est jamais sorti. Je l'ai alors réenregistré il y a 3 ans mais comme je n'ai pas pu l'inclure sur "I Know Elektrikboy", je l'ai intégrer sur ce nouveau disque.
"Voicemail" : C'est comme ça que tout a commencé (rires). J'avais dit à Miss Kittin de laisser un message sur mon répondeur où elle pouvait dire ce qu'elle voulait. Ce message a donc servi d'introduction au premier titre chanté par elle sur ce disque.
"Madame Hollywood" est mon second titre préféré. Les paroles se rapprochent de ce qu'à fait Kittin avec The Hacker sur "Frank Sinatra" mais c'est tout à fait dans la lignée du concept "Glitz".
"Enter View" : Je me baladais avec un magnétophone car j'avais dit à Tommy que l'on devait mettre un peu d'humour sur ce disque. Tommy a donc commencé à m'interviewer alors que nous étions dans un magasin de disques. On a pas mal blagué sur des choses assez salaces (rires).
"Glitz Rock" : J'adore ce titre car il y a un feeling très proche de ce que pouvait faire Giorgio Moroder.
"Sequel 2 Dub" est une variation de "Submarine" que l'on retrouve sur mon album pour Radikal Fear : "Metropolis "Present Day" : Laurent Garnier le programmait dans ses sets et c'est pour ça que j'ai voulu en faire une nouvelle version.
"Magic Fly" est une reprise d'un vieux groupe de disco français du nom de Space. J'ai plein de vieux disques de disco mais je ne connaissais pas spécialement ce morceau avant d'en faire une nouvelle interprétation.
"She Lives" est inspiré par le film "Flash Gordon", c'est une sorte de reprise et je voulais qu'elle se rapproche du style de Moroder.
"Runaway Dreamer" n'est pas un morceau qui parle de moi (rires). À la base, ce titre clôt l'histoire d'une fille qui est à l'origine du concept "Glitz". Ensuite, on retrouve "My Life Is Muzik" caché à la fin du disque. Je ne voulais pas que celui-ci figure sur ce disque mais la maison de disques a insisté…

Penses-tu que l'on pourra un jour avoir la chance de voir ce projet sur scène ?

Je ne sais pas car Kittin & The Hacker font leur propre truc et je respecte ça. Elle était déjà une star avant que je ne la rencontre (rires). J'étais il y a 2 jours à Munich et j'ai remercié Dj Hell (Le boss de Gigolo) de me l'avoir prêtée. Je le connais depuis longtemps, tout comme Laurent Garnier. À l'instar de Carl Cox, Derrick May, Dj Sneak ou Derrick Carter, nous sommes les derniers d'une génération.


Propos recueillis par Laurent Gilot
Photo DR


Felix Da Housecat "Kittinz & Thee Glitz" (City Rockers/Omnisounds/EMI)
Sortie le 19 novembre 2001

www.felixdahousecat.com

11.15.2001

Miss Kittin & The Hacker, The First Album, the first step

Miss Kittin (Caroline Hervé) et The Hacker (Michel Amato) forment l'un des duos du moment les plus en vue de la planète electro-pop. Sur leur premier opus tant attendu, "The First Album", on retrouve le minimalisme synthétique du Depeche Mode des débuts, les beats métronomiques de New Order, le lyrisme glacé de Soft Cell, la pop insouciante d'Erasure, l'electro déglingué du duo (jumeau) de Detroit Adult. Sexy, glamour, provocateur, mélancolique, ironique, la musique de Miss Kittin et The Hacker se joue des clichés et impose une personnalité qui lui est propre. La discussion qui suit évoque tour à tour "The First Album" et les thèmes abordés par le groupe sur certains morceaux.

Pouvez-vous évoquer vos parcours musicaux respectifs ?
Caroline Hervé : Avec Michel, nous nous sommes rencontrés il y a 10 ans à Grenoble. Nous fréquentions la même boîte de nuit qui passait les premiers disques de techno et de new beat. Par la suite, nous avons fréquenté les premières raves organisées dans la région. À l'époque, je me suis mise à bosser dans un club à la mode espagnole comme gogo danseuse après avoir fait une prépa en Arts Graphiques à Marseille. Je venais de quitter le foyer familial et il fallait que je gagne rapidement de l'argent. Pour moi, les raves ont été une véritable révélation musicale. Auparavant, j'écoutais beaucoup de new wave, Joy Division, Duran Duran… Mais, grâce à la musique électronique, je me suis intéressé à toute sorte de genre comme le jazz, la soul ou le funk. En avril 94, j'ai voulu passer derrière les platines sous le pseudo de Miss Kittin. Trois mois plus tard, j'étais bookée pour ma première soirée…
Michel Amato : J'ai commencé à faire de la musique à la fin des années 80 dans un groupe electro-industriel. C'est au début des années 90 que j'ai découvert la techno et que j'ai commencé à produire des morceaux dans cette veine. Avec Benoît Bollini (aka Money Penny Project), nous avons formé XMF dont l'orientation musicale était assez dure, proche des sonorités hardcore de l'époque. Puis, en 99, j'ai sorti mon premier album sous le nom de The Hacker, "Mélodie en sous sol", sur le label grenoblois Goodlife.

Lorsque vous avez formé le duo, avez-vous décidé d'une orientation musicale particulière ?
M.A. : Nous ne tenions pas à faire de la techno au sens classique du terme. Nous voulions revenir au format chanson comme aux débuts du genre dans les années 80. Ce qui me plaisait le plus à cette époque, c'était le son des productions, enfin, jusqu'en 84, car, par la suite, tout est devenu très formaté. J'aimais beaucoup ce que faisait New Order en mélangeant une certaine forme de mélancolie à l'intérieur de morceaux dansant.

Votre premier disque sur Gigolo records est sorti en 1997. Comment avez-vous décroché ce contrat ?
C.H. : En fait, c'est très simple. J'ai rencontré DJ Hell en 95 lors d'une rave à Marseille. Il était en train de démarrer son label, Gigolo, en signant David Carretta. Il m'a dit que si j'avais des morceaux à lui faire écouter, je pouvais lui envoyer. Il a été emballé et nous avons alors sorti deux Eps sur le label : "Champagne! EP" en 98 et "Intimités" en 99.

Michel, peut-on dire que le morceau "L'homme dans l'ombre" est à l'image de ton rôle au sein du duo ?
C.H. : A la base, c'était un gag. À un moment donné, ce morceau était un titre d'introduction lors de nos concerts. On se disait que, pour des "Froggies", le fait de débuter son show par un titre en français faisait branché (rires). Quand DJ Hell a voulu que ce titre figure sur notre premier album, j'ai dit à Michel qu'il fallait que l'on réécrive les paroles car, à la base, elle ne voulait pas dire grand chose (rires).
M.A. : C'est vrai que c'est, en partie, moi l'homme dans l'ombre…
C.H. : C'est vraiment devenu un gag lorsqu'on a commencé à donner des ITW où nous plaisantions sur ce morceau. Que ce soit Michel ou moi, nous ressortions à chaque fois le fait qu'il avait toujours envie d'être le type qui se tient dans l'ombre derrière son synthé. À la fin d'une journée promo, il nous arrivait de ne plus être tout à fait clair dans notre explication du titre. Les journalistes ne comprenaient plus rien et nous étions explosés de rires ! Ce titre est donc un souvenir de cette période.

Peut-on dire que certains de vos textes sont autobiographiques comme "Stripper", par exemple, qui parle d'une de tes amis ?
C.H. : "Stripper" est une chanson sur ma meilleure amie qui bosse dans un strip de la rue de Berne (Genève). Si je devais être quelqu'un d'autre que moi-même, j'aimerais être cette fille car je la trouve hyper talentueuse dans son domaine. Elle est belle et, en fait, c'est une artiste contemporaine. Pour avoir une certaine stabilité, un boulot fixe et un peu d'argent de poche, elle bosse dans un strip. Même si, aujourd'hui, elle vit de son art, elle a vraiment voulu profiter de l'opportunité de devenir strip-teaseuse dans un Peep Show. Quand elle est venue m'annoncer qu'elle avait décrocher le job, je me suis dit que jamais je ne pourrais faire ça. Je lui ai alors dit qu'elle arrivait toujours à me surprendre et que je l'aimais vachement pour cela. Ce titre est un hommage à cette copine. Les paroles soulignent le fait que cette fille est un peu l'inspiration de ma vie. C'est une relation hors du commun car c'est assez rare d'avoir une copine qui est strip-teaseuse. Je trouvais que c'était un bon thème pour en faire une chanson.

Pouvez-vous nous parler de votre expérience de la scène ?
C.H. : Cela fait déjà 4 ans que l'on joue en live…
M.A. : En France, nous avons joué l'été dernier à Astropolis, juste après Suicide. Nous avons apporté un peu de bonne humeur parce qu'avec Suicide, ce n'était pas la joie. Il y a quelque chose qui devait faire chier Alan Vega (Chanteur de ce duo new-yorkais formé aux débuts des années 70) car il était plutôt mal luné.
M.K. : Ouais, les vieux croûtons qui se croient encore dans les caves à New York et qui tirent la tronche, ça va un moment…
M.A. : Ils sont dans un autre trip…
C.H. : Je ne connais pas du tout leur musique, mais j'étais contente de pouvoir dire que j'avais vu Suicide sur scène même si j'étais vraiment déçue par leur prestation. Martin Rev, le taré aux claviers, m'a, par contre, bien plu (rires). Vega, lui, il se la joue. Michel a retrouvé Martin après le concert : il était en train de marcher en rond sous la pluie, la veste sur les épaules…
M.A. : Ils sont allés assez loin au niveau des drogues… Pour en revenir à notre expérience scénique, certains pays, comme l'Allemagne, sont très demandeurs pour nous voir en live. Mais, je n'ai pas envie d'en faire trop à ce niveau-là, il faut que chacune de nos prestations garde un côté relativement spontané… Je ne veux pas lasser les gens. Sur scène, j'ai un mini-disc sur lequel il y a des versions instrumentales des morceaux sans certaines nappes ou certains sons. En fait, je joue la mélodie en direct sur l'un de mes deux synthés et Caroline chante par-dessus. Je n'ai pas voulu d'un vrai live avec tout un tas de machines. En même temps, nous ne cherchons pas à cacher cette façon de procéder car le mini-disc est visible de tout le monde, ça démystifie ainsi un peu la technologie que nous employons.

Il y a donc peu de place laissée à l'improvisation.
C.H. : En fait, l'impro, elle est bien réelle parce que je peux dire des conneries dans mon micro (rires). C'est plus facile pour moi de le faire et, en plus, c'est ce que les gens attendent.
M.A. : Avec le matériel que j'ai, je ne peux pas vraiment faire de l'improvisation ce qui ne m'empêche pas de rajouter quelques petits gimmicks sur chaque programmation. Mais, techniquement, nous ne pouvons pas jouer de morceaux inédits d'une manière spontanée. C'est impossible. Lorsqu'on veut faire une improvisation, je joue, par exemple, un morceau sur lequel Caroline chante les paroles d'une chanson d'un artiste connu. On a alors l'impression que c'est un nouveau morceau (rires).
C.H. : C'est marrant, nous l'avons déjà fait plusieurs fois. Le truc le plus drôle a été de mettre en boucle un de nos morceaux sur lequel j'ai chanté les paroles de "Holiday" (Madonna). C'est un peu comme si je chantais "Happy Birthday" de Stevie Wonder sur "Blue Monday" de New Order : c'est souvent n'importe quoi (rires). Notre truc de prédilection reste les paroles de "Sandwiches" des Detroit Grand Pubahs sur "Life On MTV".
M.A. : L'instrumentation assez dépouillée de ce morceau se prête bien à ce genre d'exercice. Nous avons mélangé les deux morceaux lors d'un live à New-York. Tout le monde pensait que c'était nous qui avions composé "Sandwiches", nous, nous faisions comme si de rien n'était en acquiescent (rires).


Propos recueillis par Laurent Gilot
Photos Enrique et Laurent Gilot

Miss Kittin & The Hacker "The First Album" (Gigolo/Cyber)
Sortie le 15 novembre 2001

www.misskittin.comwww.goodlife-ozone.com


3.12.2001

Daft Punk, Discovery, en mode rétro-futuriste

Difficile, à l'heure actuelle, d'échapper aux robots Daft Punk. On ne compte plus le nombre de couvertures (Technikart, les Inrockuptibles, Rock'n'Folk, Télérama, MP3 mag…), articles (le Figaro, Le Nouvel Observateur, l'Expansion…) et pubs (affichage métro…). Il est vrai que "Discovery" contient tous les ingrédients d'un succès populaire. Avec ce nouvel opus, le duo parisien a compris tout le parti qu'il y avait à tirer d'une récupération ironico-sentimentale de styles pour lesquels le grand public conserve une affection nostalgique, même s'ils ont été délaissés par une grande majorité des groupes actuels. À l'instar du "Discovery" d'Electric Light Orchestra en son temps (1979), l'album des Daft Punk fait la parfaite synthèse des courants musicaux de ces 30 dernières années : revival 70's/80's (new-wave, electro, rock FM, nombreux samples ou réarrangement de tubes funk plus ou moins obcurs…) allié aux rythmiques et filtres de la techno/house. Au-delà des jeux de pistes référentiels que cet album a engendrés auprès des journalistes, "Discovery" a la volonté naïve, mais louable, de restituer les premières sensations musicales de Guy-Manuel et Thomas, à un âge où ils pouvaient écouter indifféremment Giorgio Moroder et AC/DC. Disque régressif, certes, mais disque cathartique également. À une époque où ce qui est ringard est à la mode, les Daft tentent le grand écart stylistique, se cherchent une crédibilité de musiciens et prouvent, par la même occasion, qu'ils peuvent faire autre chose que de simples tubes pour dancefloors. Alors pourquoi ce disque devrait-il se distinguer de la centaine qui sortent par mois ? Tout simplement par l'aptitude du duo à faire mouche avec le grand public à un moment donné. Et ce moment est arrivé.
Vous arrivez à la fin d'un marathon promotionnel. Est-ce que le fait de parler aux journalistes et d'expliquer votre travail vous apporte quelque chose ?
Guy-Manuel de Homem Christo : Analyser notre musique n'est pas quelque chose que l'on fait systématiquement, on n'en discute pas du tout entre nous. Par contre, lorsqu'on nous demande de le faire, nous nous prêtons volontiers au jeu, parfois, on découvre des choses, peut-être… En tout cas, on essait de se rapprocher de la réalité à travers les mots.
Thomas Bangalter : Disons que nous essayons d'analyser un peu, de comprendre ce qu'on fait. On pense à haute voix, on nous demande des choses auxquelles on n'a pas forcément pensé au début. Après le discours s'affine peut-être un peu. Nous n'avons pas la volonté de nous justifier mais nous respectons vraiment les médias dans leur ensemble. C'est vrai que, lorsqu'on donne des interviews, ça ne nous intéresse pas de considérer cela comme de la promo, on aime instaurer un jeu créatif dans la façon dont on se présente. Il y a eu une petite explosion dans notre home-studio et que nous sommes devenus des robots (sourire). On essaye toujours de s'amuser en ayant un discours à la fois léger, un peu comme notre musique, et plus sérieux, mais d'une manière sous-jacente. Nous sommes toujours prêts à communiquer, à essayer d'éviter, dans une certaine mesure, quelques malentendus même si l'on estime que la musique parle d'elle-même.

Tu parles de volonté d'éviter certains malentendus. Est-ce que vous avez peur d'être attaqué par les puristes avec ce deuxième album ?

T : Il y a deux choses. Tout d'abord, on peut tout à fait imaginer que nous allons être attaqués par certains puristes. En fait, nos deux albums ont été enregistrés dans des environnements et des contextes totalement différents. En 95/96, on se trouvait dans une situation où la musique électronique n'était pas vraiment comprise et acceptée. La scène était marginale sans réelle distinction entre les indépendants et le système des majors compagnies. Il n'y avait vraiment aucune compréhension entre les deux. Nous nous sommes battus pour démontrer que l'on pouvait faire accepter cette musique. On a été les premiers à établir un dialogue avec une maison de disques multinationale et à faire accepter l'idée de faire cette musique avec des standards, au niveau technique, qui n'étaient pas ceux des professionnels. C'est un peu le même phénomène auquel on assiste dans le cinéma aujourd'hui avec 3, 4 ans de décalage par rapport au monde de la musique. Avec les films en vidéo-digitales, on s'aperçoit qu'il n'y a pas de raisons réelles d'avoir des normes professionnelles techniques. Je pense qu'aujourd'hui la musique électronique a été totalement acceptée, assimilée, comprise et récupérée avec un certain bon sens, d'une façon très positive par la société. Elle n'est plus associée à un phénomène de mode ou à la prise de drogues. Aujourd'hui, il y a plein d'artistes qui travaillent avec des majors, qui font de la musique dans des home-studios. Finalement, le mot underground ne veut plus dire grand chose.

C'est pour cela que vous avez voulu faire évoluer votre musique en y intégrant des influences plus larges que celles de la musique électronique ?
T : Il y a peut-être une confusion de notre part pour vraiment nous définir. On aurait l'impression de radoter si on faisait toujours la même musique que sur notre premier album, "Homework". Nous n'avons plus envie de démontrer quelque chose qui n'est plus à démontrer, qui est complètement accepté au point de devenir, d'une certaine façon, la norme. Avec leurs règles très précises, la house et la techno sont devenues des styles qui sont maintenant acceptés et récupérés au même titre que le funk, la soul, le disco, le hard rock ou la pop. Tout le monde sait très bien comment cela sonne. Ce qu'il y a d'amusant, c'est que les puristes et les gens qui défendent cette musique la défendent selon les règles qui étaient celles du système précédent. Nous, on a tendance à être un peu plus subversifs en se disant que la house music et la techno, plus que des styles musicaux, sont un état d'esprit, une façon d'être vraiment libre, de ne pas se conformer aux étiquettes, aux catégories. Nous n'avons pas envie de faire ce que l'on peut attendre d'un groupe comme Daft Punk. Nous tentons de repousser les limites, de casser les règles, les barrières entre les différents styles et on se pose la question du sens de la musique électronique aujourd'hui, de l'importance de ce que l'on peut faire. Auparavant, nous composions des morceaux de 10 minutes très minimaux, nous voulions montrer que c'était de la vraie musique. Aujourd'hui, tout le monde le sait. Avec "Discovery", l'idée était de faire des titres de 4 ou 3 minutes 30 sur un disque electro. Certains puristes pourraient considérer que ce sont des formats très traditionnels et conventionnels mais, nous, on estime que c'est beaucoup moins classique que de faire des morceaux de 8 à 10 minutes comme c'est la norme aujourd'hui.

En fait, vous voulez retrouver l'esprit des débuts de la house.
T : Nous voulons retrouver l'état d'esprit propre à la house music que les gens de Chicago ou Detroit défendaient à la fin des années 80. C'est un style qui a émergé en réaction au système de l'époque parce qu'il y avait une totale inadéquation entre les maisons de disques et ceux qui voulaient créer des choses, s'exprimer à travers la musique. Les artistes de la house sont donc devenus indépendants par nécessité. Aujourd'hui, on a l'impression d'avoir gardé le contrôle parce qu'on avait, dès le départ, envie de cette liberté, de rester indépendants tout en travaillant avec le système, en s'appropriant de plus en plus de moyens d'expression, de production. En tant qu'artistes, nous avons envie de partager notre musique avec le plus grand nombre tout en gardant notre intégrité.

Avez-vous aujourd'hui le sentiment que Daft Punk est finalement devenu un produit comme un autre sur le marché ?
T : Euh, non pas du tout… Déjà, nous ne sommes pas là pour plaire à tout le monde, le consensus, c'est pas du tout ce qu'on recherche. Ce qu'on veut, c'est pouvoir faire un disque, du début jusqu'à la fin, en ayant le maximum de liberté artistique sur la musique, l'image, etc… Ce qui était avant de la promo, du marketing, nous essayons de plus en plus de le transformer en processus créatif. Que notre disque soit visible et accessible dans un supermarché, cela nous fait très plaisir. N'importe quel artiste qui dit ne pas vouloir être accessible au plus grand nombre est un menteur parce que la base de l'art, c'est de le faire partager avec le plus grand nombre. Sur "Discovery", on n'a pas l'impression de s'être compromis, personne ne nous a dit : "Voilà la musique que vous devez faire, la pochette que vous devez concevoir, etc…".

Quel effet cela vous fait de faire un come-back à l'âge de 26 ans, pour Thomas, et 27 ans, pour Guy-Manuel ?
T : C'est vrai que ça ressemble à un come-back parce qu'on vit à une époque où tout va tellement vite. C'est assez paradoxal. En fait, aujourd'hui, à chaque morceau, chaque album, tu dois te réinventer. C'est sûr que nous, on aime beaucoup l'innovation comme valeur, l'idée d'avancer tout le temps. Auparavant, les évolutions musicales se faisaient sur des périodes de 5 ans, puis par album et, aujourd'hui, c'est par morceau. Parfois, on a le recul nécessaire et on peut s'amuser avec la répétition comme c'est le cas sur "One More Time".

En même temps, vous avez cherché à brouiller les pistes en mélangeant plusieurs influences dans votre nouvel album…

T : Nous n'avons pas fait les choses pour les gens donc on ne cherche pas à brouiller les pistes. C'est un album vraiment personnel, on cherche avant tout à se prouver des trucs. Nous n'avons pas la prétention d'apporter des solutions pour le monde et pour les gens qui nous suivent. Nous, nous sommes contents de fonctionner d'une manière totalement autonome. Un morceau comme "One More Time", on l'a sorti d'une façon non commerciale : c'est-à-dire qu'il n'y a pas eu de remix, pas tout un arsenal de promotion autour… On fait des petites expériences d'une manière empirique, on s'amuse. C'est vrai que ça nous a fait très plaisir d'être numéro 1 des ventes en Europe avec "One More Time" sans aucun vidéo-clip à l'appui. Mais, ce n'est pas une fin en soit. Avec nos morceaux, on essaye de se dire comment on va pouvoir faire bouger les choses, un peu à la manière de Radiohead sans sortir de vidéos. Nous cherchons à démontrer que tout ce qui paraît systématique au moment de la sortie d'un disque ne l'est en fait pas forcément, on peut toujours trouver des alternatives. Pour bénéficier de cette liberté, on a eu la chance de le vouloir dès le départ, c'est plus difficile de gagner sa liberté que de la conserver.

Comment avez-vous pensé le concept global de "Discovery" et l'orientation musicale que vous souhaitiez prendre ?

T : Nous nous sommes posés un peu la question du sens de notre musique. Le premier album était un manifeste de dance music mais on ne voulait pas rentrer dans quelque chose de systématique, faire seulement de la musique fonctionnelle sans autre but que de faire danser les gens. Un des trucs que l'on a constatés, c'est cette segmentation entre une musique destinée aux clubs et, à l'opposé, une musique qualifiée d'ambient ou downtempo pour une écoute domestique. Ces deux styles peuvent très vite tomber dans des clichés, tomber dans l'aspect caricatural. On s'est dit qu'il y avait peut-être un juste milieu, composer une musique qui puisse un peu plus véhiculer des émotions. Pour nous, la musique est toujours un peu la BO de la vie, elle peut accompagner différents moments de celle-ci tout en conservant une certaine énergie. Un morceau comme "Window Licker" d'Aphex Twin nous a vraiment épatés, impressionnés parce qu'il sonnait comme rien d'autre tout en étant accessible instantanément. Ce titre nous a montré une voie alternative. C'est sûr que cette musique entre deux courants peut perturber certaines personnes. Sinon, l'album a été enregistré de la même façon que "Homework" à 95 %, mis à part quelques sessions faites à New York avec Romanthony. "Discovery" a été enregistré au même endroit que le premier disque, avec le même matériel, sans ajout réel, à part une guitare ou un piano électrique par-ci, par-là. L'idée était de faire des chansons électroniques sans que celles-ci soient totalement en rupture avec ce qu'on avait fait auparavant. Cette fois-ci, les morceaux durent 3 ou 4 minutes avec 30 ou 40 idées dans chaque titre. On a utilisé différentes couches de fréquences avec une dimension un peu plus émotionnelle, des harmonies, des mélodies pour délivrer une musique moins physique qu'auparavant.

Quand vous dites que vous voulez mettre plus d'émotions dans votre musique, est-ce que vous allez chercher à plus vous dévoiler où est-ce que vous souhaitez continuer à avancer masqués ?
T : À travers le fait de porter des masques, il y a un côté thérapeutique. Nous nous posons moins la question de l'effet que ça peut avoir sur les gens, c'est vraiment une démarche personnelle. La légitimité de la demande extérieure, nous ne l'avons jamais vraiment comprise car il s'avère que, depuis la fac, l'on fait avant tout de la musique pour s'amuser. Le premier disque, "Homework", nous l'avons enregistré en n'en faisant qu'à notre tête, sans se soucier de ce que cela allait engendrer. Notre seul souci, c'était alors de travailler avec une maison de disques afin que notre album soit visible dans les supermarchés. Le fait d'avoir vendu 2 millions de disques, contrairement à ce que certaines personnes peuvent penser, a été un encouragement à continuer dans cette direction. "Homework", on ne l'a pas fait pour les gens, on l'a fait pour nous avec notre sensibilité et peut-être que 2 millions de personnes ont approuvé cette chose-là. S'il avait fallu écouter les gens, nous aurions fait la suite logique de "Homework". Mais, nous avons pris le problème à l'envers, on s'est dit que c'était une incitation à garder notre tête enfouie dans ce qu'on avait envie de faire, un encouragement pour évoluer naturellement. Lorsque nous composons un morceau, nous essayons de cristalliser des émotions pour nous-mêmes. Maintenant, s'il y a des gens qui sont sensibles à cette même émotion, hé bien c'est formidable.

Pourquoi ce choix d'un look robotique ? Est-ce un hommage à Kraftwerk ?
T : Auparavant, on se cachait tout le temps, on avait une identité fuyante. Aujourd'hui, on a enlevé nos masques, nous sommes devenus des robots. On a une identité et une personnalité qui est définie, c'est une grande différence. Quand on regarde les robots de "La guerre des étoiles", on n'a pas l'impression de se trouver face à des acteurs, on a vraiment l'impression de voir des personnalités. Nous n'avons pas une approche radicalement différente, c'est juste un reflet de la façon non conventionnelle dont on fait les choses.

Vous avez eu 3 ans pour écrire de nouveaux morceaux, est-ce que vous en avez d'autres en réserve ?
T : Non, la plupart sont sur l'album. Le disque n'a pas été enregistré dans un gros studio, c'est pour cela que l'on a pris plus de temps. On s'est attardé à faire des choses que l'on ne maîtrisait pas du tout. À la base, on sait faire des morceaux destinés aux clubs, il a donc fallu que l'on trouve de nouvelles structures de chanson à l'aide de la technologie. On a essayé d'expérimenter afin de créer des petits blocs de 3/4 minutes avec plein d'idées à l'intérieur. On avait cette idée en tête sans savoir à l'arrivée ce que cela allait donner.

Avec la sortie de "Discovery", vous allez lancer le système Daft Club. Est-ce, en quelque sorte, une solution pour contrecarrer Napster et le téléchargement gratuit ?
T : Nous n'avons ni la volonté, ni la prétention d'apporter des solutions pour le public. On se pose juste des questions par rapport au processus créatif qu'on instaure. Depuis 4 ans avec l'explosion de la musique électronique et d'internet, nous nous plaçons en tant que créateurs et utilisateurs. Globalement, Napster est quelque chose de très positif. Ce phénomène montre l'importance de la musique pour les gens, à quel point la technologie leur permet de communiquer, d'échanger des fichiers sons. D'un point de vue artistique, la gratuité pose un vrai problème. C'est vrai que la musique est extrêmement chère et que le système ne fait aucun effort pour y remédier mais il y a une vraie différence entre le fait de récupérer un album sur Napster et le fait d'acheter un CD. On en vient presque à un système où payer pour avoir l'album d'un artiste serait une oeuvre de charité. Ça ne remet pas en cause l'existence de Napster mais ça pose un certain nombre de questions. Napster est plutôt une menace pour la conscience des utilisateurs. Ces derniers pourraient s'imaginer que la musique doit être totalement gratuite sur internet et, pourquoi pas, considérer, à un niveau global, que l'art devrait être gratuit avec absence de rémunérations pour les créateurs. C'est un vrai danger. Nous, on souhaite faire évoluer les choses et arriver à des solutions intéressantes. C'est ce qu'on a voulu faire avec le Daft Club. L'idée première du Daft Club est de casser les formats traditionnels, de repousser les limites du système.

Peut-on revenir sur la genèse de ce projet développé à travers la structure Daft Life ?
T : Il y a maintenant plus d'un an, lorsqu'on a commencé à travailler sur ce projet, beaucoup de gens n'y croyaient pas car on avait des idées un peu fofolles. Nous nous sommes alors beaucoup investis et le projet s'est monté progressivement. On a contacté plusieurs sociétés qui travaillaient dans le domaine du numérique et c'est Intertrust, à Santa Clara (USA), qui nous a apporté les meilleures solutions. C'était la première fois qu'ils travaillaient sur ce genre de projet et c'était très excitant pour eux comme pour nous. On a développé un player spécifique qui permettra de télécharger des remixes ou versions inédites en format MP3 sécurisé. Nous sommes partis pour travailler pendant un an sur ce projet. On a voulu avant tout conserver le côté attractif de Napster : c'est-à-dire avoir la nouveauté avant tout le monde.

Quels sont les avantages réels liés au Daft Club ?
T : Aujourd'hui, on a un disque qui dure 74 minutes et l'on ne peut en sortir un que tous les 2 ou 3 ans. Avec ce système, on ne peut pas bénéficier de la flexibilité permise par internet, cette possibilité de faire les choses d'une manière plus ou moins continue, de casser les retards entre le moment où un morceau est conçu et le moment où il touche les gens. On s'est dit que l'on pouvait intégrer cette merveilleuse technologie qu'est internet dans notre processus créatif. Et puis, on avait le désir de proposer un petit plus pour le prix d'un CD normal. Il y aura ainsi une différence entre les gens qui achèteront le disque, avec la carte et leur code d'accès confidentiel, et ceux qui téléchargeront "Discovery" sur Napster. C'est, en quelque sorte, une façon de remercier les gens qui achètent le disque. Nous sommes assez fiers d'avoir pu convaincre une major, en l'occurrence Virgin, de nous suivre dans cette démarche très personnelle, de prendre tous les risques que cela implique.

Sinon, que va vous apporter le Daft Club concrètement ?
T : Ce qu'il y a de bien, c'est qu'on va sortir du schéma traditionnel qui entoure la création et la sortie d'un album. Le lendemain de la sortie de "Homework", c'était très déprimant car il y avait eu tellement de préparations et, d'un seul coup, nous nous sentions complètement vidés à l'idée qu'il allait falloir repartir de zéro. Le Daft Club nous permet de trouver une nouvelle façon de fonctionner mais on ne sait pas à quel résultat on va arriver. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il y a un début, le 12 mars 2001, et une fin, le 31 décembre 2002. L'idée, c'est, qu'entre temps, le processus créatif n'aura pas de fin.

Avec ce système, n'y a-t-il pas un risque de rentrer dans une logique de produit et que, finalement, le côté créatif soit relégué ?
T : Bien sûr, c'est un risque. C'est surtout une expérience, une façon de produire et de consommer la musique différemment. On se situe dans un domaine à part mais on n'a pas la volonté de créer de la musique de la même façon qu'on enregistre un album. La musique électronique est un genre qui permet le recyclage, le remixage à l'infini.

Comment aimeriez-vous que l'on se souvienne de vous dans 20 ans ?
T : Nous ne faisons pas les choses de façon posthume. Notre démarche se fait au présent, c'est pour cela que l'on fait très attention à tout ce que l'on entreprend. On croit vraiment à ce qu'on fait, on a l'amour de la création en général. Nous avons tellement de chance d'avoir la possibilité de faire ça que l'on ne veut pas faire n'importe quoi. Daft Punk est un divertissement avant tout, on ne veut pas rester 10 heures par jour enfermé dans un studio à faire de la musique. Nous avons envie de toucher à tout : le son, l'image, la vidéo, etc… On a le contrôle sur ce qu'on fait car le financement de toutes nos activités passe par notre société, Daft Life. Mais, nous ne sommes pas des "control freaks", nous voulons juste être libres.

Texte : Laurent Gilot
Photo : DR

Daft Punk "Discovery" (Labels/Virgin)
Sortie le 12 mars 2001

www.daftpunk.com

9.05.2000

Underworld, Everything, Everything, DVD hybride


Popularisé par la BO de « Transpotting », le groupe anglais Underworld restitue sur un DVD et un album live « Everything, Everything », toute l’énergie et la créativité qu’il déploie sur scène. Ce nouveau projet constitue un brillant témoignage de la dernière tournée mondiale du groupe et de ses activités multimédias protéiformes.

Avec les années de carrière que vous avez derrière vous, est ce qu’il vous arrive de vous prendre pour des stars ?
Karl Hyde : Non, je ne me suis jamais considéré comme une star. Si jamais je commence à me sentir dans la peau d’une star, alors je nettoie mes toilettes et cela me reconnecte immédiatement à la réalité (rires).

Pourquoi avez-vous réalisé un DVD et un album live un an seulement après la sortie de votre dernier opus « Beaucoup Fish » ?
En 99, Rick Smith a voulu réunir des documents sur le groupe et ses dix ans d’activités musicales et artistiques. Étant en tournée depuis plus d’un an, nous avons décidé d’enregistrer quelques concerts afin d’avoir des témoignages de nos prestations scéniques. En ce qui concerne le support DVD, on trouvait qu’il y avait beaucoup de possibilités qui n’avaient jamais été abordées avec une telle diversité et complexité par des anglais. Rick a effectué un vrai travail de passionné et est allé très loin sur ce projet, exploitant au maximum les capacités du DVD. Pour ce qui est de l’album live, « Everything, Everything » n’est qu’un dérivé du support numérique.

Quelle était votre ambition au moment où vous avez créé Underworld ?
Underworld a débuté en 1985 et, à cette époque, on voulait juste faire de la pop music et essayer d’être dans les charts. C’était notre vision des choses et l’on a eu tout faux car c’est vraiment merdique de devenir une pop-star. Certaines personnes nous trouvaient minables… Nous avons misérablement échoué pendant 5 années jusqu’à ce qu’un ami producteur mette le doigt sur notre point faible : les grooves. Il nous a alors conseillé de nous concentrer sur cet aspect de notre musique plutôt que d’essayer d’écrire des pop song. À partir de ce moment-là, tout a changé. À la fin des 80’s, au lieu d’essayer de faire du fric, on a décidé qu’il valait mieux jouer la musique qui nous plaisait vraiment tout en essayant de gagner notre vie à côté. Ainsi, nous n’avions pas besoin de nous compromettre.

Après plus de 15 ans de carrière, pensez-vous avoir réalisé tous vos rêves avec Underworld ?
Oh mon dieu non ! J’espère que nous avons encore des rêves à concrétiser parce que, sinon, il faudrait que nous nous arrêtions immédiatement pour nous reconvertir dans le jardinage, ce qui ne serait peut-être pas une mauvaise chose (rires). Avec Underworld et le collectif d’artistes Tomato (générique de « Trainspotting », pubs Nike…), nous avons réalisé tout ce dont nous avions envie : installations multimédias, écriture de livres, réalisation de films… Nous sommes vraiment le genre de groupe qui ne fait que ce qui lui plaît, l’essentiel, c’est que l’on prenne du plaisir, que l’on soit heureux avec ce que l’on accomplit, cela nous permettra ainsi de continuer le plus longtemps possible.

Ce nouveau projet marque-t-il en quelque sorte la fin d’une période pour Underworld ?
Non, pas la fin mais le début d’une autre. Nous avons le sentiment de nous trouver dans une période de transition, un peu comme Miles Davis qui a longtemps tenu à rester créatif. Ce genre d’attitude nous inspire car il faut toujours démontrer que l’on est capable d’évoluer. Parfois, cela peut être décevant, perturbant pour les fans, mais c’est crucial pour nous. On veut progresser tout en conservant fraîcheur et excitation dans tout ce que l’on entreprend. Avec Underworld, Tomato et nos diverses activités, on essaye en permanence d’être ouvert à la nouveauté en évitant soigneusement d’être cynique.

Au cours de ces deux ans de tournée, quels ont été, pour toi, les concerts les plus marquants ?
Je n’ai aucune préférence, ils sont tous différents car le groupe n’utilise pas de bandes sur scène. Nous improvisons tous les soirs et il n’y a pas de liste préétablie des morceaux. Comme nous ne répétons pas, chaque fois que l’on joue est un moment unique où nous faisons corps avec la foule. Nous essayons en permanence de créer de nouvelles interprétations de nos morceaux, improviser sur ces derniers devient alors une nouvelle expérience pour nous. Que ce soit dans un très petit club ou devant 7 000 personnes, tu dois toujours avoir le sentiment que c’est nouveau.

Comment s’est faite la sélection des morceaux présents sur le DVD et l’album live ?
En fait, c’est le résultat de 2 concerts. Il n’y a donc pas eu de véritable choix en ce qui concerne les enregistrements. Ce qui a été difficile, c’est qu’il a fallu faire un choix sur des concerts de 2 heures et demie pour tout ramener à 90 minutes sur le DVD et 70 minutes sur le Cd.

Comment avez-vous vécu le départ de Darren Emerson ?
À la base, nous sommes deux depuis 10 ans. En fait, le départ de Darren a été une expérience libératrice pour Rick et moi car nous n’avions encore jamais vraiment travaillé ensemble sur scène. De plus, nous n’avons jamais souhaité imposer à Darren toutes les activités que nous faisions en dehors du groupe. Désormais, nous pouvons tout rassembler sous la bannière Underworld.

Propos recueillis par Laurent Gilot
Photo DR

Underworld « Everything, Everything » (JBO/V2)
Sortie le 5 septembre 2000

www.underworldlive.com